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Des fables de La Fontaine traduites magistralement par Messouci Boualem

Par Abdennour Abdesselam

Par définition, la traduction est une activité de l’esprit. Traduire un texte d’une langue à une autre c’est en principe être en position et en possibilité de dire la même chose en sens et en valeur. Mais un texte n’est jamais seulement qu’une suite de phrases correctement agencées. Il y a toute cette étrangeté que peuvent prendre les mots dans ce qu’ils ont comme nature mutante. La transposition systématique n’est pas toujours possible. En conséquence de quoi, il est presque impossible de réussir fidèlement toute traduction.

Dans notre cas, il s’agit de la traduction des fables de Jean de La Fontaine du français vers la langue kabyle. Ce qu’il faut tout d’abord signaler, c’est cette forme d’analogie universelle dans l’usage qui est fait des symboles animaliers dans toutes les cultures au monde. La plupart de ces représentations sont les mêmes ou presque. Cela installe alors une prédisposition naturelle pour réussir un tant soit peu la traduction dans le domaine animalier. Il est utile de signaler également qu’au temps de Jean De La Fontaine le monde dans son ensemble connaissait une effervescence particulière de la production du verbe et de la parole pensante. Cependant, le travail de traduction reste éreintant et laborieux. Ce que nous propose Messouci Boualem dans ses traductions de sens « commet » la perfection. Il prolonge à juste titre le soubassement de cette prédisposition par un choix judicieux des mots et les jeux très attractifs de leurs différentes applications, de leurs emplois, de leurs placements et de leur utilisation dans les formes rhétoriques et métaphoriques où excelle la langue kabyle. Ainsi les idées abstraites, très rarement et difficilement rendues en kabyle, sont admirablement imagées et bien illustrées. Boualem s’est également saisi judicieusement de proverbes qui fourmillent dans la culture kabyle comme phrases déjà expérimentées. Il a en outre su faire usage des différentes catégories du langage qui font la bonne parole comme l’euphonie, l’euphémisme, le gallicisme, l’opposition des mots, l’hyperbole, le sens propre et le sens figuré le glissement dans la nomination et autres gérondifs. On croirait ainsi entendre les inflexions et les modulations de la voix. L’intonation achève de faire résonner l’ensemble musical des textes. Ce qui permet une accession rapide et efficace à la morale véhiculée par chaque fable.

L’œuvre ainsi traduite par Boualem Messouci nous fait faire encore d’autres nouveaux pas qui accélèrent notre marche vers l’ambiance culturelle universelle où nous désirons recevoir et donner en même temps.

A. A.

(kocilnour@yahoo.fr)

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