Alors que dans d’autres pays les autorités concernées consacrent et dispensent des sommes conséquentes pour la restauration et la préservation de leur héritage historique et archéologique, chez nous, comme c’est le cas de la région d’Ouled Rached, un immense patrimoine demeure malheureusement à l’abandon. En parcourant les villages de cette commune, on s’aperçoit aussitôt qu’ils recèlent des vestiges d’une valeur inestimable, toutefois, « l’absence de prise en charge effective de ces différents sites est regrettable », nous dira D. Kaci, directeur du centre culturel d’Ouled Rached. Répartis sur l’ensemble des villages de la commune, des sites, dont certains remontent à l’époque romaine, sont toujours abandonnés dans la nature. A Taghzout, sur les hauteurs de la montagne d’Ighil Oumarou, se dresse ce qu’on appelle communément « Tadart » d’Ighil Oumarou. De géantes fondations et des allées, en pierres taillées, sont ainsi des témoignages d’une époque lointaine. Les légendes et récits populaires ne s’épuisent pas quant à l’histoire de cet endroit. A quelques encablures plus bas, sous des rochers, une vapeur se dégage, notamment en hiver. On dit que c’était une source naturelle d’eau chaude qui aurait disparu de la surface à cause des intempéries. Sur les flancs de la montagne en face, Hanjour, des statuettes à figures humaines ont été découvertes dans les années 1970 suite aux travaux d’une route. Curieusement, ces figurines sont toujours sur les lieux. D’autres objets seraient enfouis sous terre en cet endroit qui devrait être un lieu de culte. Bien entendu, le paganisme était bel et bien répandu dans le nord de l’Afrique. Il faut aussi relever l’existence, aux alentours, de fondations, à peine dissimulées sous terre, sur une grande surface. En l’absence d’un travail de spécialistes, on ne peut dater, avec exactitude, ces vestiges, mais ces derniers sont d’une époque très lointaine. En remontant au village voisin, Ath Abdelah Ouali, au lieudit Tighrine, des poteries, des objets et même des pièces de monnaie, datant de l’ère romaine, ont été découverts depuis peu. C’est justement à quelques centaines de mètres qu’un traçage d’une véritable cité subsiste à ce jour. Certains récits parlent même d’une importante dynastie berbère qui aurait peuplé cet endroit. Outre des écoles et des constructions datant de l’époque coloniale, qui sont encore intactes, une source naturelle, datant de la même époque, continue de nos jours de nourrir le mystère.
On raconte que des archéologues français, se basant sur les dires de la population locale, auraient effectué des tests et il s’est avéré qu’il existait effectivement une conduite souterraine qui s’étendait sur quelques kilomètres jusqu’au village de Tamalht. Il faut dire, également, que les villages de Tiza, Chréa et Tamamacht renferment plusieurs décombres et vestiges datant surtout de l’époque ottomane. Cependant, en l’absence de travaux de réfection et de protection, les aléas du temps et des intempéries, ainsi que l’insouciance de certains quidams, ces sites sont nettement menacés de disparition définitive. «On mène, depuis quelques années, un travail modeste qui consiste à recenser et établir des fiches sur les bases de témoignages, lorsque cela est possible, sinon des fiches descriptives et explicatives dans la mesure de nos connaissances quand il s’agit notamment de sites archéologiques », dira encore D. Kaci. Toutefois, et vu l’absence d’un travail sérieux des services concernés et le peu d’intérêt des responsables locaux, ces vestiges sont en train de disparaître. Assurément ces ruines sont un véritable apport historique qui nous renseigne sur le mode de vie des berbères d’antan et les différents colonisateurs ayant fait un « passage » dans notre pays.
L. M.
