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“Le livre amazigh est le parent pauvre de l’édition…”

Rencontré au cours des deux journées d’étude portant sur le thème de l’évolution de la langue et la littérature amazighes depuis l’indépendance à nos jours, M. Merahi a bien voulu répondre à nos questions.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous expliquer le pourquoi de ce thème pour ces journées d’études ?

Youcef Merahi : En ce qui concerne le thème, je dirai plutôt que nous organisons chaque année une série de rencontres et nous touchons globalement tamazight. J’allais dire, tamazight dans toutes ses dimensions. Donc, on touche à l’histoire, la sociologie… Cette année on a touché à tout ce qui a trait à tamazight dans la communication puisqu’on a eu une rencontre à Tizi-Ouzou et une autre à Tipaza prochainement, sur la néologie telle qu’utilisée dans la radio, à la télé les journaux… Donc, l’autre aspect que nous allons touché est tout ce qui a trait aux noms propres et tout ce qui est onomastique et d’une manière générale à la toponymie, mais nous voulions également faire un petit saut autour de la langue et de la littérature amazighes de 1962 à nos jours. La période antérieure à 1962 est une rencontre qui a été déjà faite. On a choisi Bel-Abbès, parce que, moi personnellement, je me dis qu’il faut y aller à l’intérieur du pays, aller à la rencontre des Algériens, casser des tabous, s’il en existe encore, et je sais qu’il y en a encore. Dans le but d’expliquer à l’Algérien qu’il n’a pas la possibilité de connaître tamazight dans toutes ses dimensions, leur proposer une image de ce qu’est tamazight et l’amazighité d’une manière générale. Je pense que c’est très important car c’est de cette manière qu’on va casser certains schémas anciens qui font encore de la résistance.

Quels sont les objectifs de ce genre de rencontres ?

C’est d’essayer de voir où on en est la langue et principalement la littérature amazighe depuis 1962 à nos jours. Ce que nous constatons sur le terrain pendant toutes les rencontres autour du livre que pratiquement tamazight n’a pas sa place. Nous sommes pratiquement les seuls, comme institution, à “représenter», tamazight quant il s’agit d’un Salon du livre. Moi, je souhaiterai qu’à l’avenir, les institutions concernées par ce type de rencontres fassent appel au livre amazigh, de telle sorte qu’il puisse occuper sa place naturelle qui lui est due à côté du livre d’expression arabe ou d’expression française ou autres. Pour le moment, le livre amazigh est le parent pauvre de l’édition d’une manière générale.

Sur quoi se base votre institution pour éditer un livre en tamazight ou sur tamazight ?

Notre stratégie lorsqu’on a démarré s’est basée sur l’édition de beaucoup de poésie. Parce que la demande est énorme, et elle continue jusqu’à aujourd’hui. L’Amazigh est un poète jusqu’à l’os. Il n’y a pas un seul village où vous ne trouvez pas une dizaine ou une vingtaine de poètes ! Ensuite, on s’est un peu spécialisé dans d’autres genres d’expressions, comme le roman, la nouvelle…Mais sans toutefois du point de vue de tout ce qui a fait la richesse littéraire de la société amazighe, comme contes, maximes, proverbes, devinettes…C’est-à-dire, le patrimoine immatériel. Depuis quelques années, on est en train de se spécialiser dans l’édition, d’abord, de tout ce qui peut servir de support d’ordre didactique et scientifique pour tamazight, tels que les thèses, les techniques, consultings, que nous lançons, les lexiques étoffés. Par exemple, les deux derniers lexiques que nous venions d’éditer portant sur le vocabulaire marin en tamazight et sur le vocabulaire lié à l’orthopédie et à l’ostéologie. Ce qui fait que chaque année, le HCA se spécialise. Par ailleurs, on a une petite commission de lecture à qui on demande toujours un avis conforme quand un livre ne présente pas les qualités nécessaires pour être publié et là on redonne à l’auteur en lui expliquant qu’il faut revoir et approfondir la recherche…

Est-ce que le livre amazigh trouve facilement de lecteurs ?

Le déficit de lecteurs touche tous les livres, pas spécialement le livre amazigh. Le livre amazigh, que les canons de la communication autour du livre, en amant et en aval du livre amazigh n’existent pas en Algérie.

Mis à part la Dépêche de Kabylie, est-ce qu’il y a un autre journal qui parle de ce genre du livre ?

Ulac ! Ça n’existe pas ! J’ai rarement vu un quotidien national en Algérie parler ou traiter d’un livre écrit en tamazight. Parce que, encore une fois, il n’y a pas dans la formation du journaliste un module amazigh, un module que nous demandons depuis des années aux responsables concernés. Puisqu’ils ont l’arabe et le français, ils devraient avoir aussi un module en tamazight pour qu’ils puissent appréhender, ne serait-ce que ça, la chose amazighe.

M. M.

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