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Des femmes fières, belles et rebelles

L’ère où la jeune fille se faisait chaperonner par un proche parent, pour le moindre de ses déplacements en dehors du cocon familial, semble bien révolu. N’en déplaise aux gardiens du temple de la tradition, aux phallocrates invétérés, et aux fanatiques de tout « poils », qui ne voit en la femme qu’une génitrice à la solde de l’homme.

La conquête par la gent féminine, toujours plus large, des espaces professionnels ne s’est jamais démentie. Dans cet élan d’émancipation et d’affirmation de soi, la femme s’est invitée et investie dans des domaines qui n’étaient, il n’y a pas si longtemps encore, l’apanage exclusif de l’homme. C’est ainsi qu’on les retrouve agents de l’ordre public, chef d’équipe dans une manufacture, monitrice d’auto-école ou encore chef d’entreprise.

Nabila, enseignante originaire d’Akbou, a dû batailler ferme pour vaincre le machisme de son frère ainé et l’attitude rétrograde et passéiste de son géniteur, qui la prédestinait à une vie de femme au foyer. « J’ai manqué de peu de sombrer dans la dépression quand, à la fin de mon cycle scolaire moyen, on m’a signifié clairement qu’il n’était plus question de poursuivre les études », se remémore Nabila. « Il a fallu une longue insistance de proches parents et de connaissances bienveillantes pour les faire revenir à de meilleurs sentiments », éructe-t-elle. Et d’ajouter « Mon père avait sans doute peur pour ma santé car j’ai développé une anorexie sévère qui me consumait à petit feu ». Pour sa part, Dalila a mené un combat épique pour bousculer les idées reçues, faire la nique aux tabous et braver l’autorité parentale rigoriste à souhait.

A peine ses premiers émois d’adolescente passés que ses parents entrevoyaient déjà l’idée de son mariage comme étant la seule perspective d’avenir pour sauver leur rejeton de la « perdition ». « Ce sujet qui s’invitait régulièrement dans les conseils de famille m’irritait au plus haut point. Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai signifié vertement à mon père qu’il appartenait à moi et à moi seule de décider de mon avenir. C’est à partir de làqu’il a commencé à lâcher du lest », raconte-t-elle avec une pointe de fierté. Aujourd’hui, Dalila est responsable commercial chez un concessionnaire automobile. Sa saga ressemble à peu de choses près à celle de Lynda de Tazmalt, fonctionnaire de son état, Fatiha d’Ighzer Amokrane, infirmière et poétesse à ses heures perdues et à celles de tant d’autres femmes qui, à force de courage et de ténacité ont réussi à se débarrasser du statut infamant et avilissant dans lequel on a cherché à les enfermer. Un statut de mineures à vie, taillables et corvéables à merci.

N.Maouche

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