Au chevet de près de 200 000 habitants

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Plus communément appelé l’hôpital Mohamed-Boudiaf, l’EPH de Bouira est issu de l’ex-secteur sanitaire, suite à la parution du décret exécutif n°07-140 du 19 mai 2007, portant sur la création, l’organisation et le fonctionnement des établissements publics hospitaliers et des établissements publics de soins de proximité.

Cet établissement essaye de couvrir une population estimée à 194 472 habitants issus des 9 communes de Bouira, Taghzout, Ath Laâziz, Aïn Turk, Haizer, Bechloul, El Esnam, Ahl Leqsar et Ouled Rached.

Un gynécologue SVP !

Répondre favorablement à une demande aussi accrue en matière de besoins sanitaires n’est certes pas une chose aisée d’autant plus que certains spécialistes font cruellement défaut à l’image d’un gynéco-obstétricien ou encore d’un spécialiste en radiologie. Pourtant dans l’enceinte de cette infrastructure hospitalière, il existe bel et bien une maternité de 64 lits, mais le gynéco-obstétricien a démissionné de son poste, il y a près d’un mois. De ce fait, ce sont les cliniques privées implantées au chef-lieu de wilaya qui se partagent les parturientes à risque de la région, et ces dernières doivent souvent débourser des sommes faramineuses pour y accéder. A titre d’exemple, un accouchement par voie basse est facturé à 25 000 dinars, tandis que pour une césarienne ce prix augmente de 10 000 DA.

Le service radiologie prochainement orphelin

Après avoir fait des pieds et des mains pour obtenir une convention avec l’EPH Mohamed-Boudiaf, le spécialiste en radiologie exerçant au sein de cette structure hospitalière depuis trois mois, vient de déposer sa démission. Ce médecin spécialiste disposant pourtant de son propre cabinet n’avait sûrement pas apprécié les termes de la convention stipulant qu’il devait répondre de jour comme de nuit aux urgences du service radiologie et de scanner. Aucune raison n’est invoquée pour motiver sa démission mais on se doute bien qu’un médecin privé exerçant à son compte (un cabinard, comme on les appelle dans le jargon), ne fermerait pas son cabinet pour répondre aux urgences de l’EPH sans une contrepartie conséquente. De ce fait, à partir du 1er juillet prochain, l’hôpital Mohamed-Boudiaf sera amputé de son seul spécialiste en radiologie. Dire qu’au mois de septembre prochain, il est prévu la mise en service de l’IRM et de la radio numérique. Espérons que d’ici à là les patients ne verront pas le scanner dernière génération de 16 bars, acquis pour la bagatelle de 4 milliards 200 millions, éternellement inutile. A noter qu’il faudrait au minimum quatre médecins spécialistes en radiologie pour faire fonctionner le service scanner, IRM et radio numérique pour répondre ainsi aux besoins des malades.

Un lit pour 615 habitants

En plus de la médecine interne, de la chirurgie générale, du service de pédiatrie, ORL, ophtalmo et d’orthopédie, l’hôpital Mohamed-Boudiaf de Bouira dispose d’un service d’hémodialyse doté de 24 générateurs qui fonctionnent 24h/24. Les statistiques fournies par M. Madjid Hammad, directeur de l’EPH de Bouira ne sont on ne peut plus éloquents. 01 lit pour 615 habitants, 01 médecin spécialiste pour 4 419 habitants, 01 médecin généraliste pour 6 482 habitants et enfin 01 paramédical pour 646 habitants. Même si ces chiffres sont proches de la moyenne nationale, on comprend aisément le malaise des patients qui rechignent à se rendre dans des établissements de santé publique.

747 interventions chirurgicales durant le1er trimestre 2010

Cardiopathies, diabètes, hypertension artérielle, accidents domestiques, pneumopathies, sont les principaux cas auxquels doivent faire face les 45 médecins spécialistes, les 30 médecins généralistes, le chirurgien dentiste, le pharmacien et les 301 paramédicaux qui se relayent jour et nuit, pour faire face aux urgences et aux malades hospitalisés. Pour l’activité du premier trimestre 2010, il est fait état de l’admission de 3 491 patients, de 10 964 journées d’hospitalisation, de 711 consultations d’urgence en médicochirurgie, de 19 328 consultations d’urgence médecine générale, de 747 interventions chirurgicales dont 127 césariennes exécutées par le chirurgien généraliste à défaut d’obstétricien dans l’enceinte hospitalière. Egalement enregistrées durant toujours le premier trimestre 2010, 30 769 examens de laboratoire, 7 826 examens radiologies, 168 scanners, 547 examens en échographie, 11 autopsies et 257 actes de chirurgies dites d’urgence. On apprend par ailleurs que l’hôpital Mohamed-Boudiaf a évacué durant cette même période 58 patients vers des CHU et autres établissements hospitaliers car ne pouvant dispenser les soins adéquats à ces malades, tandis que l’établissement a admis 23 patients évacués par différents EPH et EPSP de la wilaya et même des wilayas limitrophes.

Des consultations spécialisées assurées hors EPH

A défaut de locaux dans l’enceinte de l’hôpital Mohamed-Boudiaf, il a été créé des consultations spécialisées hors EPH. Des consultations en ophtalmologie, en dermatologie, en chirurgie infantile, en néphrologie, en rééducation fonctionnelle, en psychiatrie, en médecine du travail qui sont assurées par le personnel de l’EPH de Bouira mais qui sont orientées vers les trois polycliniques de Haizer, Abou Baker Belkaïd et Kasdi-Merbah. Il faut préciser qui suite aux instructions ministérielles, il a été créée dans l’enceinte hospitalière un service d’isolement de 30 lits pour parer à la pandémie de grippe A H1N1 durant l’automne dernier. Un service qui a reçu 65 malades et qui n’a enregistré aucun décès.

Scanner et Samu pour soulager la population

Depuis mars 2009, le service de médecine légale, avec le recrutement de deux spécialistes, est venu mettre un terme aux souffrances endurées par des familles endeuillées qui voyaient leurs proches évacués systématiquement vers des CHU pour les besoins d’une autopsie. Une procédure qui, soulignons-le, n’était pas une sinécure. Parmi les nouveautés enregistrées au niveau de l’hôpital Mohamed Boudiaf, la mise en service du scanner et de l’ANAPATH, service chargé de prélever des biopsies et de les analyser. Auparavant le prélèvement de tissus ou d’organes et leurs analyses étaient effectué dans des hôpitaux de Tizi-Ouzou où d’Alger et le résultat des analyses se faisait attendre des mois voire des années avant que le patient ne soit fixé sur son sort. L’acquisition de trois ambulances entièrement équipées pour les besoins du SAMU ainsi que la formation du personnel de ce service est aussi un avantage pour la population de Bouira et ses alentours, en attendant le renforcement en moyens humains de cette infrastructure prévue pour le courant de cette année.

L’hôpital sous haute surveillance

Lors de notre entretien avec M. Madjid Hammad, directeur de l’EPH Mohamed-Boudiaf, nous avons constaté que devant son bureau, un écran de contrôle lui permettait de visualiser plusieurs endroits de l’hôpital, dont les couloirs de l’accès principal, les cuisines, etc.

En lui posant la question de savoir pourquoi un dispositif aussi impressionnant, notre interlocuteur nous dira vouloir avoir un œil sur tout ce qui se passe. En l’interrogeant si ce dispositif de surveillance était pour éviter les vols, le directeur nous dira simplement qu’il vérifie qu’aucune personne étrangère n’est admise dans l’enceinte hospitalière en dehors des heures de visites ou que les visiteurs n’introduisent pas d’aliments, et ce conformément aux instructions ministérielles. Argument peu probable vu que devant l’entrée de l’hôpital, des policiers en faction assistent les agents de sécurité qui veillent justement à ce qu’aucune personne étrangère n’accède dans l’enceinte en dehors des heures de visites et contrôlent méticuleusement tous les visiteurs pour empêcher l’introduction de denrées alimentaires. Y aurait-il eu des vols auparavant ? Une question à laquelle aucune réponse ne nous a été fournie, même si les rumeurs abordent la chose autrement, nous n’en saurons pas plus.

Le service des urgences submergé

Le collectif des médecins généralistes de l’EPH de Bouira vient, à travers une lettre, interpeller le ministre de la Santé de la Population et de la Réforme hospitalière pour l’ouverture d’un point de garde médicale relevant de l’EPSP/Bouira. En effet, selon les signataires de cette missive, l’EPSP de Bouira “dispose d’un effectif pléthorique en médecins généralistes ( plus d’une cinquantaine) qui n’assurent aucune activité de garde depuis février 2009 (pourtant obligatoire pour tout médecin généraliste de santé publique)…’’ Un état de fait qui se répercute automatiquement sur l’activité des médecins généralistes de l’EPH de Bouira qui doivent faire face à un flux important de patients au niveau des urgences de l’hôpital. Toujours selon les déclarations des signataires de cette lettre : “Il est aussi à signaler que la grande majorité des malades ne relèvent pas de l’urgence, mais nous les prenons en charge pour cause d’indisponibilité des médecins au niveau des centres de santé et des polycliniques…..’’ La vingtaine de médecins qui interpellent le ministre de la Santé affirment que cette situation pénalise les malades, le personnel médical et paramédical depuis une année et demie. Toutefois, selon certaines indiscrétions, il y aurait de nombreux médecins, infirmiers et autres paramédicaux qui exerceraient auprès de cliniques privées en parallèle de leur travail dans les structures hospitalières publiques EPH et EPSP. Une information non vérifiée mais qui pourrait l’être si des commissions d’enquêtes ministérielles étaient dépêchées pour éplucher le profil de l’ensemble des médecins et autres paramédicaux exerçant dans le secteur public et privé. “La fatigue se voit quotidiennement chez certains médecins car au lieu de se reposer après leurs gardes à l’hôpital ou dans les EPSP, ils accumulent des heures de travail dans des cliniques privées. Cela se répercute immanquablement sur la qualité des soins prodigués aux patients.’’ C’est ce que nous affirmera une source proche du secteur de la santé qui ne comprend pas l’inertie des ministères de la Santé et du Travail qui laissent agir impunément ces personnes foulant aux pieds les lois de la République.

Hafidh Bessaoudi

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