« J’ai eu une peur froide devant les terroristes »

Près d’un mois après, cet animateur de la télévision berbère garde toujours une peur, de ces longues dizaines de minutes qu’il a endurées face aux éléments du GSPC, armés jusqu’aux dents. Rencontré mercredi dernier, à Tigzirt, où il continue à séjourner, en attendant son retour en France, M. Amalloul, a bien voulu se confier à notre journal, pour nous raconter la peur, le choc qu’il a senti, en tombant nez-à-nez avec ces terroristes. « En constatant que ce sont des terroristes, une peur froide s’est abattue sur moi », nous dit ce journaliste sa présence, dans cette auberge qui se trouve à mi-chemin entre Tigzirt et Boudjima avait pour objectif de préparer une émission qu’il projetait de filmer dans cet établissement. L’animateur fort heureusement, n’a pas été repéré et les terroristes durant cette descente avaient pour objectif de se ravitailler en vivres et chercher des rançons. « Un terroriste m’a longuement fixé dans les yeux et m’a demandé ce que je fais dans la vie. En lui répondant que je travaille dans une usine, il a lancé un grand éclat de rire, sans comprendre pourquoi », dixit M. Amalloul. Comme à chaque fois, les terroristes du GSPC, préparaient soigneusement leurs opérations. « Au début, il y eut trois ou quatre éléments qui ont fait irruption. Ils étaient propres, bien rasés et correctement habillés, en treillis militaires. Ils parlaient, et ils agissaient comme les éléments de l’ANP ». Et de continuer « Evidement ce n’était qu’un leurre. Dans cette tactique, ils avaient l’idée de détecter des éléments des services de sécurité ou d’autres personne proches de l’Etat », nous dit-il. Fort heureusement, personne parmi les gens surpris ne s’est empressé de divulguer son identité, en croyant qu’il s’agit d’éléments de l’ANP. Quelques minutes après, d’autres éléments rentrent dans l’établissement et à travers les armes et leurs tenues, tout le monde a compris qu’il s’agissait de terroristes. Après avoir immobilisé tout le monde, on les a fait descendre dans le sous-sol de cette auberge, où un discours leur a été donné et l’autre groupe terroriste composé d’une vingtaine d’éléments s’affaire à fouiller l’établissement et à faire charger les vivres dans des véhicules stationnés à l’extérieur. Parmi les terroristes, l’on a reconnu un certain « Al Laâev », un borgne qui habite Dellys, mais aussi un certain Redouane Boumaïs, deux éléments très recherchés et qui ont échappé plusieurs fois aux services de sécurité. Dans leur discours, appelant les présents à pratiquer la prière, à consommer la limonade au lieu de l’alcool. « Dites aux gens qui ont pris les armes, de les déposer et de nous rejoindre pour combattre le taghout », leurs lancent-t-ils sans cesse, et de continuer : « Nous sommes convaincus qu’avec l’aide de Dieu, l’Algérie deviendra un Etat islamique », leur disent-ils. Au sujet de la réconciliation nationale, ils sont catégoriques « Nous ne reconnaissons ni Bouteflika, ni la réconciliation nationale ». A signaler que cet établissement, qui se situe dans une colline superbe est souvent fréquenté par de grandes personnalités, parmi eux de grandes figures artistiques kabyles. Fort heureusement que ce soir là, personne n’a été pris au piège. Dans leur retrait, vers minuit, les terroristes ont kidnappé Arezki K., le propriétaire de l’auberge. Il a été libéré 24 heures après, sur la route menant vers Nazer, à une quinzaine de kilomètres plus loin, et ce, en contrepartie de payement d’une rançon de 90 millions de centimes. « Les impôts, vous allez les payer auprès de nous, non à l’Etat », disaient les terroristes à l’adresse du propriétaire. Dix jours après, une autre opération similaire a eu lieu sur la RN 24, dans un bar, près du village Issinadjen. Le scénario est identique et une rançon de 135 millions de centimes a été payée pour la libération du propriétaire du bar, après son enlèvement. « Dans ma tête, mes vacances au pays se résument à cet événement cauchemardesque que j’ai vécu face aux terroristes », nous dit M. Amalloul. Avant son retour sur les plateaux de la BRTV, cet animateur aura certainement une peur et des souvenirs à raconter, au sujet de ses vacances pour cette année, qui ne sont pas comme tous les autres.

M. M.