Vers la création d’une banque spécialisée ?

La problématique du financement de la Petite et moyenne entreprise (PME) a été le thème d’un séminaire international qui se tient à Alger les 27 et 28 septembre. Les nombreux participants venus du monde de la finance, des banques mais aussi des organismes de garantie algériens et étrangers, se sont penchés sur ce qui est considéré comme le « principal goulot d’étranglement à l’émergence d’un tissu industriel en Algérie », à reprendre les termes d’un des intervenants à ce séminaire, organisé par le ministère de la PME et de l’Artisanat avec la collaboration du Fonds de garantie des crédits pour la PME (FGAR). En fait, combien sont-ils ces porteurs de projets de création d’une entreprise, qui ont vu leurs espoirs avortés pour cause d’insuffisance ou d’absence de financement ? Des dizaines peut-être des centaines. Aucun chiffre officiel n’est malheureusement disponible sur la question. Ammar Daoudi, le tout nouveau président de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), livrera dans son allocution, quelques observations pertinentes sur la question du financement des PME. « La garantie ne doit pas être le facteur déterminent dans l’octroi des crédits pour les PME », lancera-t-il à l’assistance et notamment aux représentants des banques, présents également au séminaire. En effet, par là l’orateur voulait souligner la frilosité notoire des banques à délivrer des crédits pour les projets de création de PME. Les chiffres qu’il révélera par la suite peuvent faire office d’explication à la prudence « exagérée » du secteur bancaire : « Les banques ne récupèrent que 15 à 20% de leurs créances contentieuses ». Comparativement, le taux de récupération est estimé entre 50 et 80% aux USA et entre 30 et 50% en France. Le ministre de la PME et de l’Artisanat, Mustapha Benbada, dans un point de presse en marge des travaux du séminaire, reviendra sur les efforts de l’Etat à offrir un environnement favorable à l’éclosion des PME, et sur les mécanismes de son financement existants où à venir. « Afin de pallier au problème de financement dans le secteur nous avons réfléchis à la création d’une banque spécialisée en la matière », révélera le premier responsable du secteur, en indiquant que la proposition ne date pas d’aujourd’hui, mais qu’elle a été remise sur le tapis et sera soumise prochainement au ministre des Finances. « Nous l’avons fait avec la BADR pour l’agriculture et la pêche, et la CNEP pour le logement », dira le ministre. Benbada, évoquera aussi deux autres options, celles de reconvertir la BDL en banque spécialisée dans la financement de la PME, ou éventuellement de créer des services dédiés à l’entreprise au sein des banques publiques. Par ailleurs, le ministre soutient l’idée de diversifier l’offre en matière d’octroi de crédits en faveur des entreprises. Il parlera également d’un prochain projet de plan de travail pour la sous-traitance qui se traduira par la promulgation d’un texte législatif ou réglementaire à vocation d’encadrer l’activité. A propos du manque d’engagement des banques dans la démarche de financement des PME, le ministre affirmera que l’Etat est prêt à partager les risques inhérents à l’action de financement. Il abordera au passage la problématique l’appréciation et de l’analyse du risque par les banques pour les demandes de crédits. « L’hypothèque est une attitude passive des banques. Les promoteurs peuvent venir avec des idées bancables sans être en mesure d’avoir quelque chose à hypothéquer », soulignera-t-il. Selon Benbada, les banques doivent aiguiser au mieux leurs capacités à évaluer les risques inhérents à toute activité économique. S’improvisant porte-parole du FGAR, le ministre indiquera que ce fonds a délivré des garanties pour 69 projets dont les crédits sont évalués à 2,8 milliards de dinars, et ce pour un montant estimé à 1,8 milliard de dinars.

Elias Ben