En dépit de l’absence de moyens, d’infrastructures adéquates et de soutien, même moral, M. Harbane essaye, avec les moyens de bord, de sauver les meubles. Agé de 48 ans et père de 4 enfants, ce directeur dans le secteur de l’éducation a bien voulu répondre aux questions de la Dépêche de Kabylie, ne serait ce que pour interpeller les autorités, dans l’optique de venir en aide au club phare de Maâtkas.
La Dépêche de Kabylie : Voulez vous commencer par nous présenter votre club ?
Aissa Harbane : Notre club a vu le jour en 1990. Actuellement, nous comptons sept disciplines totalisant plus de 320 athlètes. Nous avons le volley ball, le basket ball, le judo, le karaté do, le Tækwondo, le kempo et une section d’athlétisme. Nous avons 35 encadreurs, tous des bénévoles. Nos athlètes sont tous assurés, affiliés aux différentes ligues et aux différentes fédérations. Ils participent dans toutes les compétitions au niveau local et national.
Pouvez vous, à présent, nous parler des infrastructures sportives dont vous disposez pour accueillir ces 320 athlètes ?
Parler d’infrastructures est un grand mot. Nous ne disposons, malheureusement, que d’une salle non homologuée et qui ne répond à aucune norme. C’est un véritable gourbi. En ce qui concerne les arts martiaux, nos athlètes s’entraînent dans un sous sol de fortune, non aéré et qui ne dispose d’aucune commodité. Notre équipe de volley, qui évolue en national, reçoit à Drâa Ben Khedda. Cela a, bien entendu, un prix qui érode davantage notre maigre caisse. Avec toutes ces difficultés, nous avons réussi à former plusieurs cadres et plusieurs gradés. Nos jeunes ont obtenu plusieurs titres au niveau local, national et maghrébin. Dernièrement, l’APC a pris le taureau par les cornes en projetant de réaliser un stade communal, qui peut nous être très utiles. Hélas aux dernières nouvelles, ce projet a changé de nature. Il parait qu’il est destiné à accueillir la protection civile. C’est regrettable. On se sent délaissés par les autorités.
Pour faire fonctionner toutes ces disciplines avec tous les athlètes, il vous faut des subventions ?
Les seules subventions que nous recevons viennent de l’APC, de l’APW et de la D. J. S. Elles se chiffrent en moyenne à 80 millions de centimes par an. Du coup, nous faisons payer les athlètes des arts martiaux 100 DA/mensuel. Nos filles, qui évoluent en national, reçoivent de petites primes pour, au moins, assurer leur frais de transport. Elles sont toutes étudiantes et inscrites hors wilaya. Pour les faire venir, il faut au moins leur payer le voyage. En ce moment, nous appliquons une politique de rigueur, voire d’austérité et il nous arrive de mettre la main à la poche en attendant l’arrivée des subventions. L’APC a essayé d’inviter les entrepreneurs de la région pour les sensibiliser à ce sujet mais jusqu’à présent, ils ne se sont pas manifestés.
Vos objectifs pour l’exercice en cours…
Pour prétendre au podium, il faut des moyens. Il n’y a jamais de fumée sans feu. Nous gardons donc les pieds sur terre sans toutefois croiser les bras. En volley, nous allons faire le maximum pour assurer le maintien en senior. Les cadettes peuvent prétendre à une place honorable en coupe d’Algérie. Du coté du basket, on est dans la formation et l’apprentissage. Il faut patienter un peu pour récolter les fruits de nos labeurs. Dans les arts martiaux, nous avons plusieurs champions. Ils font leur formation chez nous et une fois en senior ils font le bonheur d’autres clubs plus nantis.
Votre dernier mot…
La population de Maatkas est, à 70%, composée de jeunes de moins de trente ans. Les infrastructures sportives et culturelles sont aux abonnés absents. Du coup, les maux sociaux gangrènent la société. Pour y remédier il n’y a pas mieux que le sport, la culture et l’éducation. L’état est presque absent et les subventions qu’on nous attribue sont de la poudre aux yeux. Alors, je lance un appel aux entrepreneurs, aux bienfaiteurs et aux riches afin de s’impliquer dans le mouvement associatif et sportif. Pour notre part, les portes sont grandes ouvertes à toutes les énergies qui peuvent apporter un plus. Tout cela pour faire reculer la délinquance, la violence et l’oisiveté qui poussent les jeunes à l’irrémédiable et à braver la mer, au risque de leur vie. Il faut que les instances concernées regardent du coté des jeunes.
Propos recueillis par Hocine Taib

