Comme pour l’Aïd, les vêtements neufs font partie du rituel de la rentrée scolaire : tablier, bien sûr, mais aussi pantalons, jupes, robes, chemises, et enfin souliers ou baskets ! Comme pour l’Aïd aussi, les enfants aiment comparer leurs habits : c’est à qui aura les plus beaux, ou comme disent les enfants eux-même, qui présentera la marque, Lmarka. Mais les grandes marques de tricots ou de baskets, à 5000 ou 10 000 dinars, seuls les nantis pourront les offrir à leurs rejetons. Beaucoup se contenteront des marques contrefaites, venant de Chine ou du Pakistan, certes de qualité inférieure, moins rutilantes que les vraies, mais qui donnent l’impression du vrai et qui, en tout cas, coûtent dix fois moins cher ! En cette période de cherté, la plus petite économie réalisée est la bienvenue pour les petits ménages ! Il y a bien sûr le local, qui bien que local, ne coûte pas moins les yeux de la tête. C’est sur lui que se rabattront les familles nombreuses ou nécessiteuses, et celles qui ne peuvent même pas se payer le local, s’adresseront aux fripes ! Mais pour une fois, ce ne sera pas les fripes » fripes « , c’est-à-dire les vieux vêtements usés et élimés, au point de laisser passer la lumière, mais les fripes » in « , celles qui viennent de là-bas. Men lhih, syihin : le mot magique qui fait rêver et qui surtout donne l’impression d’être riche. Certains habits ont été si peu portés. Les Européens, expliquent les fripiers, changent leurs habits avant qu’ils ne soient usés —qu’ils paraissent presque neufs. Un bon coup de fer à vapeur et l’illusion est totale. Avec un peu de chance, on peut même tomber sur des marques démarquées, des griffes dégriffées. Bien entendu, ce type de vêtement coûte plus cher que les fripes habituelles mais infiniment moins que le neuf.
S. Aït Larba