Les aventures de Ichar le nain

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1re partie

«Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil). On peut être grand, fort et sot, et l’on peut être petit et intelligent et se sortir indemne de toutes les situations. Aujourd’hui, nous allons vous raconter l’histoire d’un nain, nommé Ichar (ongle) d’après un conte du terroir. Suivez-nous.Les couples anciens aiment donner naissance à des garçons, quand ils n’ont que des filles, ils ne sont pas très contents. C’est la mésaventure qui est arrivée à un père de famille. Marié depuis de nombreuses années, il a eu des filles, il ne les aime pas. Atteintes de maladie, elles finirent toutes par succomber. Croyant que sa femme est responsable de ses malheurs, il la répudie afin de se remarier et de vivre dans le bonheur.Prenant femme pour la deuxième fois, il est pressé d’avoir un garçon, mais après trois ans de mariage aucun bébé ne vint égayer sa maison. Ne voulant pas mourir sans descendance, il essaye de tenter sa chance, en priant Dieu en ces termes : “-A rebbi illan d’eg g’enniânagh ghorek’ assagifkiyi-d aqchich d’memmikhas anechth g-ichar ad’illi(Dieu du ciel Je t’implore aujourd’huiDonne-moi un filsMême de la taille d’un ongle.)”En ces temps-là, Dieu exauçait les vœux qui lui étaient demandés.C’est ainsi que quelques mois plus tard, sa femme donne naissance à un garçon de la taille d’un ongle.On le prénomme Ichar qui signifie ongle.Au fur et à mesure que les années passent Ichar ne grandit pas, mais devient de plus en plus intelligent. Aucun des jeunes de son âge, ou plus âgés que lui, ne peut rivaliser avec lui sur tous les sujets.Son père et sa mère sont fiers de lui. Une nuit, Ichar rencontre des voleurs en train d’essayer d’arracher la porte d’une étable pour s’emparer d’une vache.Voyant qu’ils risquent de se faire attraper, il leur propose son aide en leur indiquant comment procéder. Ils transpercent le mur en torchis, en faisant un trou pour que Ichar puisse s’introduire à l’intérieur. Une fois dedans il crie à haute voix à l’intention des voleurs —“Laquelle vous voulez la noir ou la blanche !”Le bruit de sa voix réveille le propriétaire qui accourt pour voir de quoi il retourne. Muni d’une lampe à huile,il inspecte l’étable, mais ne voit rien d’anormal. Ichar se cache dans l’oreille de la vache. Une fois que l’homme retourne se coucher, sa femme le rassure en lui disant que c’est “âssas b-oukham” (le saint protecteur de la maison), qui a fait du bruit puisqu’il n’a rien trouvé. Après que le couple se soit rendormi, Ichar ouvre la porte de l’étable et laisse pénétrer les voleurs qui s’emparent d’une vache.Ils l’emmènent très loin du village pour l’égorger, la dépecer et la débiter en quartiers. Craignant qu’on ne lui donne pas sa part comme convenu, arrivé au sommet d’une colline, Ichar suggère aux voleurs que c’est l’endroit idéal pour la mise à mort. Il est écouté. Une fois la vache égorgée, il demande pour part les intestins et l’estomac. Les voleurs s’empressent de les lui donner, ils rient de ce choix. Ichar s’éloigne d’eux lave les boyaux les gonfle, les met au vent, puis se met à crier : “Fuyez, fuyez ! Le propriétaire de la vache vient vers vous avec d’autres hommes armés. Fuyez, si vous ne voulez pas être tués !”Regardant de son côté et voyant les boyaux flotter, les voleurs se disent qu’il dit vrai. Craignant pour leur vie, ils abandonnent la viande débitée. Après qu’ils se soient éloignés Ichar met toute la viande dans la peau et la cache dans un fourré. Pour la transporter chez lui, il lui faut une monture. Comme il faisait déjà jour, Ichar descend vers un chemin et attend qu’un cavalier pointe du nez. Un homme monté sur un mulet ne tarde pas à se montrer. Après l’avoir salué l’homme lui dit : “-Saîgh zhar nekiniifkayi-d rabbizayla laâli(J’ai de la chancedieu m’a donnéUn très bon mulet)”.

Lounès Benrejdal(A suivre)

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