La Dépêche de Kabylie

Les enseignants, entre adhésion et appréhension

L’éducation physique et sportive (EPS) est désormais une discipline obligatoire aux examens du BEF et du BAC. Une circulaire émanant de l’Office national des examens et concours l’a, en effet, officiellement instituée. Concernants la présente année scolaire, les examens se dérouleront du 2 au 20 mai 2005, nous informe t-on. Ils porteront sur la vitesse, le saut en longueur, le lancer de poids et l’épreuve de demi-fond pour les seuls candidats au bac. Cette mesure, faut-il le souligner, arrive à point nommé pour réhabiliter une discipline que des esprits illuminés perçoivent sous le seul angle de l’activité récréative. Une conception volontairement réductrice à mettre sur le compte de l’indigence mentale de certains responsables de l’éducation qui, au lieu de promouvoir la pratique sportive en milieu scolaire, s’en vont au contraire, de leurs comportements abscons visant à la déconsidérer et justifier ainsi leur inaction. Les professeurs d’éducation physique (PEP) concernés au premier chef par l’application de la circulaire, la voient plutôt d’un bon œil. Globalement, leurs réactions se déclinent sous le saut de la jubilation. «C’est un juste retour des choses», estime un PEP d’un lycée d’Akbou. Lyazid A., PEP exerçant dans la même ville pense que «cela va inciter les chefs d’établissements à s’équiper». Abondant dans le même sens, son collègue Hamid H. situe l’intérêt de cette mesure au plan de «l’évaluation de l’élève sur la base d’un barème national». Arborant une mine réjouie, un PEP de Sidi Aïch nous confie, comme soulagé : «Par la grâce de cette circulaire, l’EPS est enfin une discipline comme les autres. Et le professeur d’EPS peut désormais se targuer d’être logé à la même enseigne que celui des mathématiques, de l’arabe ou de l’anglais». Fini donc le temps des badins et voilà arrivée l’ère des choses sérieuses ? «Par tout à fait», nuancent des PEP officiant dans des régions enclavées qui nous disent faire face à un manque criant de moyens. En effet, s’ils concèdent une adhésion «de principe» à la circulaire, ils n’en brocardent pas moins les profondes inégalités entre les écoles implantées dans les contrées reculées et celles des grandes agglomérations urbaines : «Une telle circulaire ne vaut que si elle prend en ligne de compte la réalité du terrain, ce qui n’est malheureusement pas le cas», fulmine un PEP d’une petite école de montagne, qui ne tarit pas de récriminations sur les conditions dans lesquelles il exerce : «Vous convenez qu’il est pour le moins malaise de mener à bien sa tâche quand ou manque jusque de petits matériels. Passons pour la salle ou la fosse pour le saut en longueur», se lamente t-il. Et un autre enseignant de s’interroger, interloqué : «Comment peut-on se prévaloir de mettre tous les élèves sur un pied d’égalité quand on sait que des écoles sont bien pourvues aussi bien en encadrement pédagogique qu’en moyens matériels pendant que d’autres se débattent dans le dénuement le plus total ?»Les voix qui s’inscrivent en faux contre la circulaire font grief aux responsables d’avoir rendu exécutoire un texte pensé «en aparté et dans la précipitation», selon l’expression d’un prof de Tazmalt.

Nacer Mouche

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