1re partie
«Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil). Depuis l’apparition de l’homme sur Terre, que de trahisons il y en a eu ! Pour n’en illustrer qu’un cas, voici l’histoire d’une traîtrise que nous allons vous raconter d’après ce conte du terroir. De tout temps, les familles préfèrent avoir une famille pleine de mâles, qu’une famille pleine de filles, ceci pour plusieurs raisons. Il y a tout d’abord la perpétuation du nom, et la lutte contre l’adversité. Une famille composée de filles ne peut rien contre ses ennemis, contrairement aux mâles qui peuvent lutter jusqu’à la mort. Mais il arrive qu’il y ait des exceptions à cette pratique. C’est ce qui s’est passé chez un monarque. Ce monarque (Ag’ellid) s’est marié depuis de très longues années. La Providence lui a donné sept beaux et forts garçons pour assurer sa descendance Ils sont tous devenus de grandes gaillards invincibles. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’au jour où leur mère tombe enceinte pour la huitième fois. Les sept garçons se tiennent le ventre, ils ne veulent en aucune façon que la huitième naissance ne soit un mâle. A l’unanimité ils souhaitent et veulent que ce soit une fille. Comme tous les frères très nombreux, ils veulent avoir une petite sœur qu’ils aimeront et chériront. Ils tiennent conseil et déclarent solennellement que si leur mère donne naissance à une fille, ils donneront une fête grandiose et inviteront tous les nécessiteux à manger ce jour-là, du couscous à la viande et à profusion. Quand les premières douleurs de l’enfantement commencent à agiter le corps de leur mère, il s’éloignent tous les sept pour se réfugier dans une grotte de la montagne, en attendant le verdict divin. C’est avec une grande anxiété qu’ils attendent la délivrance de leur mère. Du sexe du bébé dépendra leur attitude. La mère qui était au courant du serment fait par ses fils, était très contente. Elle vient d’avoir une fille et par conséquent ses fils ne mettraient pas à exécution leur sinistre projet d’exil. Euphorique, elle leur envoie comme messagère une vieille femme de la cour pour leur apporter la bonne nouvelle, mais cette vieille femme s’avère être une « Settoute » une sorcière qui a pour dessein de disloquer la famille royale. Elle va les voir dans leur grotte et prend un air chagriné et affligé et leur dit compâtissante :-« Thesâd aqchiche yemmath-ouen Aqlakoum d’i thmania yid’ouen mabrouk fellaouen ay arrach igoulen. (Votre mère vient d’avoir un fils, vous êtes huit désormais, félicitations pour vous, les amis. Tiendrez-vous le serment juré ?) Les sept frères, la mine déformée, la crurent à l’unanimité sans se douter du piège qu’elle leur a tendu, enfourchent sans plus attendre leurs montures et chevauchent vers les contrées inconnues, pour cacher leur désarroi et leur honte. Les sept frères disparurent de la circulation durant quinze longues années. Leurs parents les ont oubliés. Leur sœur devenue maintenant une très belle et corpulente adolescente, n’en a jamais entendu parler. Un jour, en voulant étancher sa soif à « thala » (source), la jeune fille aux sept frères exilés trouve devant elle, une vieille femme en train de puiser de l’eau avec un tamis. La voyant agir ainsi, elle lui dit : « Prends mon cruchon et remplis ta cruche, ainsi tu nous feras gagner du temps à tous » !La vieille femme qui n’était en fait que Settoute (la sorcière), la regarde méchamment et lui dit les yeux injectés de sang : »Sousem felli a Illis lah’ram thine infan sevâ ouathmathen seg oukham!. (Tais-toi fille du péché, toi qui as fait exiler tes sept frères, le jour où tu es née !!!)-Que dis-tu vieille sorcière, je suis fille unique. Mes parents me l’ont dit, je n’ai jamais eu de frères, tout le monde le sait !-On t’a caché la vérité pour ne pas te chagriner. Tu as bel et bien sept frères, petite vipère. « Ebranlée par l’incroyable révélation, elle casse son cruchon, ne boit pas et retourne à la maison en pleurant. Feignant des maux de gorge, elle demande à sa mère de lui préparer une bouillie de semoule de blé afin qu’elle puisse se soulager.
Lounès Benrejdal(A suivre)
