L’espace est vague, sans arbres, ni obstacles. Depuis peu, des déchets l’envahissent, sacs poubelles et crottes de chiens en jonchent les coins et recoins. Au cœur d’Ighzer Amokrane, la fatalité se vit au quotidien comme une calamité de plus pour des habitants dont la patience n’a que trop duré.
La cité Si Nacer regroupe un pâté de maisons datant de la fin des années cinquante et qui, en principe, devraient être démolies au cours des années soixante-dix. De report en report, la cité a survécu bon an, mal an, jusqu’au début de l’année 2009. Ainsi, pendant un petit mois, en février plus exactement, une quarantaine de maisons ont été complètement rasées et leurs habitants se sont relogés, chacun selon ses moyens ; « les mieux nantis ont loué et d’autres se sont blottis qui chez un frère, un parent ou un ami », dixit Mermouri Améziane, le Président de l’association des Cités sinistrées.
Un an plus tard, comme le temps passe vite ! Les habitants de la cité Si Nacer sont à bout des nerfs. « Aucun projet de construction ne pointe à l’horizon, déplore le président. Et pourtant, on nous a promis la mise sur pied de soixante-douze logements dans les plus brefs délai « .
Plus loin, le jeune président nous montre deux autres cités sinistrées, à savoir celle des chouhada et l’ex-camp, cités rasées à moitié et dont les habitants sont partis trouver refuge ailleurs, et parfois dans des habitations rudimentaires ne dépassant pas les trente mètres carrés. Aux milieux de ces cités désertiques subsistent encore des familles pour qui la chance n’a jamais souri. Elles sont restées là résignées à vivre au milieu des égouts se déversant à même de sol, dans une insécurité totale et souvent à la merci des caprices du ciel. » Lorsque la pluie tombe, nos petites cours deviennent des piscines », dira une habitante, d’un air triste.
Selon monsieur Mermouri Améziane, le projet de construction de ces logements est à la charge de l’OPGI. Il ajoute : « Outre la cité Si Nacer, dix logements sont prévus à côté de la nouvelle mosquée et quatre-vingt-dix logements à Hellouane, mais à ce jour, rien n’est fait ! »
Pour l’heure, le désespoir gagne les esprits et un prochain retour au bercail est une idée qui fait son chemin pour de nombreuses familles. La modernisation de l’habitat dont ils ont souvent cru leur revient en pleine figure comme un violent coup de poing. « Il est où le gaz de ville ? Elle est où cette eau en abondance ? Elle est où la propreté dont on a rêver ? » Se demande une femme âgée qui à chaque fois qu’elle traverse l’espace abandonné de chaudes larmes viennent ruisseler sur ses joues. « Nous sommes devenus des SDF ! Grogne le président. Le sommeil a déserté nos nuits, nos femmes sont décharnées de tristesse, nos enfants pour qui on voulait tout sacrifier ne peuvent plus suivre une scolarité digne de ce nom. Mais qui veut nous entendre ! » L’esprit de responsabilité qui prévaut au sein de l’association est, au demeurant, au beau fixe et toute dérive est exclue dans le traitement du problème. « J’espère que le bon sens l’emportera et nos familles retrouveront leur toit dans la dignité ! », conclut le président des Cités sinistrées d’Ighzer Amokrane.
T. D.
