Originaire du village d’Aït Aïssi Ouziane, Tachour Mohamed, âgé de 57ans, s’est consacré corps et âme, quinze années durant, à former, éduquer et inculquer les principes de la compétition sportive, sans aucun grain d’agressivité à ses nombreux athlètes. Il sollicite à chaque fois sa caisse de menuisier pour venir en aide à ces athlètes.
Une tache qu’il accomplit sans jamais se lasser, depuis une quinzaine d’années.
La Dépêche de Kabylie : Comment vous êtes-vous retrouvé dans le monde de l’athlétisme ?
Tachour Mohamed : Au début, je pratiquais le foot comme tous les jeunes de mon époque. C’était le sport roi et il le reste toujours d’ailleurs. Mon fils aîné Ali, voyait les choses autrement. Il était épris d’athlétisme. D’ailleurs, il a fait un grand parcours. Il était champion d’Algérie de la discipline du 3000 m steeple et a également participé aux championnats du monde de cross country, organisés au Portugal et au Chili, où il a pu se classer 7éme. Bien entendu, je le suivais partout et je l’encourageais avec mes propres moyens. A force de l’accompagner, j’ai fini par adopter ce sport et connaître toutes les ficelles de cette discipline. C’est ainsi que je suis devenu entraîneur d’athlétisme. Ma curiosité et mes recherches m’ont valu un diplôme reconnu par la fédération algérienne. Un métier que je fais depuis quinze années maintenant.
Sachant qu’à Maâtkas, le sport, en général, est le parent pauvre du développement. Aucun parcours, aucune piste et aucun stade n’est disponible, comment faites-vous ?
C’est une bonne question. Il n’y a en effet aucun moyen et aucune structure pour la pratique sportive. Toutefois, il y a le principal, de la volonté et l’amour du sport. Des atouts qui n’existent peut-être pas ailleurs. Pour nous entraîner, on se déplace à chaque fois au stade Fekrane, de la commune voisine de Souk El Tenine. Mon véhicule sert de moyen de transport pour les athlètes. Seulement, même là-bas nous ne pouvons travailler à l’aise. Ce n’est pas chose aisée de s’entraîner en présence de gens qui ne viennent que pour perturber nos séances. Mes filles sont gênées par la présence de ces extras. Nous essayons toujours, avec sagesse et doigté d’éviter les tracasseries.
N’empêche que même avec cela, vous réussissez à faire de bons résultats…
En dépit du manque d’infrastructures, de moyens financiers et d’encouragements moraux, mes athlètes se surpassent lors des compétitions. Dernièrement à Fréha, notre jeune El Hadi s’est adjugé le titre de vice-champion de wilaya. Une semaine après, il a brillé en national à Bordj Bou Arreridj en décrochant la 9éme place. Nous avons d’autres athlètes qui ont brillé aux 400m, aux 1500m. Nos titres sont nombreux, mais très mal récompensés. Imaginer, un seul instant, que nos athlètes n’ont même pas de tenue. C’est vous dire que presque personne n’est derrière nous. Hormis les responsables du club, personne ne se soucie de notre devenir. On nous dit à chaque fois que le secteur de la jeunesse et des sports est la préoccupation première des responsables, mais sur le terrain c’est le désert. Les jeunes sont abandonnés à leur sort. C’est ce qui est à l’origine de plusieurs maux et fléaux sociaux. Il faut vite redresser la barre pour éviter la clochardisation de la société. Un stade par ci, une piste par là et un parcours dans chaque daïra au moins, feront beaucoup de bien à la jeunesse et à tout le pays. Nous vous laissons le soin de conclure. Pour terminer, je lancerai un appel à toutes les autorités de la plus petite à la plus grande, il est urgent de prendre soin des jeunes. De doter les communes et les villages d’infrastructures sportives et culturelles et d’en finir avec le bénévolat qui détruit les énergies les plus saines. Toute peine mérite salaire, disent les américains. Voyons où est ce qu’ils en sont. Pour construire cette nation sur des bases solides, il devient primordial de prendre soin des cadres de demain. Nos enfants sont, aujourd’hui, livrés à l’oisiveté et à la délinquance. Il est impératif de mettre les moyens et les mécanismes efficients pour éviter le chaos. L’avenir appartient aux jeunes, cela se dit partout, mais il ne suffit pas de le dire, il faut le penser réellement et créer les moyens de sa politique. L’argent est le nerf de la guerre, en éducation sportive et culturelle, c’est presque la même chose. Pour ne rien vous cacher, le fils dont je vous ai parlé et qui m’a ramené à l’athlétisme, vit aujourd’hui sous d’autres cieux. Car ici, il a beau persévérer mais il n’a pas trouvé la place qui devait être sienne. Ils sont beaucoup comme lui. Nous avons besoin de nos enfants ici, dans leur pays, mais il faut aussi leur ouvrir grandes les portes.
Entretien réalisé par Hocine Taib

