M. Tarik Mira, député indépendant : “C’est une grave atteinte aux libertés publiques”

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Il a interpellé M. Dahou Ould Kablia, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales à propos de l’arrestation de jeunes pour non-observation du jeûne. Tarik Mira, député à l’APN, estime dans cet entretien que cette affaire est une grave atteinte aux libertés et que l’Algérie a des ressources dans la société civile que l’on doit mobiliser contre cette bête immonde.

La Dépêche de Kabylie : Vous avez interpellé en votre qualité de député indépendant, le ministre de l’Intérieur à propos de ces affaires liées aux « non respect du jeûne musulman », avez-vous reçu une réponse et quelles étaient les réactions à l’Hémicycle ?

Tarik Mira : L’interpellation se passe comme suit : vous déposez votre question orale à une date précise. L’APN transmet la question – même procédé que la question écrite – au ministre concerné. Ce dernier a un mois devant lui pour venir répondre oralement devant l’Hémicycle. A ce moment, vous lisez votre question ; le ministre répond et, dans la foulée, vous pouvez riposter et lui même conclut. Voilà pour le contenu technique. Vous remarquerez le privilège de l’Exécutif devant le législatif à la fois par la maîtrise du calendrier, du temps et des répliques : réponse et conclusion. Aussi, la meilleure manière de faire bénéficier l’opinion publique de l’acuité et de la pertinence de la démarche, c’est de médiatiser à l’avance votre question. Je l’ai fait au lendemain du dépôt de celle ci, soit le 16 septembre. Pour répondre donc à votre interrogation, j’attends le 16 octobre prochain, pour connaître la réponse du ministre de l’Intérieur et des collectivités locales.

D’aucuns estiment que ces agissements sont une atteinte à la liberté de culte des citoyens, pourtant garantie par la Constitution et les chartes ratifiées par l’Algérie, et de l’autre côté un camp démocratique et laïc totalement tétanisé devant ces atteintes, justement pourquoi ce même camp n’a pas réagi ?

C’est une grave atteinte aux libertés publiques, notamment celui de la violation de l’article 36 de la Constitution qui stipule : « l’inviolabilité de la liberté de conscience ». Il faut s’insurger moralement et politiquement contre cette démarche de persécution et inquisitoriale. Il faut amener le pouvoir à respecter ses propres textes de loi. La Constitution et le pacte des droits civils et politiques, signé par l’Algérie en 1989, sont clairs sur les libertés de culte et de conscience, deux choses, par ailleurs, différentes dans leurs significations et leurs portées. Si le camp laïc partisan n’a pas réagi, c’est qu’il est plus porté par des enjeux de pouvoir. Quant aux autres, ils sont tétanisés par la montée d’une moralisation portée de concert par les intégristes et la complicité du pouvoir. Malheureusement, ce mécanisme n’est pas propre à l’Algérie, mais à l’ensemble de l’aire musulmane. Cependant, l’Algérie a des ressources dans la société civile que l’on doit mobiliser contre cette bête immonde.

De l’affaire de la jeune chrétienne de Tiaret aux déjeûneurs de cette année, il y a comme une volonté de rétrécir le champ des libertés, quelle parade préconisez-vous contre tous ces comportements ?

Je n’ai pas de formule magique. Je sais instinctivement qu’il faut mobiliser les opinions publiques nationale et internationale sur ces questions fondamentales à la liberté et à la dignité de l’Homme. Ceux qui croient que cela ne leur arrivera pas se trompent. Je crois que toutes ces atteintes aux libertés doivent nous amener à agir collectivement dans des espaces à créer afin de mettre un terme aux actions liberticides du pouvoir.

Propos recueillis par M. Mouloudj

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