Sur le pas de ses aînés, arpentant les sentiers battus d’une poésie déjà défraîchie, un jeune poète clame le mal-être de son Algérie. Par le
truchement de ses vers, une graphie de la désillusion se lit.
C’et un florilège de textes élégiaques que nous livre ce troubadour. Youcef Merrah, puisque c’est de sa joute créative que nous nous délectons à travers son recueil de poésie, nous plonge dans les tréfonds d’une Algérie aux mille et une meurtrissures. Une immersion qui donne le tournis, tant «les entrailles en acier broient le sourire et l’espoir» (Abysses P78). Abreuvé par la source intarissable «à l’avant-goût de Baudelaire, et à l’arrière-goût de Yacine» (La plume et la civière. p34), l’auteur se fait le porte-voix des sevrés de la parole, pour dénoncer par le rêve d’un vigile les abymes engloutissant nos lendemains par la faute de vigiles garants de l’ordre établi à l’image de ceux décrits par Djaout. A ceux-là à ces bourreaux et à «nos politiques» aux relents putrides, il décerne le «Nobel de la lâcheté». Et c’est Nedjma des Kebloutis qui donne alors la réplique à l’étoile-Algérie pour rendre hommage à un peuple séculier et séculaire. Ainsi, de la désespérance à «la Résignation» (p10) dans lesquelles s’enfonce interminablement le peuple, perdu à travers les dédales sinueux tracés par les «ennemis de l’Algérie» (p26), le diseur aiguise son verbe tranchant pour «vomir sa peur», pour «ne pas vivre à moitié absent» ( p84), pour ne plus vivre dans le regret en se disant : «Si on pouvait ponctuer le passé» (p70) ou dans l’aigreur d’avoir «Rat[é] son bonheur» (p23), pour qu’enfin naisse «l’Espoir» (p82) … Etre une «Relique» (p11) est un sacrilège. Le phénix finit toujours par renaître de ses cendres. La poésie de Y. Merrah est libre et libérée, allégorique et «poélitique». Elle est surtout le reflet d’une âme tourmentée, un élancement d’un combat démocratique inné … L’aède, dans son soliloque, et sur un ton ironique, somme son alter ego dans «Toi, le poète» (p40) de «cesser ses verbiages», le combat est autre … car sa verve ne pourrait endiguer cet éboulement inexorable vers les précipices de tous les dangers ! Que dire de ces journalistes algériens sacrifiés sur l’Autel de la dignité ? Le poète a «pitié de leur plume» (p80). Trop cher payé le prix de la liberté ! Aux Griffes d’un silence étouffant se greffe une symphonie, une ode à une femme jamais assez aimée …
Le poète échoue sur le rivage d’une crique avec «des réflexions diverses» (p88) qui ne vont pas sans rappeler ce verre à moitié … vide d’un Pessoa qui, intranquille, «ne connaît pas de plaisir qui vaille celui des livres». A l’aube du printemps de tous les changements, l’espoir est-il permis ? C’est une forme de résurrection que nous offre la lecture de ce recueil. Un hymne à la résurgence d’un idéal grâce auquel tous les rêves sont permis. Est-ce une utopie ?
Nabila Guemghar

