Plus besoin pour le chef de l’Etat de parler du terrorisme dans une wilaya qui n’arrive toujours pas à sécher ses larmes et à panser ses blessures. Les citoyens de la wilaya de Chlef, tout comme ceux des régions environnantes et précisément de Ain Defla, Tissemsilt, Tiaret et Relizane, sont venus en masse écouter Bouteflika avec cet espoir de jours meilleurs. Ils n’ont peut-être pas beaucoup de choix, eux qui vivent en majorité dans une précarité absolue. Ils sont là à écouter celui qui reste leur seul espoir. Parce que la misère a fait des ravages dans ces régions éloignées des clichés de la capitale. Le terrorisme a fait le reste. En plus des glorieux martyrs issus de cette région, Bouteflika a rappelé cette vérité, si peut-être amère, qui fait que la région « avait hébergé des militants du Mouvement national algérien (MNA) », hostile à la Révolution. Enfonçant le clou, Bouteflika a rappelé les habitants de Chlef qu’ils « n’avaient pas alerté les services de sécurité lorsque les terroristes agissaient ». Ceci dit, l’orateur tempéra en disant qu’il « faut tourner la page » et construire « une réconciliation nationale ». « Les enfants des harkis ne doivent pas assumer le passif de leurs parents » et peuvent « devenir Algériens s’ils veulent se conformer à la Constitution ». Ce n’est là qu’un prélude, puisque lors de la décennie noire, « des terroristes sont montés au maquis » contre « la volonté » de leurs parents ». Le Président venait d’exposer, ici, l’un des points essentiels de sa charte pour la paix et la réconciliation nationale. Un projet qui « dérange », selon son initiateur. Il dérange qui, en fait ? Bouteflika ne cite pas les noms, mais donne des fonctions. Il y a « les trabendistes, ceux qui font du business, et des corrompus du pouvoir ». Les interprétations et autres spéculations vont bon train. A l’intérieur du stade d’abord puisque, sans vraiment comprendre, beaucoup ont applaudi. Dans les colonnes de la presse par la suite. Un jeune qui s’est placé dans les premiers rangs fera remarquer à l’invité du jour que « ces gens-là », désignant les familles victimes du terrorisme et des Patriotes, « sont des corrompus, et je ne pardonne pas ». Cela a suffi pour sortir Abdelaziz Bouteflika de ses gonds et, après avoir interpellé violemment le jeune homme, il dira qu’il est « conscient que le chemin de la réconciliation est long et périlleux » et qu’il est venu à Chlef « pour demander la paix » et non « pour marchander quoi que ce soit ». « Je ne suis pas un traître », dira-t-il en guise de réponse à ses détracteurs qui le soupçonnent de vouloir légitimer « une amnistie générale ». « Le score des présidentielles peut bien me permettre d’imposer mon dictat. Il est pour moi facile de poser la question de manière claire si je voulais réellement obtenir une amnistie générale. Non, cela n’est pas possible actuellement », dira-t-il, avant de lancer un appel au peuple algérien de « rendre un grand hommage à l’ANP et aux services de sécurité pour avoir sauvé la République ». De fil en aiguille, Bouteflika avancera que le retour à l’action politique des anciens dirigeants du parti dissous « n’est plus possible ». « Qui aura le courage de demander au président Bush de revenir à l’avant 11 septembre 2001, aux Espagnols à mars 2004 et à Tony Blair avant la tragédie de Londres ? », arguera Abdelaziz Bouteflika pour insinuer que l’exploitation de la religion à des fins politiques « n’est plus permise ». Ceci dit, tout en répétant qu’il « ne triche pas », le président de la République a demandé pardon « aux repentis » parce que « l’Etat n’a pas été à la hauteur de ses engagements ». Pour donner l’exemple, et alors que les gradins du stade commençaient à se vider une heure après le début du discours, sous l’effet d’une chaleur suffocante, Bouteflika est descendu de son perchoir pour des pauses photos avec des représentants des associations de victimes du terrorisme et des Patriotes.
A. B.