La Dépêche de Kabylie

M’Chedallah / L’olive améliore le menu des pauvres

Durant toute la période de la saison d’olives qui s’étale sur trois mois soit du début décembre a fin février, le menu des couches défavorisées qui composent l’écrasante majorité de la population de l’ensemble des communes de la daïra de M’Chedallah, connaîtra une nette amélioration grâce à cette récolte d’olives. Le repas le plus prisé et en vogue durant toute cette saison dans tout les ménages, est incontestablement celui composé d’abats «thikerchiouine» en kabyle, «douara» en arabe parlé et cela pour plusieurs raisons : la première étant le prix très abordable a raison de 150 dinars le kilo ensuite la saveur et enfin la graisse qui les compose et qui est un facteur d’énergie, produisant beaucoup de chaleur pour lutter contre le froid. Même si dans d’autres régions tel Aïn El Hadjel (w. M’sila) ou El Yachir (w. BBA) les abats sont une spécialité «choua» préparés en friture sur des braises qui ont fait la réputation de ces deux régions, à M’Chedallah par contre, les abats sont mijotés en sauce, dont ne se passe aucun ménage en hiver ; une spécialité qu’on retrouve même dans les menus des restaurants de la région. Le crâne «vouzellouf» est lui aussi très prisé pour les mêmes raison et classé en 2e position après Thakerchiouth. En parallèle, et grâce toujours à la vente de quelques kilos d’olives, on complète le menu par des fruits de saison, oranges et mandarines notamment ou, à défaut, des desserts en conserve, yaourt et confitures de toutes marques, comme il est fréquent de voir les repas enrichis par du beurre, du pâté (cachir) ou autres fromages et camembert. La saison des olives est celle ou tout les caprices et les gourmandises sont satisfaits. De plus, le déjeuner est toujours pris en plein nature, il suffirait de passer a proximité d’un verger d’oliveraies pour constater, grâce aux emballages et restes de repas abandonnés sur place, qu’ils sont riches et variés à souhait. Sur le volet habillement et vestimentaire, c’est aussi la période où l’on se permet les dépenses les plus folles : bas en laine, pulls, chaussures garnies de fourrure et bonnets de luxes. Sur le plan psychologique, les pères et mères de familles, soulagées par ces rentes saisonnières qui provoquent un net recul du stress et de l’angoisse des dépenses quotidiennes, affichent une très bonne humeur. De plus, c’est une saison où les fréquents conflits de voisinage se dissipent et où la société se ressoude de nouveau. La coutume en Kabylie veut que des voisins qui interviennent sur des parcelles d’oliviers proches partagent le repas de midi avec les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Les menus différends existant auparavant entre ces familles disparaissent grâce à un repas partagé à l’occasion de la campagne de ramassage d’olives. Une saison qu’attendent impatiemment tous les citoyens pour toutes ces raisons évoquées. L’olive est un don du ciel qui est l’un des rares facteurs de bonheur en Kabylie ; une richesse que nos ancêtres ont entouré de tout un mythe, une richesse sacrée et vénérée qu’on retrouve dans tous les contes, les légendes et la culture de nos aïeux depuis la nuit des temps. L’olivier en Kabylie, grâce aux soins dont il est entouré est le seul et unique arbre fruitier, dont on retrouve de nombreux spécimens plusieurs fois millénaires.

Oulaid Soualah

Quitter la version mobile