Cette charmante vieille femme toute menue, nous reçoit avec cette courtoisie dont seules savent faire preuve les anciennes générations. Son adresse et son savoir-faire lui ont valu beaucoup de distinctions ; à l’échelle nationale. Avec ses souvenirs sur la guerre, la vie d’antan, le tapis et autres, on pourrait écrire des livres. Nous, nous nous contenterons de vous proposer ce bref entretien :
La Dépêche de Kabylie : Comment avez-vous été initiée au tapis ?ll Na Taous : J’ai demandé « azeta » très jeune, à l’école du village. En ce temps-là, on disposait l’enseignement général le matin et le tissage, l’après-midi.
Après vos études! avezvous continué à exercer votre métier ?ll J’ai d’abord obtenu le certificat d’études primaires, puis j’ai travaillé en tant qu’aide ouvrière, avant de me marier en 1924. J’ai continué tout de même à travailler en tant que guide maîtresse, chargée d’orienter, dans leur travai,l les artisans à qui on confiait les commandes des clients.
La Guerre de libération a perturbé votre carrière. Qu’avez-vous fait après l’indépendance ?ll J’ai effectivement subi la torture et connu la prison. Après la guerre, j’ai débuté la carrière d’enseignante à l’ouvroir de Ouaghzen en 1965, en tant que monitrice et ce, jusqu’en 1974. Je fus alors promue directrice du centre artisanal de Ouaghzen jusqu’en 1989, date de mon départ à la retraite à l’âge de 89 ans.
En tant que gardienne des valeurs de notre patrimoine culturel, avez-vous eu l’occasion de rencontrer des personnalités de haut rang ?ll Je citerai surtout ma rencontre avec l’actuel président de la République, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères. J’ai aussi rencontré Houari Boumediène, lors de l’inauguration de l’hôtel du Djurdjura à Aïn El Hammam. J’ai été par ailleurs, saluée par le général de Gaulle en 1965. Ce jour-là, j’étais derrière le métier à tisser pour représenter l’Algérie à la Foire internationale de Paris, porte de Versailles.
Un dernier mot…ll Dieu fasse que tu vives aussi longtemps que moi, mon fils. A tes 101 ans, Na Taous !
Nacer B.
