Diplômées ou non, beaucoup de femmes de la région de Tizi-Gheniff se prennent en charge pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.
Cela n’était possible qu en ressuscitant quelques métiers traditionnels exclusivement féminins. Les jeunes filles se sont mises à la poterie, au tissage et à rouler le couscous. Dernièrement, lors de l’exposition qui a accompagné le festival des troupes folkloriques, nous avons rencontré certaines de ces femmes courageuses. “J’ai eu ma licence en droit l’an dernier. J’ai, alors, frappé à toutes les portes. On me proposa un emploi dans le cadre du filet social. Travailler avec trois mille dinars…?” dit une potière, et d’expliquer: “ j’ai décidé alors, de triturer l’argile, de la façonner et d’en faire des poteries. A vrai dire, j’avais cette passion depuis que j’étais petite. Et c’est le début. Maintenant, je peux vous dire que je vends tous mes produits sur commande”. Interrogée sur les aléas de ce métier, elle nous a dit: “ Ecoutez, je suis comme toutes les femmes rurales, j‘ai l’habitude d’aller aux champs même lorsque j’étais étudiante. Et en plus de cela, il faut travailler pour vivre. Je trouve que ce métier est non seulement un gagne pain, mais, beaucoup plus, un art à ne pas perdre”. Z. N., notre interlocutrice, originaire du village Tamelahth, est dévouée pour ce métier. D’ailleurs, son stand a été pris d’assaut par les visiteurs car les objets exposés étaient originaux, avec des motifs du terroir et d’une décoration parfaite. Le tissage reprend, lui aussi, sa place dans les activités féminines. Laissé à l’abandon durant des années, le revoilà qui réapparaît avec succès. Nombreuses sont les femmes qui, aujourd’hui, tissent des burnous et des Ihouyak (couvertures). Ces dernières années, ces deux effets sont devenus à la mode. Le marié doit célébrer les noces en burnous, de même pour la mariée. “Il faut revenir à nos traditions. Une mariée, chez nous, ne doit pas se décolleter. Elle doit être vêtue d’un burnous de la tête aux pieds. C’est l’honneur de notre société», pense ce jeune homme tout à fait anti-robe blanche et autres vêtements “importés”. Pour répondre à cela, certaines femmes se sont vite aperçues qu’il fallait relancer ce métier. « Tout ce que je réalise, je le fais sur commande. Je travaille toute l’année, mais c’est à partir du mois de mars que je redouble d’efforts, car, à l’approche des fêtes, les commandes tombent sur moi. Et il faut satisfaire tout le monde. D’ailleurs, nous sommes quatre femmes, mais nous arrivons, difficilement, à répondre à la demande», nous expliqué M. N. de M’Kira. “Les jeunes mariées aiment, maintenant, avoir un vêtement traditionnel et elles choisissent ceux fabriqués en laine», a poursuivi la même intervenante. En plus de ces deux métiers, nous avons aussi remarqué que certaines femmes se sont lancées dans la fabrication du couscous traditionnel et surtout dans la préparation de galettes maison. “ En compagnie de mes deux soeurs, je prépare des dizaines de galettes par jour que mon petit frère livre à des commerçants. Vous savez qu’en ville, la plupart des femmes travaillent à l’extérieur. Alors, elles n’ont pas le temps de préparer ce pain chez elles, elles l’achètent. Ça marche très bien. Maintenant, on prépare même les gâteaux traditionnels que nous livrons pour les cafetiers», nous a confié une autre femme. C’est dire que même les petits métiers font vivre. N’est-il pas temps d’organiser de telles activités en venant en aide à toutes ces femmes courageuses et pleines de volonté ? Ce n’est pas seulement une façon de créer des emplois, mais c’est surtout une manière de sauvegarder tous ces “arts” traditionnels en voie d’extinction.
Amar Ouramdane

