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Cohue devant des vendeurs de lait, des marchands de fruits et légumes…

Déconfinement avant l’heure à Béjaïa

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Lundi 4 mai 2020. Il est 12h30. Béjaïa-ville. Dehors, la vie suit son cours comme si de rien n’était ! Sur les routes, le trafic automobile est dense. Idem sur les trottoirs où beaucoup de personnes vaquent à leurs occupations, où, pour dire vrai, à leur perte ! Un petit tour au centre ville de Béjaïa laisse penser que tout est clean dans l’air, dans les magasins, sur les poignées des portes, devant un distributeur de lait… Et pourtant, la menace n’est pas si loin. Au quartier Nacéria, des dizaines de personnes, collées les unes aux autres, font la queue devant un distributeur de lait pasteurisé.

Tout ce bon monde s’échange des bribes d’informations sur l’évolution de la pandémie du Covid-19 à Béjaïa dans une insouciance qui donne froid dans le dos. Le spectacle donne matière aux plus prudents. «Ils peuvent bien faire la chaîne tout en respectant une distanciation d’au moins quelques centimètres», commente un jeune, visiblement choqué par les comportements dangereux de ces personnes venues s’approvisionner en lait subventionné. 25 DA le sachet ! «C’est vraiment incroyable», s’indigne un autre, sur une pointe de colère.

À quelques rues de là, plus précisément au quartier Brandy, un souk de fortune y a vu le jour ces derniers jours. Devant les étals bien fournis en fruits et légumes, mais aux prix inabordables pour les petites bourses, les clients font leurs emplettes comme au bon vieux temps. Dans les supérettes du même quartier, hélas, mêmes comportements ! «Quoi qu’on dise ou on fasse, ces comportements restent une menace ; nous ne pouvons de la sorte lutter contre un ennemi invisible, en ignorant les gestes bloquants et la distanciation physique ou sociale», estime un buraliste, sis à rue de l’université.

Cette route est depuis une semaine devenue un marché où les Béjaouis se croisent et se collent ! Rares sont ceux qui portent des masques. «Que peut-on faire face à ces comportements dangereux. Pour quel motif se déplacent-ils autant ? Pourquoi ils ne respectent pas les consignes des autorités sanitaires ?» s’interroge le consciencieux buraliste, pour qui la situation allait davantage s’aggraver dans les prochains jours. «Avec ces comportements, il faut s’attendre au pire», s’alarme-t-il, estimant qu’il est du devoir de chacun de faire en sorte que le virus ne trouve pas de terrain propice pour se propager.

À quelques rues de là, dans l’agence postale du stade, un autre monde, d’autres comportements ! Derrière des baies vitrées, les préposés aux guichets arborent des visages à moitié couverts. Ils portent tous des masques. En tout, il y a moins de dix détenteurs de comptes CCP, venus retirer de l’argent ou effectuer une toute autre opération. Tout ce beau monde se regarde, mais ne se croise pas. Ils gardent entre eux une bonne distance de plus d’un mètre. Et ils portent tous des bavettes, sauf un. Un bon exemple à suivre… Il est à signaler, par ailleurs, que le wali de Béjaïa, Ahmed Maabed, a pris un autre arrêté portant (re)fermeture de quelques commerces, dont les magasins de pâtisseries et gâteaux traditionnels, salons de coiffure, magasins d’habillements, de chaussures…

Dalil S.