«La lecture peut assurer l’avenir»

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Il a la cinquantaine rayonnante et une passion pour le livre jamais émoussée. L’ex-enseignant est désormais auteur de romans et éditeur affranchi. Dans cet entretien, Mohand Arkat nous parle de son aventure avec les mots et l’univers livresque.

La Dépêche de Kabylie : qui est Mohand Arkat ?

Mohand Arkat : Je suis auteur et éditeur, mais après avoir enseigné le français et le tamazight. En ce moment, je me consacre à l’écriture et à l’édition.

En tant qu’auteur, vous venez de publier Abrid n tala. Pouvez-vous nous présenter ce roman ?

Abrid n tala est un roman qui retrace la vie des gens vivant dans les villages. Le chemin de la fontaine est un itinéraire où les habitants passent leur temps pendant la période du retour vers le village. C’est un endroit social et d’identification pour les jeunes (filles et garçons). Dans ces lieux, des couples se sont formés. Abrid n tala a permis aux jeunes d’exprimer leurs sentiments affectifs, ce qui explique le temps qu’accordaient les femmes à faire leurs toilettes avant de prendre ce chemin. Plusieurs poètes ont chanté sur Abrid n tala comme Lounis Aït Menguellet Mi truh ar tala adagoum et Slimani Gubrid n tala, et d’autres encore.

La tradition est bien ancrée dans votre roman. Etes-vous un nostalgique ?

Nostalgique ? Mais qui ne l’est pas ? Dans la vie de tout un chacun, il y a des périodes qui marquent à jamais. Au bout d’un certain âge, on continue à vivre avec le passé. Depuis la publication de ce roman, j’ai entendu plusieurs versions sur Abrid n tala. Etant en contact avec le public de toutes les régions de la Kabylie, chacun à sa propre interprétation et c’est vraiment très riche en enseignements, en anecdotes, bref, ce titre fait parler tout le monde !

Vous êtes le fondateur des Editions La Pensée. Quel est l’état de santé de l’édition en Algérie ?

Ma venue dans le monde de l’édition n’est pas un hasard. Après tant d’années passées dans l’enseignement, je ne cesse de m’investir dans cette activité qui me permet de garder le contact avec le livre et la culture. La maison d’Editions La Pensée est un canal de transmission du savoir et de la connaissance, c’est un lieu de créations culturelles, artistiques et scientifiques. L’édition doit bénéficier de hautes considérations. C’est elle qui s’occupe de la promotion de la culture.

Quelle est la place du roman amazigh dans l’univers culturel algérien ?

Le roman amazigh n’est qu’à ses débuts. Dans l’ensemble, le résultat est significatif, par exemple Abrid n tala en est à sa deuxième édition ; je dirai que celui-ci à un avenir prometteur. Les gens doivent se rappeler que Tamazight a nécessité des années de lutte. Des sacrifices énormes ont été consentis par beaucoup de militants pour son officialisation. Maintenant qu’elle est là on doit assurer sa survie, la développer et la promouvoir par l’écrit, le cinéma, par tout moyen qui pourrait lui donner vie.

Quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?

Je citerai pêle-mêle les Mouloud Mammeri et Feraoun, Tahar Djaout, Rachid Mimouni et Albert Camus qui sont pour moi des auteurs impérissables. Etant attaché à la terre kabyle, je m’intéresse à toute œuvre dont le contenu concerne ma Kabylie natale.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Absolument ! En ce moment, je prépare un roman sur les traditions kabyles qui sera intitulé Tiwizi, dont la trame retrace un peu la vie rude que les gens menaient, saupoudré de passage avec le kanoun. Ce retour vers le passage est pour moi utile car c’est avec lui qu’on peut bâtir l’avenir.

Pourquoi écrire ?

L’écriture est pour moi un moyen d’évacuer la pression. J’écris par devoir et par nécessité d’apporter un plus. Ecrire c’est transférer des pensées ailleurs, là ou c’est nécessaire.

Je vous laisse conclure…

Le livre doit reprendre sa place qui était la sienne dans notre société. Sans culture, la société régresse. Les pouvoirs publics doivent encourager les gens à reprendre le goût de la lecture. C’est par la lecture qu’on peut assurer l’avenir.

Entretien réalisé par Tarik Djerroud

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