Les routes de la Kabylie ont fait, encore une fois, une victime. Un commerçant, originaire du village d’Aguemoune dans la commune de Beni Aissi, daïra de Beni Douala a été enlevé avant-hier (voir notre édition d’hier) à Tala Bounane, près du chef-lieu communal d’Ath Aissi. Le lieu de ce nouveau rapt est, faut-il le souligner, tristement connu en Kabylie pour avoir été le théâtre de l’ignoble assassinat du chantre Matoub Lounes. Un autre kidnapping, un de plus ! L’inquiétude a gagné hier encore la région secouée déjà il y a quelques semaines, par un attentat-kamikaze qui a ciblé la brigade de la gendarmerie. Quelques minutes seulement après le rapt du commerçant, nous avons été sur place, et avons pu constater toute l’amertume de la population qui ne comprend pas pourquoi elle est la cible des hordes terroristes. Plusieurs interrogations ont été soulevées par des citoyens interrogés par la Dépêche de Kabylie. Certains ne comprennent pas comment le groupe, auteur du rapt, a pu opérer en toute quiétude sur un chemin de wilaya très fréquenté par la population et en plus à 17 heures, c’est-à-dire au moment où cet axe connaît un pic en matière de circulation routière. Les ravisseurs ont pu accomplir leur forfait, sur cet axe sécurisé par un point de contrôle conjoint de la gendarmerie et de l’armée. Un barrage installé juste à l’entrée du village Tabarkoukt. B. Ramdane, enlevé hier sur cette route menant de Tizi Ouzou à Beni Douala, ne s’attendait peut-être pas à être surpris au cœur même de sa région, lui l’Algérois, en visite chez sa famille à Beni Aissi où il passera la nuit du dimanche à lundi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître ; le sexagénaire, commerçant à Alger, a été victime d’un rapt vingt-quatre heures après, lui qui était au bord de sa Renault Mégane en compagnie d’un de ses proche. Ce dernier, indiquent des sources sécuritaires, sommé de descendre du véhicule, les ravisseurs lui ont intimé l’ordre de prendre place dans un fourgon de transport desservant la ville de Tizi Ouzou. la Renault Mégane est toujours stationné non loin du lieu du kidnapping. Cet énième rapt qu’enregistre la Kabylie en moins de quatre ans relance des débats sur la sécurisation des zones rurales, éloignées des grands centres urbains. A quoi répond cette logique qui fait que la région n’a pas connu de répit sur le plan sécuritaire ? Les citoyens que nous avons rencontré avant-hier sur le lieu du rapt nous ont exprimé leurs ras-le-bol par rapport à une situation intenable et insupportable. Face aux souffrances d’une population qui n’a que la solidarité et l’éveil de conscience pour se défendre, l’urgence d’intervenir sur le terrain pour arrêter l’hémorragie est plus que nécessaire. C’est une urgence qui se pose aux pouvoirs publics et aux autorités locales qui, même s’il est toujours difficile de lutter contre le phénomène de l’enlèvement, doivent réagir avec efficacité en mettant un plan de sécurisation de ces zones à risque. La Kabylie ne peut et ne veut surtout pas assumer un statut de région à haut risque comme certains tentent de le faire croire » entre un attentat terroriste et un kidnapping on assiste à des procès mettant en cause des jeunes innocents accusés d’atteinte à la religion musulmane. Nous vivons au rythme d’une pression infernale, jusqu’à quand ? On ne peut plus supporter cet état de fait, l’Etat doit réagir !», fulmine un jeune originaire de Ath Aissi rencontré non loin du lieu du rapt quelques minutes seulement après que les ravisseurs du commerçant d’Aguemoune aient pris la fuite dans une direction inconnue. Il faut dire que la colère est bien visible dans plusieurs régions de la wilaya de Tizi Ouzou livrées à ce genre d’actes terroristes et de banditisme. Cependant, c’est le phénomène du kidnapping qui soulève le plus d’inquiétude. Les citoyens ont peur pour leurs personnes mais aussi pour leurs biens. Un commerçant qui peut mettre toute une vie pour faire des économies peut perdre sa richesse en quelques heures …le temps d’un enlèvement “les gens ont peur. Si t’es riche, tu ne peux vivre tranquille car il y a la menace d’être kidnappé à tout moment. Si t’es pauvre, tu ne peux vivre en raison de la situation sociale défavorable. Entre les deux, le simple citoyen ne sait pas quoi faire ni comment s’y prendre. C’est malheureux”. Ces propos d’un commerçant originaire de Ath Douala, rencontré avant-hier, résume bien l’état d’esprit de la population. Cette dernière ne sait plus vivre comme elle le veut, comme elle le souhaite. Les citoyens ne savent plus, uniquement, à quel saint se vouer, pire, ils savent pas s’il y a encore des saints envers qui les vœux devront se diriger. Pour la famille du commerçant elle n’a pas, au moment où nous mettons sous presse, eu de nouvelle de leur proche. Aucun contact n’a été encore établi avec ses ravisseurs.
A. Z.
