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“Où est passé le 1er plan quinquennal ?”

De notre envoyé spécial à Ouargla : Ali Boukhlef

Abdelaziz Bouteflika s’est mis en colère. Non contre les « ennemis de la réconciliation », mais parce qu’il a constaté que la wilaya de Ouargla, où il a animé hier un meeting en faveur du oui pour la charte pour la paix et la réconciliation nationale, n’est pas sortie de son sous-développement même après le premier plan quinquennal de relance économique.Le chef de l’Etat, qui dit venir à Ouargla pour parler du référendum, s’est vu d’emblée obligé de dire « des choses graves ». Il a d’ailleurs tenu à le souligner dès sa montée sur le pupitre. « Ce que je vais vous dire est très grave », a-t-il annoncé aux milliers de citoyens amassés à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle omnisports de la ville de Ouargla, tout comme pour dire son étonnement de la situation, visiblement catastrophique, dans laquelle vit la population de cette région sur le plan social. « Les choses n’ont pas évolué comme on l’avait souhaité dans les régions du sud », a dit le Président devant une assistance particulièrement attentive et visiblement surprise par le discours qui se veut une réponse aux multiples manifestations sociales vécues par la région. “Le gouvernement doit donner une attention particulière aux régions du Sud. Toutes les wilayas du Grand Sud », a-t-il poursuivi sur un ton grave avant de se demander « où est passé le premier plan quinquennal ? » ou encore afficher son incompréhension que le fonds du Sud « est plein mais point de projets ». Mais en plus de ces remarques, Abdelaziz Bouteflika a rappelé les présents sur les récentes manifestations vécues par la région en 2003 sur le problème d’embauche dans les régions pétrolières, et avance que pas moins de 4 000 emplois ont été destinés aux jeunes de la région, mais « les gens ont refusé de travailler avec 18 000 ». Pourquoi ? Bouteflika se dit convaincu que ces « personnes ont d’autres ressources ». L’attention que doit accorder le gouvernement au Grand Sud vise d’abord, selon le Président, à « faire taire les pyromanes et les corbeaux qui tentent de perturber le pays en s’appuyant sur la détresse sociale ». Il se rappelle « la période où l’Algérie rayonnait dans tous les espaces dans le monde ». Aux jeunes qui ont applaudi cette déclaration, Bouteflika dira : « Je suis convaincu que vous applaudissez quelque chose que vous ne comprenez pas, parce que tout simplement vous n’étiez pas encore nés à l’époque. » A un jeune homme qui lui signifie l’inertie des autorités locales, le chef de l’Etat répond qu’il « ne peut trouver meilleur avocat que lui aujourd’hui ». Cela a suffi pour calmer les quelques personnes qui allaient faire des remarques sur les éternels problèmes liés à la défaillance des autorités locales, et l’invité du jour dira aux citoyens de Ouargla que « ce n’est pas l’Etat qui viendra balayer devant vos portes, peindre vos maisons ou nettoyer vos quartiers ».

« Nous avons introduit tamazight dans la Constitution pour sauvegarder l’unité nationale. » Abdelaziz Bouteflika venait ainsi de clôturer ce chapitre qui lui « tient particulièrement à cœur » et aborder enfin le sujet du jour, la réconciliation nationale. Plus structuré que d’habitude, le propos du Président n’a pratiquement rien apporté de nouveau sur son projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale. Il insistera, par contre, sur les résultats de la concorde civile qui a permis, selon lui, de prendre « des mesures politiques, juridiques sociales et culturelles ». Sur ce dernier point, et comme pour appuyer son propos, Bouteflika citera l’introduction de tamazight dans la Constitution comme langue nationale. « Oui, nous avons introduit tamazight dans la Constitution comme langue nationale pour sauvegarder l’unité nationale « . Toujours dans le sillage des résultats de la concorde civile et de ses répercussions, Bouteflika rappellera qu’il était  » rejeté  » et que les contradictions et ambiguïtés relevées dans ses discours  » sont dues au fait que les gens n’admettaient pas encore des concepts comme la réconciliation nationale  » et qu’il « n’a jamais été ni un éradicateur ni de ceux qui coupent les têtes ». Il est venu à Ouargla « en messager de la paix » et non en « chasseur de voix » ni pour « vendre l’Algérie « . Il avancera à son auditoire qu’il n’est « pas venu acheter vos voix » et « heureusement que je ne suis pas en campagne électorale ». Bouteflika répond aussi qu’il « n’a passé aucune transaction » et qu’il n’a fait que « son devoir ». Puisqu’il s’agit de devoir, le chef de l’Etat a usé, comme d’habitude d’ailleurs, de discours religieux pour convaincre l’auditoire du bien-fondé de son plan. Plus explicite et moins virulent, il dira que la charte pour la paix et la réconciliation nationale ne « cache pas d’arrière-pensées » et que l’amnistie générale « n’est pas possible et elle nécessite une plate-forme politique et juridique ». « Je vous demande d’aller voter massivement, pour au contre la réconciliation nationale, mais vous devez savoir que ce n’est pas là la seule et la dernière solution », annoncera encore le président Bouteflika qui réitérera sa volonté de « ne plus revenir à 1990 », car cela n’est « pas possible » et qu’il « est incapable de dire qui a commencé le premier dans le début de la crise ». Ce sont par ailleurs des explications qu’a données le chef de l’Etat de son projet en tentant d’expliciter certains points précis, à l’image de celui des disparus qu’il considère comme morts à l’image de son « neveu qui ne reviendra jamais » mais sur lequel « il ne va pas faire une révolution », non sans insister sur  » la nécessaire mobilisation des citoyens le jour du scrutin « . « Soyez avec moi le 29 », a-t-il annoncé, sur une note d’humour, à ceux qui lui déclaré qu’ils sont avec lui. Il faut signaler qu’une anarchie indescriptible a caractérisé la fin du meeting. Des adolescents ont arraché des poteaux et des drapeaux et ont créé un vent de panique inégalé aux alentours de la salle omnisports. Ce n’est cependant pas une colère. C’était juste un moment de liesse.

A. B.

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