Tournée vers Akbou, perchée comme un faucon sur la protubérance d’une colline constituant la limite géographique entre les wilayas de Bgayet et de Bordj Bou-Arréridj, Tamokra est un coin de paradis propice à l’escapade. Ses villages proprets ne manquent pas de charme avec des maisonnettes anciennes construites avec de la pierre locale et charpentées avec de la tuile rouge et parfois des villas pavilonnaires éparses construites le long des routes avec des matériaux sophistiqués.
Ceux qui vont visité cette région de Cocagne et obtenu la Baraka de Sidi Yahia El Aâdli comme ceux qui ont obtenu des remèdes à leurs maux grâce aux eaux thermales de la station ne s’empêchent pas d’y revenir comme ils ne s’empêchent pas de la recommander aux autres en vantant les bienfaits de la station thermale et de la Zaouia.
En empruntant le CW 23, à compter des trois chemins de Biziou, le voyageur passe en revue la verdure du flanc ouest de la montagne de Gueldamen. Une montagne qu’il faut contourner pour se rendre au douar d’Ath Aidel dont fait partie Tamokra. La route vient d’être aménagée par la pose d’un bitume de type tapis sur 28 kilomètres de longueur. Les parcelles bien travaillées montrent si besoin est, combien les gens sont attachés à leurs terres nourricières nourries par la sueur des générations.
C’est la saison des figues fraîches et de barbarie. Un berger assis sur une pierre aux abords de la route, expose à la vente des figues de barbarie qui aguichent par leur grosseur. “Je ne compte pas le nombre de voitures qui passent mais je renseigne les passants qui me le demandent et je profite par la même pour vendre des figues et gagner un peu d’argent de poche. Je suis étudiant et c’est ce que je fais chaque été», nous explique-t-il avec une courtoisie suivie d’un large sourire qui mettent bien en confiance. Une route étroite et sinueuse dévale vers la station thermale de Sidi Yahya.
Le tout petit parking ne contient pas plus d’une dizaine de véhicules légers. En bas, une minuscule pièce sert de hammam à des baigneurs qui rentrent par groupes d’environ dix personnes. Pus loin, un petit local faisant office de café maure propose de la limonade du thé et du café.
Le CW 23 descend jusqu’à la rivière Bousselem l’affluent de l’oued Soummam et remonte jusqu’à Tamokra, chef-lieu communal.A l’entrée se dresse l’imposante Zaouia du marabout Sidi Yahial Aâdli, un monument religieux datant de l’époque turque. Au milieu d’une vaste cour se dresse une plaque commémorative en marbre où sont inscrits les noms des chouhadas de la commune. Une mosquée d’une architecture ancienne et sublime attire le regard avec ses ors et turquoises. A Tamokra, l’hospitalité n’est pas un vain mot. Les habitants sont accueillants et mettent à l’aise leurs hôtes, Mohand Chérif Chendouh, maire d’obédience FLN semble partagé entre l’enthousiasme et l’amertume. Il met l’accent sur l’absence flagrante de moyens qui entravent le développement de sa commune en citant des budgets communaux ou sectoriels alloués au compte goutte. Les populations se débattent dans d’innombrables difficultés liées à l’enclavement, le manque d’infrastructure socio économiques et le chômage. “Avec 68 km2 de territoire, Tamokra a été élevée au rang d’une commune suivant le découpage administratif de 1985. Les 6000 habitants qui composent les 10 villages et un chef-lieu exercent en majorité dans le secteur de l’agriculture, le restant monnaie sa force de travail ailleurs. Les jeunes sont les premiers à subir les affres du sous développement induit par les manques de loisirs et d’emploi. Deux facteurs qui les font fuir de leur commune à la recherche d’un bien-être qu’ils ne retrouvent qu’à la grande ville ou à l’étranger», dira-t-il.
L’édile est intarissable, il évoque cette polyclinique qui fonctionne avec un seul médecin et deux infirmiers et se désole de ce qu’aucun des 10 villages n’est doté d’un centre de soins, au jour d’aujourd’hui.
Pire encore, les villages Bicher et Tizi Aidel avaient dans le temps des centres de soins, lesquels sont fermés il y a de cela deux ans déjà sans aucune lueur d’espoir quant à leur ouverture dans le future malgré les jérémiades. Sur le plan éducatif, Thaourirth et Thoufirth n’ont pas d’écoles primaires. Les enfants sont inscrits dans les villages voisins et la municipalité assure le transport. Le chef-lieu possède un CEM qui accueille tous les écoliers de la commune mais le cycle secondaire se fait à Akbou, chef-lieu de daïra. Malgré la proximité du barrage de Tichy-Haf, la bataille de l’eau n’est pas véritablement gagnée même si 85 % des foyers sont alimentés. Les 15 % restants constitués de maisons éparses nouvellement construites seront raccordées au fur et à mesure, en fonction des moyens de la commune.
La commune a réalisé sur ses fonds, 30 % des pistes et les services agricoles ont participé avec 30 % aussi dans le cadre des PPDRI. “Nous cherchons des fonds pour finaliser les 40 % restant à réaliser, nous avons fait ce qu’on a pu faire et nous continuerons à faire le reste en fonction des budgets qui nous seront alloués, On demande seulement aux populations d’être patientes, nous avons commencé par le CW 23 qui relie Tamokra à Akbou dont les travaux viennent d’être achevés et maintenant c’est au tour des routes secondaires qui desservent les villages», explique le maire.
Bonne nouvelle à l’horizon : la station thermale Sidi Yahia El Aâdli connaîtra dans le futur des investissements notables pour son réaménagement grâce aux concours alloués par le ministère du Tourisme, selon le maire. Même située à un jet de pierre de la richissime ville d’Abkou dont elle ne tire pas grand profit, Tamokra se bat pour sortir du sous développement avec des moyens dérisoires.
L. Beddar
