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Une eau jaunâtre et nauséabonde coule des robinets

Depuis plus d’une semaine, les citoyens du chef-lieu de la wilaya de Bouira sont horrifiés par l’eau qui coule de leur robinet. Une eau jaunâtre au goût plus que douteux…

En effet, c’est vers la fin du mois de Ramadhan que ce curieux et inquiétant phénomène a été constaté au niveau des différents quartiers de la commune de Bouira. D’après plusieurs témoignages de la population, c’est une eau de couleur jaunâtre, d’un goût infecte et d’une odeur nauséabonde qui jaillit des robinets ! Ce fait peu anodin suscite moult interrogations et appréhensions auprès des citoyens, allant même jusqu’à créer une véritable panique générale…C’est ce que révèlera un citoyen du quartier d’Amar Khodja : «Franchement, je suis désappointé ! L’eau du robinet est imbuvable, elle a odeur bizarre et un goût amer en plus d’une couleur semblable à celle de l’urine….». Avant de poursuivre : «D’ailleurs, j’ai déjà pris mes précautions, pour boire ou cuisiner, je me suis rabattu sur les eaux minérales du commerce». Ces dernières, partent comme des petits pains ! C’est ce qui a été constaté au niveau des commerces de gros et de détail du chef-lieu de Bouira. Cette ruée vers les eaux en bouteilles, s’explique en partie par les folles rumeurs qui courent au sujet de ce liquide qui coule des robinets, et qui ressemble à tout sauf à une eau conventionnelle ! «Qui sait ce que cache cette eau ? Peut-être est-elle contaminée… ?! Je ne prendrais aucun risque, d’autant plus que les services des eaux de la wilaya n’ont émis aucun communiqué. Alors, je m’abstiens !», dira un citoyen avec une inquiétude non dissimulée. Concernant les services de l’algérienne des eaux, c’est le silence radio ! Afin d’en savoir plus sur cette étrange affaire qui fait jaser le tout Bouira, direction le siège de l’ADE, située au quartier des 130. Et là un employé de cette même direction fera preuve d’un déni catégorique de cet état de fait et dira : «De quoi parlez-vous ? On n’a jamais entendu parler d’une soi-disant pollution de l’eau du robinet. Ce ne sont des rumeurs !!!». Devant notre insistance, un autre employé avouera avec un certain embarras : «Effectivement, notre direction a été interpellée par les citoyens, quant à la qualité de l’eau. Cependant, je tiens à dire que des analyses ont été effectuées par notre laboratoire. Elles se sont révélées négatives et sans danger pour la santé», affirmera l’employé. Au sujet, du goût, de l’odeur et de l’étrange couleur de ce précieux liquide, cet interlocuteur nous indiquera : «Si vous souhaitez de plus amples informations, adressez-vous à notre centre d’analyse de Draâ El Bordj». Ce que nous fîmes. Sur place, une laborantine, spécialisée en microbiologie confirmera que : «Il est vrai que l’eau du robinet a une couleur et une odeur qui sortent de l’ordinaire. Les services de l’ADE nous ont ramené des échantillons de plusieurs quartiers pour les analyser. Et Je peux vous assurer que cette eau est propre à la consommation !». Avant d’ajouter : «Néanmoins, elle reste difficilement buvable, je dois bien l’avouer». Au sujet de la couleur jaunâtre et surtout du goût infect de ce liquide, notre interlocutrice expliquera : «Le chef-lieu de la wilaya est desservi par les eaux du barrage de Tilesdit. Ce dernier a connu durant la période estivale une prolifération d’algues, ce qui a pour effet de polluer l’eau de ce barrage. Afin d’y remédier, nous le traitons avec un procédé d’absorption sur charbon actif. Cette technique permet d’éliminer les impuretés liées aux algues et autres agents polluants». Avant de préciser : «Ce charbon actif doit être lui aussi traité par un autre produit chimique, dans le but d’éliminer toute trace de goût de couleur ou bien d’odeur…Cependant, par manque de moyens, ce produit n’est pas disponible dans l’immédiat». Ces explications techniques ont le mérite de dissiper toute crainte de contamination de maladies hydriques, et c’est bien là l’essentiel. Cependant, cette psychose aurait pu être très bien évitée par les services de l’ADE. En effet, cette direction avait toutes possibilités d’informer la population au sujet de cette eau, via la presse locale, ou bien la radio, ou tout simplement par voie d’affichage…Au lieu de vouloir «étouffer» l’affaire, en se murant dans un silence assourdissant, allant jusqu’à nier l’existence pure et simple d’une anomalie quelconque. Cette politique de l’autruche, qui consiste à se terrer dans le mutisme et le refus de communiquer, ne peut que pénaliser les citoyens d’une part, et d’autre part discréditer cette entreprise publique. Enfin, en guise de conclusion, les citoyens de la wilaya de Bouira peuvent pousser un grand ouf de soulagement, du fait que l’eau du robinet soit potable, en attendant qu’elle soit…buvable.

Ramdane B.

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