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Publication : Le mystère De Gaulle de Benjamin Stora / Premiers pas vers l’indépendance de l’Algérie

Un récent sondage d’opinion réalisé en France a porté Charles de Gaulle en haut du podium des personnalités admirées des français durant le vingtième siècle. En fait, c’est une consécration sans surprise tant l’Homme de “l’appel du 18 juin” a cristallisé les espoirs de tout un peuple en faisant fi de la barbarie nazie et creusé le sillon de la libération par la résistance. Puis, par un tumultueux concours de circonstances, le sérénissime général s’est écilpsé de 1946 pour une longue traversée du désert et réapparaitre enfin un mois de mai 1958 avec des contours messianiques, en plein coeur de la guerre d’Algérie dont les terribles péripities ont tant barbouillé les diplomates et militaires français mêlés. Dans un essai intitulé  » Le mystère de Gaulle », l’éminent historien Benjamain Stora tente une autre approche du général par un travail concentré sur ses années algériennes qui sont en fait une longue épreuve marquée par des décisions équivoques, des projets en trompe l’oeil et des voltes-faces qui méritent clarté et analyses objectives. Ainsi, revenu de loin d’entre les morts politiques, De Gaulle a vite fait un crochet à Alger pour marquer le début de son mandat avec le sceau du dialogue et de la confiance. Fort de sa popularité et d’un discours qui suscite l’optimisme et instille l’adhésion, il est allé à la rencontre des “Pieds noirs” comme un porteur d’eau ; avec un retentissant  » je vous ai compris » prononcé sur le balcon du palais du gouvernement à Alger ou il a clairement affiché son choix éminent et solide pour la pérennité de l’Algérie française. Cependant, note Benjamin Stora, la réalité d’un jour n’est pas forcément celle de toujours. Malgré le déploiement des grands moyens pour maintenir le peuple algérien sous le joug colonial avec le plan marchall, les lignes Morice et Challe, les opérations Jumelles et Eperviers entre autres, l’évolution politique naissante sur le front algérien de plus en plus intense et sanglante, et à l’échelle mondiale deplus en plus contraignante ont porté l’estocade à la politique initialement choisie par le générale qui sera dorénavant dirigée malgré lui a faire des compromis sinon des concessions. Contre toute attente, une année seulement après son accession au trône, il lance à Mostaganem la franche et irrévocable idée de l’autodetermination. Un véritable pavé dans la mare. Farfelu ? se demande la rue européenne désarçonnée par tant d’outrecuidance, une décision qui a engendré des salves de haines atroces : un putsch raté d’un quarteron de généraux à la retraite selon la formule consacrée, et deux attentas manqués de l’OAS, tous deux ont visé la personne du « fruste général » ! Cet essai sous titré Son Choix pour l’Algérie avance cinq raisons majeures liées les unes aux autres et qui sont à l’origine de ce break pour le moins inattendu en premier lieu par les communautés harkis et pieds noirs. Après un voeu d’association entre la France et l’Algérie sur le modèle du Commonwealth, suggère L’auteur de La Gangrène et l’oubli, qui met tout de go en exergue les raisons profondes de l’achoppement de cette vision. D’abord L’Intégration impossible du peuple algérien dans le moule de la civilisation française, ensuite La Stérélité de la stratégie militaire où il est mis en évidence l’impertinence du choix des armes. Plus loin, Benjamin Stora relève que le nombre sans cesse grandissant des émigrés établis en Hexagone représente une menace pour l’identité française. “La civilsation musulmane lui apparaît comme un corps étranger», écrit l’historien. Tapie au fin fond de l’esprit de de Gaulle continue l’enfant de Constantine où il est né 1950, la Guerre d’Algérie devenait trop onéreuse pour une France elle-même en période de construction pendant Les Trentes Glorieuses. Finalement, les rêves souverainistes et européens de De Gaulle concoctés en étroite collaboration avec l’allemand Adenauer ont fini par achever de convaincre le général de se tourner irréversiblement vers l’Europe et préparer le retour de la France dans le concert des nations par la grande porte, celle de la coopération selon le principe de la liberté des peuples à disposer de leurs destins. Pour convaincantes soient-elles, les analyses de Benjamin Stora suspendent une autre interrogation qui ne manque pas de piment : l’indépendance de l’Algérie est-elle acquise de haute lutte ou bien est-elle une offrande, sinon un caprice du mystérieux général ?

T. D.

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