Le marché de la fripe fait recette

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Dans différents marchés de la région sud de la wilaya, on remarque la présence en force de la friperie. Des tas de chiffons, de haillons et de bottillons sont étalés à même le sol. La clientèle ne manque pas par ces temps de disette et de vaches maigres. Les citoyens rongés par la pauvreté n’hésitent pas à s’en approvisionner. De Maâtkas aux Ouadhias en passant par Souk El Tenine et Boghni, le constat est identique. Le marché de la fripe connaît de beaux jours. On a vu des jeunes filles acheter des vêtements d’un autre âge. Cela renseigne, on ne peut mieux, sur la misère sociale dans laquelle vivent les citoyens de Kabylie. L’Algérien connu pour son exigence et son goût raffiné pour la tenue vestimentaire s’est vu, au fil des années, contraint de faire fi de son look. On le voit aujourd’hui se contenter de trop peu de choses. Une preuve que l’indigence s’accentue. Il est impossible pour une grande partie des citoyens d’acheter du neuf. Le moindre pantalon n’est accessible qu’à hauteur de 1500 DA. La moindre chemise neuve n’est proposée qu’à partir de 800 DA. Les souliers et les chaussures coûtent à peu près le tiers du salaire d’un ouvrier ou d’un petit fonctionnaire. Quant aux vestes, aux blousons et aux pardessus, il faut mettre tout son salaire pour les acquérir. En ce qui concerne les chômeurs et les bénéficiaires du filet social, ils n’osent même pas entrer dans une boutique de vêtements neufs. A ce sujet, un client que nous avons rencontré aux Ouadhias nous confiera : «A quelque chose malheur est bon. Si ce n’était pas les vêtements d’occasion, nous ne saurons quoi faire. Avec mon salaire de15 000 Da/ mensuel, il est impossible de garantir la subsistance à mes 4 enfants. Quant à les vêtir, c’est pratiquement impossible. Heureusement, il y a la friperie. L’essentiel est de s’habiller». Comme lui, ils sont beaucoup à se contenter des vêtements d’occasion. Du coup, l’Etat doit obligatoirement revoir la politique des salaires et créer de l’emploi car des pans entiers de la société vivent au jour le jour. La chute du pouvoir d’achat des ouvriers et des fonctionnaires, est une réalité que nul ne peut remettre en cause. Le chômage, ce fléau qui malmène les jeunes et les plus âgés doit être la priorité des pouvoirs publics. A Souk El Tenine, A Maâtkas et aux Ouadhias, les boutiques de produits fripiers poussent comme des champignons. La filière est en plein essor. On en trouve différents produits repoussants pour la plupart. Des godasses, des bottillons et toutes sortes d’effets vestimentaires lavés, relavés jusqu’à l’usure, sont exposés et proposés à la vente à des prix alléchants. Une paire de chaussure pour seulement 10 DA. La curiosité oblige, les chaussures étaient bien usées et les semelles trouées. «Les citoyens les achètent et passent chez le cordonnier pour les réparer», nous apprendra ce vendeur de Boghni. Des chemises, à 50 DA l’unité. Des pantalons vieux comme le monde à seulement 100 DA. Inutile de préciser que les clients ne manquent pas. Un constat désolant et décourageant. Ces beaux Algériens mettront sur leurs épaules des haillons venus des fins fonds de l’antiquité. Les risques sur la santé des porteurs est une certitude confirmée par de nombreux médecins. Les allergies, les eczémas et d’autres maladies encore ont été signalés à plusieurs reprises. Pour s’en prémunir, les communs des mortels croient qu’il suffirait de laver ces haillons à l’eau chaude et à l’eau de javel. Seulement, certains germes et microbes résistent à l’eau chaude et à l’eau de javel. A souk el Tenine, à Maatkas, aux Ouadhias et à Boghni les boutiques de la fripe foisonnent. Des signes qui montrent que la misère et le marasme social sont une réalité quotidienne. Il est grand temps de mettre les mécanismes efficients pour résorber cette paupérisation qui risque à tout moment de se révéler fatale.

Hocine T.

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