Pour bien vivre le présent et préparer l’avenir, doit-on oublier le passé et les hommes qui l’ont façonné ? Il nous a quittés il y a 8 ans, soit le 26 mars 2003, et enterré le 28 au carré des martyrs à El-Alia, Fedal Ahmed dit commandant Si Hamimi a fait incontestablement partie de ces hommes qui ne reculaient devant aucun sacrifice quand il s’agissait de défendre la patrie. Il était aussi parmi les premiers maquisards qui ont pris les armes lors de la grande révolution de 1954/1962 qui a conduit le peuple algérien à se libérer du joug colonial. Il est opportun donc de dire aujourd’hui qu’on ne peut parler des événements de la guerre d’Algérie dans la vallée de la Soummam sans évoquer la mémoire de ce moudjahid authentique qui a voué toute sa vie à la patrie. Ceux qui l’ont connu, notamment ses compagnons d’armes avec qui il a partagé des joies et des peines, disent sans équivoque que le commandant Si Hamimi était incrusté de la fibre nationaliste dès son jeune âge, en témoigne son activisme précoce dans le mouvement national. A 22 ans, il commence à faire parler de lui en participant au soulèvement du 8 mai 1945. Il fut arrêté par l’armée coloniale qui l’incorpora d’office au service national. A la caserne, il se forgea davantage, devenant un fervent nationaliste en faisant la connaissance de jeunes Algériens de sa trempe animés des mêmes convictions. Libéré une année plus tard, il reprend immédiatement du service dans la vallée de la Soummam en rejoignant le PPA/MTLD. Né en 1923 au village Aguemoune dans la commune de Beni Maouche, wilaya de Béjaïa, une stèle à son effigie a été érigée au cimetière communal. Les Algériens n’ont jamais oublié le sacrifice d’un patriote infatigable et hors du commun en lui rendant chaque année un vibrant hommage en se recueillant sur sa tombe au carré des martyrs à chaque commémoration. Lors de son parcours de militant au PPA, il rencontre Si larbi Oulebsir, responsable du parti dans la vallée de la Soummam qui lui a confié la mission de propagandiste. Si Hamimi s’adonnait à une débordante activité de sensibilisation des citoyens à adhérer à la cause nationale. Le qualifiant d’homme de confiance, Si Larbi avait beaucoup compté sur lui pour la constitution des groupes armés qui devaient déclencher le 1er Novembre. Si Hamimi accepta la mission qui lui a été confiée en préparant la première rencontre qui eut lieu le 18/08/1954 à Ighil Ouadhou dans la commune de Beni Maouche à l’issue de laquelle ils ont décidé de la formation de quatre groupes de quatre Moudjahidine chacun. Fin connaisseur du terrain, si Hamimi était désigné à la tête d’un groupe qui a donné du fil à retordre aux soldats français. Un groupe qui a à son actif plusieurs embuscades tendues à l’ennemi souvent matérialisées par des accrochages jalonnés de succès. Il a entamé par la tentation d’assassinat du caïd Nacer de Béni Mouhli. Ayant buté sur un problème qui les l’a empêché de le descendre, son groupe s’était rabattu sur le parc communal où il a incendié tous les engins des travaux publics. Il jouissait d’une grande estime envers le colonel Amirouche qui fit de lui son homme de confiance dans la vallée de la Soummam. Malgré son handicap en matière de niveau scolaire très faible, Si Hamimi a quand même accédé au grade de commandant grâce à son héroïsme et à son amour pour la patrie. Le 18 juillet 1955, une rencontre avait eu lieu avec Amirouche à Ath Ouzegane, où si Hamimi a été félicité pour son combat héroïque sur le terrain et exhorté à continuer à traquer l’ennemi. Le 18 août 1955, sur des renseignements que leur a fournis la population concernant le passage d’une personnalité politique française (al hakam), le groupe de Si Hamimi lui a tendu une embuscade au lieudit Délaga et dans l’accrochage qui s’en était suivi, deux Moudjahidine ont trouvé la mort. Malgré cette perte humaine, le colonel Amirouche a félicité les deux chefs pour leur bravoure et leur a signifié que cet accrochage là était un acte politique important pour la révolution. Continuant son offensive contre les troupes armées ennemies, le 17 septembre 1955, le groupe avait attaqué un convoi de gendarmerie au lieudit Sahel dans la commune de Seddouk. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’endroit porte le nom de «Pont de gendarmerie». Le 15 février 1956, dans la région de Bordj Bou-Arréridj, le groupe composé de 130 Moudjahidine a tendu un filet à une patrouille française. L’embuscade bien planifiée a fait subir à l’ennemie des pertes humaines et matérielles incommensurables. Beaucoup de paras tués, 18 armes de guerre récupérées et 3 soldats français capturés. Lors de l’organisation du congrès de la Soummam qui s’était tenu à Ifri Ouzellaguen, le colonel Amirouche avait fait appel à son groupe pour assurer la sécurité des congressistes. Le 17 août 1957, il a été blessé dans une bataille que son groupe a livrée à l’ennemi au lieudit Iamourène dans la région d’Akbou et qui a duré de 6h du matin jusqu’à 21h. Lors de l’opération Jumelles où toute la Kabylie était passée au peigne fin par les paras français, son groupe a pu passer entre les mailles du filet que lui a tendu le général Massu. Le 7 août 1959, son groupe a donné du fil à retordre aux paras français sur un champ de bataille entre Tansaouth et Bouhamza. A l’indépendance, Si Hamimi, n’ayant pas un bon niveau d’instruction, et hormis un mandat de député n’avait pas occupé de fonctions importantes, mais il avait toujours répondu présent lorsqu’on le sollicite pour des conférences sur notre glorieuse révolution. «Que Dieu ait ton âme, Si Hamimi. Repose en paix dans le vaste paradis des braves».
L. Beddar
