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Tizi-Ouzou - Blouses blanches, étudiants et fonctionnaires dans la rue

Au rythme des marches contre le système

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La Fête nationale de la Victoire (19 mars 1962), qui a coïncidé avec la journée d’hier, a été une occasion pour une mobilisation générale dans la ville de Tizi-Ouzou pour dire, une autre fois : «Système dégage».

Des milliers de personnes de différentes communautés (étudiants, médecins, fonctionnaires des mairies) ont battu le pavé à travers plusieurs marches populaires, «pour se réapproprier l’indépendance de l’Algérie confisquée depuis 1962». Le tempo de la journée a été donné par la marche initiée par les blouses blanches.

La corporation médicale a en effet répondu massivement à l’appel lancé par les syndicats du secteur. Les praticiens de la santé se considèrent une «partie prenante de la contestation populaire et du vent de liberté qui souffle sur le pays». Les blouses blanches et assimilés estiment «avoir le devoir de contribuer à l’édification d’une nouvelle République en mettant hors de l’avenir commun le système politique qui a colonisé les espérances de la jeunesse algérienne».

Dans une parfaite organisation, la marche s’est ébranlée vers 10 heures, comme prévu, du portail du CHU Nedir Mohamed en direction de la place de la bougie, avec beaucoup de détermination lisible sur les visages des marcheurs des deux sexes, et affirmé à travers les slogans scandés, les banderoles et les affiches brandies, le tout sous un décor de vert-blanc-rouge, représentant les couleurs du drapeau national omniprésent, à côté du l’emblème amazigh.

Une belle ambiance qui n’a pas dilué l’esprit revendicatif et politique soutenu de la manifestation. Les slogans des blouses blanches ne sont pas tout à fait différents de ceux des autres franges de la société. Le fameux «Système dégage» revenait en boucle.

D’autres banderoles et pancartes étaient brandies et sur lesquelles on pouvait lire, entre autres, «Pharmaciens de Tizi-Ouzou, système dégage», «Pour une nouvelle République, un État de droit», «L’association Amejjay : un demi siècle de prédation : BASTA», «19 Mars 1962…19 Mars 2019 le pays toujours colonisé : dégagez», «Assemblée constituante», «Algérie libre et unie», «Le temps de l’abrutissement est révolu : c’est bon on vous a démasqué», «Algérie libre et démocratique».

Les messages de la famille de la santé à l’instar de celui de tout le peuple algérien ne prêtait à aucune confusion : «Non à la prolongation du mandat», «Oui au respect de la Constitution», «Non à une transition guidée par le clan», «Non au recyclage»… Les médecins rappelleront de temps en temps l’épisode de 2013 et celui de 2017 où ils ont été matraqués : «Les médecins que vous avez matraqué en 2013 soignent en 2019 les gilets jaunes de Macron».

À l’adresse de ce dernier, la famille de la santé a conseillé de ne pas s’ingérer dans les affaires de l’Algérie : «Occupez-vous de vos oignons Macron». Tout au long du périple, en plus des messages écrits, les médecins et assimilés ont scandé que «la santé n’a besoin ni de Bouteflika ni de Said», «Système dégage, vous vous soignez à l’étranger», «Allah allah ya baba djina naho el issaba». La marche a vu aussi la participation de militants politiques de l’opposition, notamment les élus locaux.

À la place de l’ancienne mairie, un sit-in a été improvisé, une minute de silence observée à la mémoire des martyrs de la révolution et l’hymne nationale tonnait, chanté de tous et toutes avec beaucoup d’émotion. Les marcheurs ont poursuivi le chemin vers leur destination finale qui est la place de la bougie où ils ont déposé des gerbes de fleurs à la mémoire des martyrs de la révolution. Les contestataires se sont, par la suite, dispersés dans le calme.

«L’université s’engage, système dégage»

Les étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou reviennent à la charge en maintenant le cap de la mobilisation contre le système à travers plusieurs marchent initiées jusque-là. Les étudiants ont voulu faire de la journée de 19 mars une «deuxième victoire», à travers une mobilisation parfaite et une détermination sans relâche. Venus des différents campus, à savoir Tamda, Bastos, Boukhalfa, les étudiants se sont retrouvés comme d’habitude devant le portail de Hasnaoua.

L’ambiance ne différait pas trop de celle retrouvée chez les médecins, avec les deux drapeaux national et amazigh, ni d’ailleurs les messages politiques écrits sur les affiches et banderoles ou scandés et chantés. Seulement, chacun s’exprimait à sa façon. L’université qui retrouve sa place à l’avant-garde de la lutte démocratique, s’engage pleinement dans ce combat «pour une Algérie nouvelle».

Plusieurs messages dans ce sens ont été fredonnés tout au long du trajet emprunté jusqu’à la place de la bougie, exigeant en outre le «respect de la voix du peuple». Faisant allusion à la fin de l’ère de la corruption sous le système actuel, les étudiants ont écrit : «L’injustice et la corruption sont en deuil, système sous perfusion la mort approche», ou encore «Le peuple a dit son mot», «Vous avez des millions, on est des millions», «Partez, non au prolongement», «Non à votre conférence, assemblée constituante», «Vous avez enduit le pays dans une malédiction et l’avez laissé gémir et pleurer», «L’université s’engage, système dégage», «L’espoir est notre cause, départ est votre choix», «Non au prolongement : Game over».

Les étudiants, par milliers, réaffirment leur détermination à «continuer la lutte jusqu’au changement radical du système». «On veut une Algérie nouvelle sans les spectres du passé», écrivent-ils. La marche des étudiants s’est achevée dans le calme sans incidents à signaler.

Adhésion des fonctionnaires communaux

Les fonctionnaires des collectivités locales ne sont pas restés en marge de la mobilisation pour la journée d’hier. Les fonctionnaires et élus de l’APC de Tizi-Ouzou et celle de Mekla ont envahi les rues de la ville des Genêts pour désavouer, eux aussi, le système en place et contester les dernières propositions des tenants du pouvoir.

«Y en a marre de ce pouvoir», «L’armée et le peuple des frères», «Y en a marre de la Hogra», «Non à la mafia, on veut un État de droit», «Notre destin on va l’écrire avec nos mains», en sont quelques slogans constatés lors de ces manifestations. D’autres manifestations ont eu lieu à travers le territoire de la wilaya, à l’instar des cinq communes de la daïra d’Azazga : Ifigha, Fréha, Yakouren et Zekri, de même pour la commune de Timizert. Les fonctionnaires et élus ont marché pour dire «non au système».

La famille révolutionnaire s’implique

57 ans après la célébration de la Fête de la victoire par les Algériens et la proclamation du cessez-le-feu et les accords d’Évian, la famille révolutionnaire sort dans la rue pour dire que «le legs des Chouhada n’a pas été respecté». Les Moudjahidine, enfants de Chouhada et toute la famille révolutionnaire, d’une seule voix, scandé «Heureux les martyrs qui n’ont rien vu».

«L’Algérie d’aujourd’hui ne correspond pas à celle rêvée par les martyrs», affirment-ils. La marche de la famille révolutionnaire s’est ébranlée du musée du Moudjahid et a pris fin au siège de la wilaya. En cette journée chère aux Algériens, les manifestants ont voulu rendre un hommage particulier aux martyrs de la révolution nationale, en réaffirmant leur détermination à «aller au bout de la mobilisation et du combat contre le système», c’est le message exprimé communément par les uns et les autres, toujours dans une parfaite ambiance de «lutte et de fête» comme s’est désormais la tradition depuis le début de la contestation le 22 février dernier.

Kamela Haddoum.