“L’Algérie n’enverra pas de troupes en dehors de ses frontières”

Partager

Les armes disséminées dans la région du Sahel suite à la crise libyenne est le point culminant des travaux de la conférence internationale d’Alger sur le terrorisme au Sahel, et dont les travaux ont débuté mercredi, pour ne prendre fin que jeudi dans la matinée.

Même si les chefs de diplomaties des quatre pays n’étaient pas très communicatifs sur le sujet, il n’en demeure pas moins que la question des armes en provenance de Libye inquiète plus d’un.

Ainsi, M. Abdelkader Messahel, ministre délégué aux Affaires maghrébines et africaines a souligné que, « la circulation des armes de tout calibre dans la région sahélienne est beaucoup plus importante en ce moment ». Cette question qui s’est immiscée dans les débats même si elle n’était pas prévue à l’ordre du jour a pris la part du lion dans les discussions entre les présents. Le ministre algérien a souligné que cette situation de prolifération dangereuse d’armes s’ajoute « au retour massif des travailleurs africains émigrés en Libye », ce qui constitue une charge supplémentaire pour leurs pays.

L’Algérie cherche-t-elle un interlocuteur « fiable » en Libye ? Tout porte à croire que oui ! Les déclarations du chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci à l’ouverture de la conférence de Paris sur la Libye, le laisse entendre. L’Algérie reconnaîtra le CNT le jour où il mettra sur pied des institutions démocratiques représentatives, a indiqué en substance le ministre des AE algériennes, et pour Messahel de réitérer la même position en déclarant que « les quatre pays du Sahel travailleront avec la Libye le jour où elle sera dotée d’institutions ».

La position algérienne a été mise à mal notamment après l’accueil d’une partie de la famille du dictateur déchu, rappelons-le.

La délégation algérienne a souhaité que cette question « d’insécurité » dans la région sera parmi les priorités du futur Etat libyen. Fallait-il associer le CNT aux travaux de la conférence d’Alger ? Les observateurs sont unanimes à dire que la présence d’une délégation libyenne aux travaux aura « éclairé » plus d’un sur les mesures que prendront nos voisins de l’est quant à cette situation, d’autant plus que le représentant du Royaume- uni a déclaré lors de l’ouverture des travaux de la conférence que le « CNT s’est engagé à rétablir la paix dans la région ».

Criminaliser le versement des rançons, encore et toujours

Le payement des rançons reste la première source de financement des groupes terroristes dans la région du Sahel. L’Algérie qui mène un rude combat depuis des années avec ses alliés de la région pour criminaliser le payement avec l’élaboration d’une législation le criminalisant s’est heurté à des résistances notamment de la part des Français. « La France s’est opposée à ce texte de loi criminalisant les rançons », a indiqué un membre d’une délégation étrangère. Notre interlocuteur a ajouté que « les américains et les Anglais sont favorables à la demande algérienne ».

Le soutien américain et anglais à la demande algérienne de criminaliser les rançons versées aux groupes terroristes est de taille puisqu’il garantit la pérennité d’une stratégie de lutte globale contre un phénomène transfrontalier.

« L’Algérie n’enverra pas de troupes militaires en dehors de ses frontières. Chacun des pays membres mènera à l’intérieur de ses frontières sa stratégie de lutte contre le terrorisme », a indiqué M. Messahel quant à l’éventuel envoi des troupes militaires algériennes en dehors des frontières. Le ministre a précisé par ailleurs, que les opérations conjointes entre les quatre pays du champ se limiteront à des actions communes, lancées par des troupes mixtes. Le ministre délégué a ajouté que « très souvent l’intervention militaire étrangère ne réussit pas et elle peut même alimenter le terrorisme et le djihadisme armé ». Sans toutefois exclure l’apport de partenaires, la partie algérienne a indiqué que « nous devons développer nos moyens car notre sécurité nous devons l’assurer nous-mêmes, cependant, nous avons besoin d’un partenariat ».

Insuffler une nouvelle dynamique au Cemoc et à l’UFL

Mis sur pied depuis une année, le Cemoc, (comité d’état-major opérationnel conjoint), n’a pas encore entrepris des actions sur le terrain. Ce mécanisme de coordination n’a pas fonctionné a regretté le ministre des AE nigériennes. « Le Cemoc doit fonctionner, et il est temps », a indiqué M. Mohamed Bazoum chef de la diplomatie du Niger. Pour sa part, M. Soumeylou Boubeye Maïga, ministre malien des Affaires étrangères a, tout en estimant que « c’est une importante avancée dans la coordination de la lutte antiterroriste entre les pays du champ de la région du Sahel », il a néanmoins ajouté que, « le Cemoc, doit accentuer les relations avec les états-majors nationaux des pays membres, afin d’établir des liens opérationnels sur les questions liées aux opérations militaires combinées ». Pour la partie algérienne, le Cemoc est un comité qui élabore une stratégie de lutte commune.

Le siège étant au sud du pays, Messahel a souligné que, « notre pays fait beaucoup dans le cadre du soutien aux armées des pays du champ, en matière d’équipements et de la formation ». Même constat pour l’UFL, (l’Unité de fusion et de liaison), chargée du renseignement qui n’a toujours pas pris ses quartiers à son siège à Alger. Ce dernier est toujours en construction, laisse-t-on dire. L’UFL servira ainsi d’un cadre d’échange de renseignement concernant le terrorisme et ses corollaires le banditisme et autres trafics. Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, « le Cemoc et l’UFL ne doivent pas se contenter de rapports et d’exposés périodiques sur la situation, ils doivent être opérationnels ».

Les autres pays du champ se sont engagés à insuffler une nouvelle dynamique à ces instruments de lutte commune contre ce phénomène.

L’apport des partenaires

Les pays invités aux travaux de la conférence d’Alger se sont engagés dans leur majorité à apporter leurs aides et soutiens aux quatre pays du Sahel. Une aide logistique est proposée pour les pays du champ. La France, les USA, le Royaume-uni et les autres partenaires « veulent » accompagner l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger dans leur lutte contre le terrorisme.

L’apport des partenaires extrarégionaux des pays du Sahel ne se résume pas uniquement à l’aide logistique et de formation, mais l’accent a été mis aussi sur le développement économique dans la région afin de « soustraire les jeunes générations des griffes du terrorisme qui se nourrit de la pauvreté endémique qui frappe ces région déshéritées et enclavées ». Les bailleurs de fonds et autres organismes financiers, notamment ceux des quatre pays ont mis en avant « la nécessité d’œuvrer au développement économique dans la région ».

Prochaine réunion dans six mois

M. Abdelkader Messahel a indiqué qu’une prochaine conférence internationale sur le terrorisme se tiendra dans six mois, dans l’une des capitales des quatre pays du champ. Elle sera la suite des travaux de la conférence d’Alger et aussi un compte-rendu des actions à mener d’ici la prochaine rencontre. « Elle sera une dynamique de ce qui a été décidé lors de cette conférence, (conférence d’Alger NDLR) ».

M. Mouloudj

Partager