Par ces temps de vaches maigres, les citoyens des couches défavorisées peinent à joindre les deux bouts. Ils serrent la ceinture à tous les niveaux et modifient leur mode de consommation afin de gérer au mieux leur maigre budget.
Ces changements entraînent de facto une adaptation de l’offre et l’émergence de nouvelles formes de commerce, parmi elles, les magasins de friperies. En effet, ces échoppes tant prisées par la population permettent à cette dernière de pouvoir s’habiller correctement et à moindre coût, ce qui n’est guère négligeable pour des citoyens contraints par la force des choses à jouer aux équilibristes entre les différentes dépenses. Ces friperies proposent toutes sortes d’habits à des prix défiant toute concurrence, et pour cause, ce sont des vêtements usagés pour la plupart, ce qui explique leur faible coût. A titre d’exemple, un jean vaut entre 1 500 et 2 000 Da dans les commerces conventionnels, en revanche, il est cédé à 800 et 1 000 Da dans ces bazars. C’est carrément la moitié. Cependant, pour côtoyer ce type de commerce, il est impératif de laisser ses exigences de qualité au placard, mais aussi tolérer que ces vêtements ‘’low cost’’ ont eu d’autres propriétaires. Ce sont là des conditions sine qua non pour être client de boutiques de fortunes. Néanmoins, les citoyens ont-ils vraiment le choix ? Vont-ils dans ces endroits par simple plaisir ? La réponse est clairement non ! Comme en témoignera cette femme au foyer rencontrée dans l’une de ces friperies : «Vous croyez réellement que si j’avais les moyens et le choix, je viendrais faire mes achats dans cet endroit ? C’est contrainte est forcée que je viens me ravitailler en ce lieu. Tout ce qui est proposé est de piètre facture. Cela vaut son modique prix». Et poursuivra en montrant une robe : «Vous voyez cette robe, elle est à 1 100 Da, alors que dans les magasin, elle doit faire le double ou le triple. Mais d’autre part, c’est une robe usagée, décousue. Tout a un prix de nos jours. Faute de grives, on mange des merles, comme on dit». Il est vrai que les habits proposés par ces friperies laissent vraiment à désirer : jeans usés, robes décousues, et autres haillons. Le tout disposé en gros tas, dans des cartons ou à même le sol, bref, le strict minimum. Un vendeur expliquera : «Les gens qui pénètrent ici ne sont pas à la recherche d’une belle présentation, ils veulent un produit potable et pas cher. C’est ce qu’on tente de proposer à nos clients. Celles et ceux qui ont les moyens ne viennent pas ici. Ils préfèrent acheter des vêtements neufs, dans des magasins à la présentation soignée, et je les comprends». Et notera : «Cependant, il faut proposer une autre alternative à ceux qui ne peuvent débourser 2 000 Da pour un jean et 6 000 Da pour une robe. Car, croyez-moi, les temps sont durs, très durs !». A toute heure de la journée, ces magasins ne désemplissent pas, les citoyens s’y empressent dans le but de ‘’dénicher’’ la bonne occasion, c’est-à-dire un rapport qualité prix décent. Mohamed, coiffeur de son état soulignera : «Je suis père d’une petite fille de 6 ans, et comme toutes les petites filles de son âge, elle veut être coquette. Cependant, la coquetterie se paie au prix fort, et hélas, mes moyens financiers ne me permettent pas d’aller dans une boutique de prêt à porter, car les prix affichés y sont prohibitifs. Alors, je me rabats sur les friperies dans l’espoir de trouver quelque chose dans mes moyens. Heureusement que ce genre de magasins existe, sans cela, les petites bourses ne peuvent survivre». Pour conclure, il est évident que ces friperies sont salvatrices pour bon nombre de citoyens. Toutefois, des progrès restent à faire surtout en matière de qualité des produits, afin que le nom de friperie ne soit plus synonyme de ‘’magasin de chiffon’’.
Ramdane B.

