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Lakhdaria A l’occasion du 5 Juillet / L’histoire de Si Sadek, et le colon au sombrero

Ceci s’est passé au moment où l’occupant français avait aménagé une piste d’atterrissage à Manzal, bâti au même endroit qu’un HLM qui serait le premier à être réalisé sur le territoire de Bouira, et baptisé “maisons des cheminots», un groupement de maisons de l’actuelle rue Ouchène de Krichiche.

Ces instants appartenant au passé Dda Sadek se les rappelle un par un, puisque c’était au temps où son riche père avait commencé à s’inquiéter sur l’avenir de ce fils âgé de 18 ans, instruit, et bien constitué physiquement, mais qui prenait la vie tout juste pour une partie de plaisir.

Lorsque le père de Dda Sadek décide pour toutes ses raisons de mettre fin à l’argent de poche qu’il laissait habituellement à sa mère en début de chaque semaine, il comprit tout de suite qu’il l’invitait à aller chercher du travail.

La première expérience, il l’avait acquise auprès d’un colon produisant du tabac à Djebahia, et dès l’instant où celui-ci l’avait embauché il fut frappé par le sombrero couvrant sa tête, et la canne dont il ne se séparait jamais.

Cet employeur avait la réputation d’être impitoyable, il interdisait aux ouvriers une fois en plein binage, de relever la tête, ou de regarder dans la direction où il se postait pour surveiller le verger. La baîonnette lui servait pour mesurer la profondeur des binages effectués par ses employés ; à plusieurs reprises, Dda Sadek l’entendait dire à son collègue après avoir pénétré la lame de la canne dans la terre : “Ghemeg y a ouled”. Au moment de la plantation, et les ouvriers disciplinés redoutant même d’observer dans le sens qui leur a été déconseillé le colon, sans que personne ne le sache faisait sortir du buisson un épouvantail auquel il ajoutait à sa partie supérieure le sombrero. Alors, les pauvres tâcherons travaillaient d’arrache-pied, croyant que le patron était toujours là et suivait tout ce qui se déroulait autour.

Après un mois de dur labeur, Dda Sadek reçu sa paye et décida de ne plus retourner chez ce planteur de tabac infatigable, qui pouvait rester 10 heures durant, debout, à faire la garde. Depuis ce jour-là Da Sadek s’est mis au travail sur thiferkas de son père, pour ne pas abandonner, donner toujours plus et se rappeler des jours pénibles passés chez le colon ; celui-ci a installé sur la parcelle un épouvantail sans oublier de couvrir sa tête d’un sombrero.

A. Chérif

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