Encore une rentrée scolaire semée d’embûches pour bon nombre d’enseignants de la langue amazighe, notamment ceux qui sont chargés d’enseigner cette année à l’école primaire. En effet, ces enseignants sont appelés à exercer dans plusieurs établissements scolaires, parfois éloignés les uns des autres. Ce qui rend leur tâche difficile, voire impossible dans certains cas. « Un enseignant pour cinq écoles primaires, c’est du jamais vu. Je ne sais plus où se donner de la tête. Depuis dix années d’enseignement nous ne cessons pas d’être les souffre-douleur du secteur éducatif ! », vocifère un enseignant de tamazight d’Akbou. La question est de savoir s’il y aura une coordination entre les responsables des écoles primaires concernées pour la confection des emplois du temps qui puisse arranger ces enseignants. En outre, sachant que déjà l’enseignement de la langue de Mouloud Mammeri entamé il y a dix ans n’a touché que quelques collèges et lycées et n’a guère connu une avancée palpable et ce, même en Kabylie, que dire de sa généralisation dans les écoles primaires qui sont beaucoup plus nombreuses ? Pour preuve, à titre d’exemple, l’introduction de tamazight à l’école en 1996 dans la wilaya de Béjaia s’est faite avec 48 enseignants, ce chiffre n’a même pas doublé cette année ! De plus, bon nombre de ces enseignants demeurent toujours des vacataires. « Il ne s’agit pas pour nous de savoir combien d’élèves qui suivent le cours de tamazight, mais de faire le bilan de la généralisation de l’enseignement de cette matière entamé il y a quelques années », affirme un enseignant de tamazight de Béjaia, avant d’ajouter : « L’introduction de tamazight au primaire dans l’état actuel des choses répond plutôt à d’autres injonctions qu’à un souci pédagogique bien déterminé : elle ne fera par conséquent que compliquer une situation déjà assez confuse ». Quant aux contenus des programmes de tamazight qui seront dispensés en 4e année primaire, les enseignants de cette matière disent ne rien savoir pour le moment. Par ailleurs, selon le décret exécutif n° 05-168 du 07 mai 2005 (article 65 bis 2) publié dans le Journal officiel numéro 33, seront promus en PEF les MEF de tamazight titulaires d’un bac, ou d’un diplôme de TS, qui ont émis des demandes de recours dans ce sens. « Pourquoi tergiverse-t-on, dans l’application de cette nouvelle disposition qui vient répondre à l’une de nos revendications ? Pourtant dans les autres wilayas, ceux qui sont titulaires des mêmes diplômes que nous, sont des PEF depuis longtemps. L’on se demande pourquoi la DE de Béjaia fait exception », déclare un autre enseignant. Enfin, l’on s’interroge également où est passée la promesse du ministère de l’Education de créer un profil d’inspecteur de langue amazighe faite il y a deux années ? « Avec l’introduction de cette langue au primaire, la confirmation des deux inspecteurs en poste et la création de nouveaux postes d’inspecteurs s’imposent », ajoutent ces enseignants.
K. Kherbouche
