Les témoignages entendus dans les médias ou dans les rues d’Alger étaient cruels avant même le coup d’envoi. Hormis les supporters les plus irréductibles, les Algériens se désintéressaient du sort de leur équipe. Ou, pire, leur souhaitaient une bonne fessée pour qu’ils redescendent sur terre. On a même lu des commentaires mettant les joueurs dans une délicate position et dont la morale n’autorise pas la diffusion, juste parce que certains, pour faire original, ont pris à leur compte la décision de rajouter une couche de teinture à leurs tifs. Mais comment on en est arrivés là ? Pas seulement en ne marquant plus de buts. La phrase la plus blessante est venue d’un anonyme qui a supporté les Fennecs depuis trente ans et qui lâche cette phrase sanction : “Ceux là j’aimerais les voir prendre un carton face à Rooney pour qu’ils se la bouclent !” Retournement de situation dans la soirée de vendredi : des cortèges de voitures, des youyous, plus bruyants que les vuvuzelas, une atmosphère de liesse à Alger et ailleurs. Une ambiance déjà vue au retour de Khartoum, d’où les héroïques ont su faire barrage aux Egyptiens pour composter un ticket après 24 années de disette. Les responsables de la Fédération, ainsi que le staff technique ont compris qu’hormis la noble mission de monter une équipe compétitive, ils avaient pour mission d’aller vers les supporters qui ont traversé le monde pour leur montrer qu’ils les aiment. Aller serrer quelques mains en montant ou en descendant du bus. Allez, soyons fous : enlever son énorme casque des oreilles pour rester en contact avec ces fans qui ne calculent point.. C’est juste un volet, mais il est si important qu’il est désormais acquis que les supporters sont le douzième homme. Et que leur absence fait naître un sentiment de frustration qui engourdit les jambes et fragilise la communion. Et le résultat, il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour le deviner. Le vrai jeu, celui qu’on leur connaît est de retour chez ces Verts qui manquent, il est vrai, parfois de chlorophylle. Mais ce qu’on a constaté durant la soirée du vendredi est révélateur de la présence de ce capital qu’est le public. Avec une joie sincère et une disponibilité certaine, les Algériens ont prouvé encore une fois, que l’amour qu’ils portent à la bande à Ziani est dénué de tout intéressement. Loin de tout calcul mercantiliste, les millions d’Algériens ont en commun cet amour pour tout ce qui symbolise la nation. En échange, ils ne demandent qu’une chose : qu’on ne joue pas avec les couleurs et, pour certains, qu’ils s’y mettent, dès maintenant, à apprendre à fredonner l’hymne national. Ce serait la moindre des choses !
Yannis Zafane
