Par Mohamed Bessa
Une « rumeur » et c’est véritablement un phénomène d’ordre sociologique qui est déclenchée dans la wilaya de Béjaia : des commerçants baissent un à un rideau et se relaient une nouvelle de contrôle inopiné qui n’a pourtant pas trouvé la moindre confirmation probante. Mieux, elle est très vigoureusement démentie par les pouvoirs publics.
Un communiqué des services du wali, des interventions radiophoniques de l’ensemble des responsables des services de l’Etat éventuellement concernés par le contrôle des commerces : le chef de la Police, celui de la Gendarmerie, le divisionnaire des Douanes, le responsable de la DCP, sont convoqués par les micros de Radio-Soummam pour plaider « non coupables » devant des commerçants apeurés par une mystérieuse opération de contrôle. Des interventions autant « salutaires » qu’un tantinet maladroites. Elles soulignent l’incapacité des pouvoirs publics à enrayer le phénomène informel et leur abdication devant des commerçants habitués à faire fi de toutes les règles légales. C’est, en somme, un véritable permis de chaparder qui est délivré à la communauté des commerçants et précisément à sa composante la plus véreuse. Car que peuvent bien craindre des commerçants honnêtes d’un éventuel contrôle des services habilités ? Cela tombe d’autant mal que le département de Hachemi Djaâboub proclame urbi et orbi son intention de réviser la loi sur la concurrence et les prix en évoquant pompeusement l’idée d’un affichage des « marges » dans un pays où même la banale obligation de l’affichage des prix n’est pas respectées. Ne faut-il pas, au contraire, penser à sanctionner ces commerçants qui non seulement reconnaissent fuir toute forme de contrôle et, en plus, inutilement puisque l’Etat leur a garanti implicitement une forme d’impunité ? S’agit-il d’une forme nouvelle de banditisme ? Le communiqué de la wilaya de Béjaïa semble donner acte à cette hypothèse en invitant les commerçants à « signaler aux services de sécurité tout fait anormal ». La rumeur affirme, si tant est qu’une rumeur peut affirmer, quoi que ce soit, que des inspecteurs munis de badges, tout ce qu’il y a d’officiel procèdent aux contrôles. Il est cependant bien difficile d’envisager que les services de sécurité, placés sur le pied de guerre, n’aient encore réussi à n’appréhender aucun des ces soi disant contrôleurs. S’agit-il d’une grande opération d’intox et dans ce cas qui peuvent en être les auteurs et quels desseins viseraient-ils ? On se souvient qu’en amont des évènements du Printemps noir, il y eut aussi une vaste descente des services de contrôle commercial de la Gendarmerie nationale à Béjaïa.
Le décor politique est, dira-t-on, bien planté avec le déballage médiatique du phénomène de la corruption avec notamment le lavage public du linge sale de la Sonatrach perçu par beaucoup d’observateur comme l’expression d’une féroce lutte des clans. S’agirait-il, comme en 2001, d’entraîner la région kabyle dans une nouvelle aventure sanglante pour réajuster des rapports de forces du pouvoir ? Or, la séduisante hypothèse est bien écorchée par le fait que tous les services bougiotes de l’Etat s’impliquent vigoureusement pour enrayer cette mystérieuse opération. Alors ?
M. B.
