Une fois de plus, une fois de trop, la wilaya de Tizi Ouzou a été le théâtre d’un enlèvement sur la personne d’un commerçant exerçant à Alger, et ce durant la soirée de dimanche vers les coups de 17 heures sur la route de Thala-Bounane, dans la commune de Beni Douala. Cet acte, non encore revendiqué porte le nombre à 60, et ce en l’espace de quatre années. S’il est fort admis depuis le début que ces actes relèvent principalement du banditisme, il est, en revanche, fort alarmant de savoir que cette pratique est monnaie courante dans cette région, qui n’en est pas à sa première expérience. Il faudra, pour cerner le problème, se demander pourquoi toute cette recrudescence et surtout pourquoi sont-ils localisés, de manière quasi exclusive dans cette wilaya. Or, comme il nous a été donné de le vérifier, la mobilisation citoyenne a de tout temps été au rendez-vous et les victimes de Boghni, Ifflissen et Aghribs n’ont dû leur salut qu’à ce mouvement spontané de la population. Ce pourquoi, il est aujourd’hui non aisé de résoudre cette énigme. Il est clair que l’aspect financier par le truchement du versement de la rançon est l’unique mobile de ces auteurs de rapts, au vu du statut des victimes (commerçants pour la majorité), et si les services de sécurité peinent à lutter efficacement contre leurs agissements, qui relèvent du grand banditisme, c’est parce que contrairement au cas de la victime de la région de Boghni en date du 23 mars dernier où la famille et le village ont refusé de céder au chantage, il existe, malheureusement des situations ou, à tord ou à raison, la famille de la victime, de peur des représailles, cède et paie la rançon exigée.
Ce qui, forcément, encourage les auteurs des enlèvements et plonge la région dans la peur et l’inquiétude de jour comme de nuit. Ces pratiques sont si courantes en Kabylie qu’il relève du grand courage de prendre la route. Ce pourquoi, des dizaines d’entrepreneurs ont dû se résoudre à s’installer dans les wilayas limitrophes de peur d’être de nouvelles cibles. En définitive, force est de constater qu’étant rarement élucidés et leurs auteurs restant souvent non identifiés et impunis, les kidnappings ont fini par attirer d’autres adeptes, qui se recrutent dans le milieu du banditisme, dont la collusion crapuleuse avec le terrorisme n’est pas à écarter. Mais ce qui inquiète le plus, c’est la récurrence de ces crimes qui restent souvent impunis ou non élucidés. Qui sera la prochaine victime, se demande-t-on, incrédule, ici ? Si la mobilisation citoyenne et la solidarité qui ont suivi à Iflissen puis à Boghni et récemment à Fréha les rapts à répétition peuvent constituer un moyen de pression sur les ravisseurs pour les amener à mettre fin à leur business, il reste que l’inquiétude demeure vivace parmi la frange de la population ciblée. D’autant plus que les services de sécurité qui n’ont jamais entrepris d’opérations de libération d’otages, tardent à trouver la parade pour endiguer ce phénomène sur lequel l’opinion est peu ou mal informée. En l’absence de communication officielle, les médias sont réduits à conjecturer pour informer les citoyens sur les tenants et les aboutissants de ces affaires sur lesquelles les autorités judiciaires ou sécuritaires ne se sentent nullement en devoir de communiquer.
Ferhat Zafane
