Nombre d’émigrés ont toujours la nostalgie de « Tamurt » (le pays). Ils reviennent se ressourcer et retrouver tout ce qu’ils ont quitté un jour, pour une raison ou une autre. Comme chaque année, beaucoup d’émigrés reviennent en Algérie pour passer leurs vacances et revisiter les moindres recoins de la région natale. La wilaya de Béjaïa compte un nombre très élevé de ces personnes qui ont décidé de vivre sous d’autres cieux, « des cieux plus cléments ». A partir du mois de juillet, l’aéroport et le port de la capitale des Hamadites accueillent Ces enfants de la région.
Ces gens préfèrent passer des journées et des semaines de repos avec leurs familles, leurs voisins et les proches. Si dans les villes le retour des émigrés passe presque inaperçu, dans les villages et les petites bourgades, ce n’est guère le cas. Dans certains patelins de la vallée de la Soummam, à l’instar de Adekkar, Beni-Djlil, Tibane, Tinebdar Akfadou et Chemini, l’arrivée des « exilés » est toujours un évènement, ou presque. Dans le pays des chemins qui montent, pratiquement, il n’ y a pas une famille qui n’a pas au moins un membre ou deux de sa famille qui vivent de l’autre côté de la Méditerranée.
C’est une règle. Depuis plus d’un siècle, beaucoup de Kabyles ont choisi le chemin de l’émigration. Leurs petites parcelles de terrains éparpillées un peu partout n’arrivaient point à leur garantir une vie digne. Contrairement aux autres Algériens qui habitaient dans les villes et les plaines, les montagnards n’avaient d’autres choix que de tenter leur chance en France. Dans des conditions lamentables, ces misérables survivaient et aidaient leurs frères qui étaient restés au bled. Après l’indépendance, l’émigration avait considérablement déminée. La terre libérée grâce aux sacrifices des braves était à reconstruire. Au début des années 80, une crise multidimensionnelle pousse les Algériens à s’exiler, encore une fois. Quelques années après, surtout après les années de braise, « le pays ne voulait pas changer, alors il fallait changer de pays ». D’innombrables personnes ont trouvé refuge, non seulement en France, mais en Amérique, au Canada, dans les pays nordiques tels que la Norvège, la Suède et même dans les pays arabes. Depuis le début des années 2000, les portes de l’émigration sont presque fermées, cependant, les Algériens arrivent toujours à fuir » même s’il faut emboîter le pas aux « harragas » (émigrés clandestins). Certains villages de la basse Kabylie compte des centaines de personnes qui ont réussi à refaire leur vie ailleurs. C’est le cas du village Aït-Alouane, dans la bourgade des Ath Mansour, qui compte plus de 500 émigrés uniquement dans la ville française Lyon. Avec l’avènement de l’été la nostalgie de « Tamurt » (le pays) captive un nombre important de cette frange de la société. Ils viennent souvent passer un mois au bled, faire la fête et savourer la beauté plurielle de Béjaïa et sa région. Entre plage, montagne, forêt et bien d’autres sites historiques et touristiques magiques, l’émigré a le choix des lieux de détente. Malgré le manque terrible de moyens et d’infrastructures dont a besoin l’estivant, la beauté de la nature peut, parfois, suffire à réinventer le bonheur. C’est peut-être l’un des secrets de la vie. L’être humain reste toujours attaché à la terre qui l’a vu naître. Les meilleurs moments de l’enfance se gravent éternellement dans la mémoire et s’invitent sans cesse…
Ali Remzi
