Attentats, trafics illégaux, émeutes urbaines, kidnappings, faux barrages… La Kabylie paraît assiégée par les menaces. La population a peur et se sent vulnérable. Ce sentiment est renforcé par le dernier attentat kamikazes survenu dans la commune des Aït Aissi, relevant de la daïra de Béni Douala, qui a fait un mort et une dizaine de blessés. De fait, celle qui fut jadis, un véritable havre de paix n’est plus perçue aujourd’hui comme tel, mais bien comme un espace d’insécurité. En réaction, les autochtones ne s’aventurent plus dès la tombée de la nuit.
Des faits d’une extrême gravité se superposent et créent un climat extrêmement lourd, plongeant la population locale dans une terreur permanente et enrayant toute perspective de développement économique. L’accalmie temporaire sur le front des kidnappings est loin de rassurer les entrepreneurs dont beaucoup ont donné un coup d’arrêt à leurs investissements. Les gangs du kidnapping n’ont pas abandonné leur activité florissante et continuent à écumer de nombreuses localités livrées à l’insécurité la plus totale. Lorsque les bandes des ravisseurs n’agissent pas, elles sont tout simplement en train de recueillir des renseignements sur de nouvelles cibles. Pas plus loin que la semaine dernière, un citoyen fut victime d’un faux barrage dans la localité de Tirmitine, lui qui se dirigeait vers Boghni où il réside. De tels actes, en fait, sont si courants que la population semble avoir pris l’habitude. Et ne s’émeut guère. Un kidnapping par-là un braquage par-ci, et voilà que la wilaya commence à redécouvrir les attentats kamikazes. Apres celui qui a visé le centre des renseignements généraux de la ville de Tizi Ouzou et qui a fait des dégâts humains et matériels, un deuxième a visé il y a seulement deux jours, la brigade de Gendarmerie des Aït-Aissi dans la commune de Beni Douala, faisant un mort et une dizaine de blessés. En somme, il n’est plus prudent d’empreinter des chemins de montagne sans craindre d’être victime d’un groupe de malfrats qui ne se priveront pas de, au moins détrousser, au pire procéder à un enlèvement pour réclamer une rançon auprès de la famille. Et comme les maquis grouillent de ces groupuscules, le risque de se faire prendre prend parfois des proportions gigantesques notamment la nuit. Vendredi dernier, pour ne citer que ce cas, des citoyens partis à la recherche d’un villageois enlevé il y a une vingtaine de jours par un groupe armé ont découvert, dans les maquis de Boghni, près de Tala-Guilef, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tizi Ouzou, cinq casemates contenant notamment du matériel servant à la fabrication de bombes artisanales. C’est dire que le danger est bel et bien là et que la population reste dans l’expectative. On ne se risque pas à prendre son véhicule pour rallier par exemple Larbaâ-Nath Irathen à partir de Tizi Ouzou au-delà des 18 heures sans risquer de faire de dangereuses rencontres. Alors si les assaillants ne sont pas des bandits de grands chemins, postés pour détrousser tous ceux qui ont eu la mauvaise idée là le risque de se faire enlever devient réel sur ces routes qui ont connu bien de meilleures époques.
Ferhat Zafane