Rentrée sociale et panne économique – Pour quelles alternatives ?

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Les échéances dépensières qui mettent à plat les revenus des familles se succèdent ainsi dans un climat social déjà peu serein au vu du rétrécissement continu du pouvoir d’achat, et, ce, malgré les augmentations de salaires consenties à certaines catégories socioprofessionnelles.

En la matière, la donne est loin d’être un fait conjoncturel que porterait à son paroxysme le mois de jeûne ou la rentrée sociale. C’est une situation de régression sociale structurelle que les échéances particulières ne font que mettre en relief ou exacerber.

En effet, tout au long du premier semestre 2011, le front social n’a pas cessé de bouillir et de mettre les responsables politiques et administratifs sur les charbons ardents.

Depuis janvier, lorsque le pays vécut une semaine de dangereuses émeutes sur le territoire de 22 wilayas, presque toutes les catégories socioprofessionnelles- y compris la police communale, les patriotes et la Protection civile- ont fait montre d’une combativité peu coutumière en faisant grève sur les lieux de travail, en organisant des marches, y compris à Alger où les marches sont officiellement interdites, et faisant face à un puissant appareil policier lors de protestations qui ont dégénéré en émeutes.

C’est dans ce contexte de ‘’rébellion’’ sociale que le président de la République a instruit le gouvernement pour réunir la tripartite (gouvernement, patronat et syndicats) en deux phases au cours de la même année. La réunion de mai dernier a été consacrée aux voies et moyens à mobiliser pour la relance économique. Par conséquent, il a été particulièrement question de la politique de l’entreprise, singulièrement de la PMI/PME, et des modalités de sa mise à niveau.

La question de l’investissement productif hors de la sphère des hydrocarbures a été largement abordée, supposant une nouvelle stratégie des investissements déliée des anciennes méthodes bureaucratiques. Les doléances des entrepreneurs ont été franchement exposées devant le gouvernement et le syndicat. Une partie importante des ces doléances est promise à une prise en charge par le gouvernement. La mesure tendant à un allégement fiscal pour les entreprises a été prise lors de la tripartite, comme il a été décidé l’allégement de la procédure du crédoc (crédit documentaire) dont se sont longtemps plaints les patrons des entreprises. Désormais, ce procédé ne sera pas applicable pour les entreprises importatrices de matières premières ou de demi-produits qui entrent dans la fabrication de produits finis.

La deuxième phase de la tripartite, prévue pour septembre prochain, est vue comme une réunion de la ‘’détente’’ sociale. L’ambition est sans doute démesurée au vu des tensions et des malentendus accumulés aussi bien dans le monde du travail que sur le front de la politique sociale de l’Etat.

Cette politique qui mobilise des sommes colossales en termes de transferts sociaux-16 milliards de dollars pour l’année 2010- n’a pas malheureusement vocation à être juste, à réussir ses ciblages et à ramener le calme et la sérénité. C’est tout le contraire. Qu’il s’agisse des listes des attributaires des logements sociaux, des ménages visés par le couffin du Ramadhan et même les 3000 dinars de prime de scolarité destinés logiquement aux élèves défavorisés, la justice et l’équité sont les grandes absentes.

Les limites de la solution “sociale’’

C’est là un ‘’carburant’’ qui a largement nourri la contestation sociale et le déclenchement des émeutes. En tout cas, au train où se multiplient les revendications sociales, les risques de dérapages montrent chaque jour leur redoutable face.

Pour la rentrée sociale, le gouvernement n’est servi par presque aucune donnée tangible pouvant lui faire tirer son épingle du jeu. La rentrée scolaire est préparée par les syndicats avec des termes qui en disent long sur les retards d’assainissement devant toucher ce secteur.

Ce ne sont pas moins de huit millions d’élèves et 400 000 enseignants, autrement dit un effectif qui pèse et qu’il importe de ramener intelligemment sur le terrain du dialogue et de la négociation. Il en sera de même, quelques semaines après, avec la rentrée universitaire, laquelle peut réserver bien des surprises et des désagréments, surtout lorsqu’on considère le taux de réussite au baccalauréat de juin dernier (63,45 %).

L’on a beau vanter les capacités d’accueil de l’université et le nombre de lits disponibles- les chiffres ont été étalés devant le président de la République au cours de la dernière audition du ministre de tutelle, Heraoubia-, les mêmes problèmes surgissent à chaque rentrée universitaires. Ce sont d’ailleurs là des problèmes- logistiques et d’intendance- qui voilent les vrais problèmes pédagogiques de l’université et renvoient leur solution sine die.

Les augmentations de salaires dont ont bénéficié les professeurs universitaires et les autres corps de la Fonction publiques risquent, selon des économistes, de nourrir une terrible inflation dont les prémices ont déjà été perceptibles tout au long de l’été. Bien sûr que d’autres sources d’inflation existent, à commencer par la part du budget de l’Etat qui revient à des dispositifs d’emplois de caractère social.

Il s’agit de tous les emplois payés sur le fonds de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), avec affectations sans les secteurs de l’administration et des entreprises publiques.

Le mois de juin dernier, le gouverneur de la Banque d’Algérie et le ministre des Finances ont parlé de l’éventualité du retour au crédit à la consommation mobilisé à l’acquisition des seuls produits nationaux. Il s’agit, comme l’expliquent les deux responsables, par le moyen du crédit, d’absorber ou de prévenir, ne serait-ce que partiellement, les risques inflationnistes latents.

De proche en proche, la solution ‘’sociale’’, qui paraît à portée de main dans une situation d’une ‘’embellie’’ financière due aux recettes pétrolières, montre ses limites objectives lorsqu’elle n’est pas sustentée par une politique économique offensive sur le plan des investissements réalisés par les entreprises.

Ces dernières sont les seules créatrices de richesses et d’emplois. La politique sociale de l’Etat ne peut logiquement acquérir solidité visibilité et équité que lorsque l’entreprise, en dehors de la rente, crée la plus-value nécessaire à une redistribution sociale. Or, sur ce plan, l’Algérie est toujours à la recherche de ses marques.

Après une ouverture, débridée et tous azimuts, fondée sur la seule activité commerciale des partenaires étrangers du pays, le recentrage économique intervenu à la faveur de la loi de fiances complémentaire de 2009 est venu encadrer, avec une austérité non déguisée, les investissements directs étrangers. Cette nouvelle situation d’austérité s’est greffée à un climat d’investissement lourd et empêtré dans des labyrinthes procéduriers qui en limitent l’envergure.

Au-delà donc, des dispositifs sociaux destinés à amortir les effets du chômage et outre les montants de transferts sociaux consentis pour assurer les actes de la solidarité nationale ou d’incitation spécifique à certains créneaux de l’économie, l’économie de l’entreprise paraît être l’unique alternative économique à même de générer la croissance, d’absorber le chômage et d’améliorer le pouvoir d’achat des populations.

Ce sont là des thèmes qui ont été abordés par la réunion de la tripartite de mai dernier et que, en principe, le gouvernement est tenu de décliner en axes de travail non seulement pour amortir le choc des rentrées sociales ou d’échéances particulières, mais surtout pour installer un climat de confiance où les seules vertus sont censés être celles du travail et de la compétence.

Amar Naït Messaoud