Jeu de cache-cache entre les policiers et les trabendistes

l Pratiquement tous les jours au marché des Babors à El Khemis, les policiers jouent à cache-cache avec les vendeurs à la sauvette. Les parties débutent généralement vers 9 heures, c’est-à-dire au moment où les marchands ont fini d’étaler leurs marchandises sur les deux mètres carrés de trottoir qu’ils occupent et au moment où les clients commencent à affluer. Les marchandises proposées à la vente sont exposées sur un morceau de film plastique des serres ou même sur une simple toile de jute posés à même le sol. Il y en a de tout. Pèle-mêle, il y a des shampoings, des ampoules, des lames à raser, des briquets, des chaussures, des serviettes, des lunettes, des montres et mêmes des vêtements made in. Les yeux rivés sur les pacotilles, les clients passent et se bousculent parfois. Ils demandent les prix, marchandent et quand l’objet convoité leur semble valoir le prix proposé, ils concluent. Quant aux trabendistes, leur position n’est pas des plus confortables. Ils sont sans cesse sur le qui-vive, si un œil est avec le client et la marchandise, l’autre guette constamment l’apparition toujours à l’improviste des agents de l’ordre public. Et à la vue du moindre bout de casquettes de policier, toutes les toiles de jute et tous les morceaux de plastique sont vite ramassés, pliés, transformés en gros ballots et portées à bout de bras ou sur les épaules. En quelques secondes, il n’y a plus de marché. Il n’y a que des badauds qui se promènent et certains parmi eux portent de gros paquets. Et circuler avec un gros paquet n’est pas une infraction. Toutefois, à la minute même où les policiers auront tourné le dos, tout se remet en place et les marchandages reprennent de plus belle comme si de rien n’était. Ayant posé son paquet par terre et essuyé la sueur qui perlait sur son front un « commerçant » oubliant que cette profession est des plus réglementées, prend la foule à témoin et s’écrie : « Nous ne sommes pas en train de voler. Si nous n’avons pas le droit de vendre notre marchandise sur la place publique, qu’on nous la saisisse et qu’on nous jette en prison ! C’est mieux que tout ce remue-ménage à chaque heure ».

B. Mouhoub