Vivre d’art et d’amitié…

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La salle du quotidien Algérie News était très exiguë pour accueillir tout ce beau monde venu rendre hommage à Kamel Hamadi.

Un hommage soigneusement préparé par le quotidien que dirige H’mida Ayachi et le Haut commissariat à l’amazighité. Entre amis de l’artiste, artistes, famille et journalistes, la nuit des Mille et une news, du mercredi soir est dédiée à Kamel Hamadi. C’était à Zira que revenait l’honneur d’animer la soirée. Avant l’ouverture des débats, Hamza Ould-Mohand, a présenté un film documentaire sur le village natal de Kamel Hamadi, Ath Daoud, en l’occurrence. Faute de temps, le réalisateur a dû écourter la présentation pour permettre aux dizaines d’invités de «placer» un mot concernant l’artiste.

«J’aime tout ce qui est beau»

C’est avec cette phrase, oh combien poétique, que Kamel Hamadi a entamé sa contribution à l’hommage que le HCA en collaboration avec Algérie news lui a rendu. Assis aux côtés de plusieurs artistes et autres spécialistes de la chanson algérienne, devant un public nombreux, Kamel Hamadi a esquissé quelques aspects de sa vie d’artiste. En amorçant ce long et riche parcours artistique, Dda Kamel ne disposait pas d’assez de temps pour revenir, dans le détail, sur un parcours atypique de plusieurs décennies. «Au début, j’écrivais des sketchs pour la radio». Son témoignage, soutenu, par ailleurs par Zoheir Abdelatif, ancien directeur de la Chaîne II, ravivait les souvenirs des anciens artistes présents à l’hommage, tel Amar Azouz, Mouloud Habib… «Je travaillais bénévolement à la Radio», a-t-il souligné. Le manque de moyens n’était pas un frein pour lui, témoignait pour sa part Zoheir Abdelatif. «Ses émissions étaient diffusées à la télévision», a encore témoigné Zoheir Abdelatif. «Toutes mes discussions quotidiennes tournaient autour de l’art», a souligné l’artiste qui n’a pas manqué de jouer quelques refrains avec son Bouzouki, cet instrument qu’il a introduit à la musique algérienne. «Ma raison de vivre est l’art et l’amitié», a indiqué l’artiste. Zoheir Abdelatif a souligné dans son témoignage que lors de la création de la radio kabyle par Mohamed Seddik Ben Yahia, alors ministre de la Communication et de la Culture, «je n’avais que Kamel Hamadi pour m’aider. On travaillait bénévolement». Et d’ajouter que Kamel assurait une émission quotidienne. Il était la cheville ouvrière de la Radio». Pour sa part, H’mida Ayachi, directeur de publication du journal Algérie news, a estimé que Kamel Hamadi «est une légende vivante». Pour l’initiateur des soirées Mille et une news, ce geste «est une manière de rendre hommage à nos artistes de leur vivant». Pour Abdelamadjid Baâli, Kamel Hamadi, de son vrai nom Larbi Zegane natif du 22 décembre 1936 à Ath Daoud, commune de Yatafen dans la wilaya de Tizi-Ouzou, «est un acteur et témoin», dans l’évolution de la chanson algérienne en général et kabyle en particulier. «C’est un lien vivant entre cinq génération d’artistes», a-t-il souligné en précisant que la première génération qui s’étale de la fin de la 2e Guerre mondiale à l’apparition des moyens radiophonique, compte les anciens artistes à l’instar de Lhadj Mohamed El Anka, Cheikh Ennadour, El Hasnaoui, etc. La deuxième génération, selon M. Baâli, est celle des contemporains des années 1948. La 3e, qui représente selon lui celle des continuateurs, est située entre les années 1950 et 1960. M. Baâli a indiqué qu’en 1963, Kamel Hamadi revenait au pas après des années d’exil où il a exercé en France. Son retour fut marqué par la venue aussi de Cherif Kheddam, un autre balèze de la chanson kabyle, que Kamel Hamadi avait convaincu de revenir au pas pour prendre en charge la radio nationale. La 4e génération, poursuit l’analyste, est celle des années 70, ou celle des «rénovateurs». Cette période est marquée par une nouvelle génération d’artistes à l’écoute des évolutions musicales et textuelles que Kamel Hamadi a su et pu accompagner. Cette période qui a vu l’éclosion des talents chez des jeunes artistes, tels que Ferhat, Idir, Matoub, Djamel Allam, etc. Pour la 5e génération, M. Baâli l’a située après celle des années 70-80. Cette période est marquée, par «un travail intense et omniprésent de Kamel Hamadi».

Une œuvre à dimensions socioculturelle et identitaire

Après cet exposé Abdelmadjid Baâli a évoqué quelques aspects de la vie de l’artiste, tel son premier métier de couturier qu’il exerçait même à Paris. L’analyste a aussi évoqué la position du père de l’artiste qui pour lui «un fils artiste est une transgression des principes». Cela étant, le père était menaçant envers son fils artiste. «Le jeune artiste était obligé de faire un choix. Ecouter les menaces du père qui lui interdisait de poursuivre sa carrière ou suivre une carrière déjà entamée avec brio». «C’est les affres de la misère, des séparation et des isolements qui ont forgé la personnalité de l’artiste», décrie l’analyste qui a ajouté que toute son œuvre «porte une dimension socioculturelle». Elle exprime ainsi, «un vécu, une situation, une vie toute entière», en précisant au passage que Kamel Hamadi, avec plus de 2 000 compositions à son actif, composait en auscultant des dimensions personnelles propres aux interprètes. La dimension identitaire dans l’œuvre de Kamel Hamadi se résume, d’abord, à sa parfaite maîtrise de la langue kabyle et de l’arabe algérien qu’il met en avant dans ses compositions sans tomber dans l’enfermement. En résumé l’œuvre de Dda Kamel est une promotion de langues véhiculées dans un espace d’ouverture sur l’évolution, marqué par une dimension universelle, accompagnant de ce fait, les évolutions qui ont marqué surtout la musique. «L’évolution dans l’œuvre de Kamel Hamadi n’altère en rien la version originelle», a expliqué l’analyste. Pour le poète Mourad Ali-Mamar, «Dda Kamel est une référence dans la poésie kabyle». «Son œuvre témoigne de sa contribution à la richesse de la poésie kabyle».Mouloud Habib étant malade, il a souligné que Kamel «est une légende et un homme qui vit par et pour l’art ».

Une renommée universelle

Hormis le fait que Kamel Hamadi ait introduit un instrument grèco-turc dans la musique algérienne, le Bouzouki, que Cherif Kheddam avait introduit dans ses propres compositions, Kamel Hamadi reste le seul artiste qui s’est donné corps et âme pour promouvoir la chanson féminine. «Toutes les compositions de Kamel Hamadi pour les femmes artistes recouvrent une dimension universelle». Et d’ajouter que Kamel a accompagné l’évolution des sociétés dans ce sens. M. Baâli a évoqué aussi la dimension humaine dans l’œuvre de Dda Kamel en mettant l’accent sur son respect du sens des valeurs et surtout «son sens de l’amitié». Abdelkader Bendamache, pour sa part, estime que «Kamel reste une personnalité incommensurable, avec qui j’apprends beaucoup». «Je m’abreuve de sa source intarissable à chaque fois que je le rencontre», a-t-il souligné. Bendamache a évoqué le passage de Kamel Hamadi à l’ouest du pays, qui a connu le mouvement de la chanson musical de la chanson bédouine, avec notamment Blaoui El houari et autres artistes de la région que Kamel Hamadi avait côtoyés. Pour le poète Ben Mohamed, Kamel Hamadi est un artiste «qui part à la rencontre des autres». Et d’ajouter que Kamel, cet ami de plus de 40 ans «est une source intarissable». «Grâce a lui, plusieurs artistes ont chanté en kabyle, comme Noura, Fatiha Dziria, Dariassa… ». Assad Si El Hachemi, directeur de la promotion culturelle au HCA, partenaire de l’événement, a estimé que cet événement «est une fierté et un sens pour nous». «Son œuvre atteste d’un grand travail exceptionnel et authentique», a-t-il encore ajouté et de préciser que Dda Kamel «est un compositeur de référence, un poète populaire». Tout en soulignant que Kamel Hamadi est une légende d’humilité Si El Hachemi Assad a appelé les spécialistes à entreprendre un travail biographique des artistes comme Kamel Hamadi. Le HCA a remis une médaille de reconnaissance à l’artiste. Pour Amar Azouz, ancien artiste et producteur, Kamel Hamadi est une ancienne connaissance. «Il a grandement contribué à l’évolution de la chanson algérienne, en dénichant de nouveaux talents qu’il propulse dans le monde de l’art». Vers la fin de la soirée, Kamel Hamadi a interprété une de ses compositions chantée par H’nifa, avec Nadia Baroud. Djaffar Ali-Mamar a interprété avec Célia une chanson de son dernier album. Djaffar, originaire de Yatafen, région natale de Dda Kamel est venu rendre hommage à l’un des siens qui ont «grandement contribué à la chanson kabyle». Pour Djaffar, qui a su attirer les regards des présents avec sa voix sublime, à côté de celle de Célia, «il assure au fait la relève !».

M. Mouloudj

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