Une âme qui, à 20 ans, l’âge de tous les rêves, a déjà perdu goût à la vie et tente par tous les moyens d’aller à la rencontre de celui qui a su lui montrer la beauté de l’univers et le sens d’une vie à deux. Le 24 décembre1990, deux ans après l’idylle qu’ont vécu Adel et Dina qui se sont connus un certain 1er octobre 1988 à l’université, Dina se retrouve seule et désemparée après que la mort ait refusé de lui ouvrir ses bras. En la repoussant ainsi, Dina qui croyait que la vie n’a plus aucun sens pour elle et que désormais plus rien ne pourrait illuminer son existence, elle apprend au comble de son désespoir que son âme endeuillée a droit à une chance de survivre grâce au souffle de Adel qu’elle porte dans son ventre. Un petit bout d’âme, un Adel qui prendra forme pour venir au monde et éclairer les prochaines années de plus de 20 ans de Dina. Quatorze ans après, Kahina, devenue psychothérapeute, s’est réconciliée avec la vie et avec Dieu qui l’a repêchée pour élever son enfant et tendre l’oreille à ceux qui souffrent de la toxicomanie et à leur entourage qui les observent sans rien pouvoir faire pour eux. Ce fléau dévastateur de la drogue et ses répercussions physiques, morales et sociales sont traités dans ce livre à travers le personnage de Adel, jeune et beau garçon qui, abandonné par son père qui avait quitté la maison familiale dès son jeune âge et souffrant d’un manque d’affection paternelle, s’adonne à la drogue pour compenser son manque de confiance et affirmer sa personnalité, se détériore progressivement et gâche ainsi sa vie et celle de ceux qui l’aiment. Quelques grammes de drogue étaient suffisants pour sceller le destin d’un jeune plein de vie, d’innocence et d’amour promis à une existence heureuse entourée de gens qui l’aiment. La drogue a fini par avoir raison de lui et il a quitté la vie à la fleur de l’âge laissant sa moitié, sa mère et sa sœur dans le désespoir. 1er octobre 1988-15 décembre 1990 à Alger, voilà le décor est placé. Dina et Adel, deux jeunes étudiants qui vont s’aimer contre vents et marées, qui lutteront contre l’incompréhension de la famille, l’intolérance de la société et un rival redoutable qui, en dépit de sa grande ténacité et grâce aux efforts conjugués des deux amoureux, finira quand même par céder sa place à …l’amour, et à la fin un sort qui s’acharne jusqu’à l’ultime minute en les séparant à jamais au moment où toutes les entraves sont tombées pour qu’ils puissent vivre enfin un amour fusionnel et une vie sans ambages. Cette esquisse d’une histoire écrite et racontée avec une simplicité propre aux grandes âmes révèle la grande sensibilité de son auteur Touisi Nassima, qui est à son premier ouvrage. Un petit livre d’une centaine de pages qui recèle un humanisme débordant et un clin d’œil à la société qui doit apprendre à pardonner et surtout à prévenir les fléaux qui dévastent sa jeunesse. Des faits qui ont eu lieu dans Alger d’octobre 1988, où la révolte populaire contre la misère sociale et la paupérisation a investi la rue et les prémices de l’intégrisme qui a fait son apparition à cette période par les Frères musulmans sortis revendiquer l’instauration d’une nation islamiste en scandant « dawla islamia ». Au-delà de l’histoire vécue par ces deux jeunes qui ont mené un véritable combat contre la drogue qu’ils ont réussi à battre, interpelle la société plongée dans une indifférence déconcertante et qui ne faisait rien pour prévenir, informer et sensibiliser sur cet ogre qui dévore nos jeunes, ni pour aider le drogué avec un minimum d’attention, rien qu’en lui tendant l’oreille. Une société qui ne sait pas écouter et qui s’abrutit dans son intolérance et incompréhension et qui ne rate aucune occasion pour jeter l’anathème sur ces égarés et condamner le drogué qui devient une personne infréquentable qu’il faut exclure à tout prix.
H. Hayet