Certaines femmes séduisent dès le premier regard, certains chanteurs dès la première écoute.
Il en est ainsi pour Mohsa, un jeune chanteur qui fera certainement parler de lui.
Originaire des Ath Yenni, Mohand Saïd Achab, Alias Mohsa, professeur de musique et ancien élève de l’Ecole Normale supérieure de Bouzareah, vient de sortir son premier album chez IzemPro. Intitulé Wicqa ! (Qu’importe !), cet opus est composé de 11 chansons : Wicqa!, Araju (L’attente), Win hemmlegh (Mon aimé), Ass-agi (Confessions), Ttebcira n lxir (bon augure), Assirem (L’espoir), Ccfayat (Souvenirs), Kem (A toi), Tamurt-iw (Ô chère patrie !), Lexyal-im (Ton image), La SATA, des chansons qui vous transportent entre présent et passé présence et absence, quêtes et retrouvailles…Il y est question d’amour, de la femme, de mémoire et de souvenirs, d’espoir et de tolérance.
L’album s’ouvre par la chanson Wicqa, un hymne à la tolérance et au pardon entre les membres d’une même famille, d’une société…
Wicqa, wicqa ma teḍṣiḍ deg-i
Nek allag yessen abrid-is
Wicqa, wicqa ma tehlekḍ-iyi
Ul-iw yewseɛ wexxam-is
Wicqa ma tennid-i
Kul ḥaǧa d nek i d bab-is
Wicqa ma ur tecqiḍ deg-i
Nek ul-iw yewseɛ wul-is…
La chanson Assirem est tissée autour de l’espoir, un ingrédient indispensable pour apprécier la vie malgré ses déboires et un remède contre l’accablement :
Asirem d ddwa
Yersen di tṛeffit
Deg wul ma yella
Lehlak ulac-it…
L’espoir apparaît également à travers la figure de ttebcira n lxir, cet insecte de bon augure, qui entre à l’improviste dans la maison et qui ouvre grandes les portes de l’espérance. Mohsa nous emmène ici dans l’univers simple de la vie traditionnelle où le moindre élément naturel est interprété comme un signe de la présence divine sur terre. Un univers simple dont on ne peut qu’être nostalgique aujourd’hui…
La Mémoire est présente au moins à travers deux chansons : Ccfayat et La SATA. La première est une remontée dans l’enfance : nous sommes à l’époque coloniale. L’image de l’enfant qui, en plein hiver, va à l’école le ventre creux et sandales en caoutchouc aux pieds, traduit le dénuement et la misère qui faisaient alors partie du quotidien :
S lkaɣeḍ aked ukeryun
L’ardoise ddew teɣruṭ
Deg webrid laẓ la ɣ-yezzuzun
Yessexwa-yaɣ taɛebbuṭ
Taṣundalt ukawuču
Teqqerṣ tcud s ileẓwi
Agus d cwiṭ usaru
Taserwalt a yi-d-tɣelli
La SATA évoque ces cars qui assuraient, jusqu’à la fin des années 70, la liaison entre Tizi-Ouzou et Alger. Dans la chanson, ce « lieu de mémoire » sert de prétexte à une histoire d’amour silencieuse (s wallen), qui va naître entre un homme et une femme qui se retrouvent chaque matin, au même endroit, pour prendre le même moyen de transport…
La Femme occupe une place importante, (Win ḥemmleɣ, kem, araǧu, lexyal-im…), mais il ne s’agit pas de celle que l’on farde de tous les artifices de la modernité mais de celle qu’on respecte, à laquelle on reste fidèle, qu’importent les aléas du quotidien et les vicissitudes de la vie…Y a-t-il meilleur hommage à la femme que de voir dans ses cheveux blanchissants un motif d’embellissement et non un signe de vieillissement ? Jugez-en :
D sser ɣur-m i d-yettasen
Ṛebbi la m-t-id-yessenɣal
Mi m-yekkes anẓad berriken
A m-t-id yeɣrem d amellal
La kem-itcebbiḥ ger wallen
Yerra sser deg-m innekmal
On reconnaît, chez Mohsa, la patte du musicien à la richesse et la fusion des styles (celtique, gnawi…) et à la diversité des instruments utilisés (violon, accordéon, flûtes…). Il est entouré de poètes aussi rares que talentueux : Si Moh, Kadi Abdennour et Saïd Aït Mouhoub, qui tissent leurs textes comme nos grands-mères tissaient des tapis…Leur collaboration donne un album très réussi qu’on écoute et réécoute avec plaisir. Une voix suave, chaleureuse, qui vous entraîne, des textes poétiques tissés comme des toiles, de riches mélodies sont autant de qualités qui font de l’album « Wicqa » une des œuvres incontournables de la rentrée.
Amar Ameziane

