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YOUCEF AKIR, P/APC des Ouadhias

«Il y a une mafia du foncier à Ouadhias»

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La commune des Ouadhias, sise au sud du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou et forte de plus de 20 000 habitants, est en souffrance.

La crise est multidimensionnelle. Le chômage, le manque de projets de logements, l’inexistence d’une zone d’activités, la dégradation de
l’environnement, le projet d’ovoïde qui s’éternise, le marché de proximité toujours en attente de mise en exploitation, le blocage du réseau du gaz naturel et le manque d’aménagement au niveau de la zone urbaine sont autant de facteurs qui empêchent la population locale de vivre dans des conditions décentes. Dans cet entretien, le maire, Youcef Akir, parle de la situation.

La Dépêche de Kabylie : Est-ce que les PCD, notamment ceux de 2019, peuvent relancer le développement de votre commune ?
Youcef Akir: Il
est tout à fait impossible de développer une commune avec les maigres cagnottes des PCD. Toutefois, nous avons reçu une dotation de 3,5 milliards pour une commune chef-lieu de daïra de 24 000 habitants répartis sur treize villages et un centre-ville assez important. Ce montant des PCD 2019 ne peut même pas assurer une bonne prise en charge d’un seul quartier au niveau du chef-lieu. Bien entendu, ce montant a été réparti sur les villages et la ville.

La part du lion a été réservée au réseau de l’assainissement, les revêtements, l’extension du siège de l’APC et la construction d’une antenne de mairie au village Tagmount El Djedid et de petites opérations d’AEP. Toujours est-il, cette cagnotte est insuffisante pour le développement de notre commune. Le développement se fait avec des dizaines de milliards.

Les orientations du ministre de l’Intérieur et des collectivités locales doivent s’accompagner de mesures et de prérogatives aux maires, ce n’est pas avec des opérations de bitumage que nous allons créer de la richesse et de l’emploi.

Comment peut-on alors créer de la richesse et de l’emploi, notamment à Ouadhias ?
À Ouadhias, nous avons des propriétaires privés prêts à vendre des terrains, mais il faut qu’on nous donne les finances nécessaires pour acheter et ensuite créer des zones d’activités et inclure les entreprises privées pour justement monter des projets et par là créer de l’emploi et de la richesse, unique solution pour développer notre localité. C’est de cette manière qu’on pourra faire reculer le chômage et atteindre un niveau de développement appréciable et réel.

Quand aux opérations PCD, elles ne servent qu’à résoudre de petits problèmes d’assainissement, d’AEP et de revêtement des routes mais cela ne relance pas le développement. Pour moi, le PCD ne rime pas avec le développement. Le maire doit être réhabilité et doit retrouver son pouvoir et sa place de premier magistrat. Nous attendons le nouveau code communal dont on parle depuis de nombreux mois et on espère qu’on aura des prérogatives.

À présent, nous n’avons pas les coudées franches. Pour avancer, tous les services y compris les services de sécurité doivent accompagner le P/APC. C’est une chaine qui doit fonctionner dans sa totalité, aucun maillon ne doit manquer. Mais à présent, chacun travaille en solo et chacun suit sa tutelle.

Un exemple simple, je suis à mon 2e mandat et jusqu’à présent je ne connais pas la situation du foncier dans ma commune, les domaines, le cadastre et la conservation que j’invite à nous accompagner pour établir l’état des lieux et situer la nature des assiettes, rien à faire. J’ai, d’ailleurs, signé un livret foncier où j’ai risqué de la prison.

Heureusement que l’affaire a été réglée, tout cela par ignorance. Il suffit à quelqu’un de ramener deux témoins et n’importe quelle assiette est à lui et c’est de cette manière que le foncier communal est bradé. Il y a une véritable mafia du foncier à Ouadhias. Les domaines et le cadastre sont un État dans un État.

Le chômage bat son plein à Ouadhias. Que faut-il faire pour l’absorber ?
La volonté existe, nous aimons notre pays et notre région mais cela n’est pas suffisant. Nous avons un terrain foncier entre Ouadhias et Ait Toudert et il y a aussi un projet de zone d’activités qui a été annulé il y a de cela plusieurs années.

Les gens d’avant était là juste pour se servir, autrement au jour d’aujourd’hui cette zone est en exploitation et contribuera à faire reculer le chômage. Les terrains ont été restitués à leurs propriétaires et l’anarchie s’en est suivie. Concernant le terrain entre Ait Toudert et Ouadhias, c’est une assiette idéale pour réaliser une zone d’activités. Hélas, le terrain est du domaine privé.

Nous avons interpellé tous les walis qui se sont succédé à la tête de la wilaya pour nous accorder une enveloppe financière afin d’acquérir ce terrain, mais en vain. L’APC ne peut pas acheter car même nos fonctionnaires nous ne les payons qu’avec beaucoup de gymnastique. Qu’on nous accompagne et on relèvera le défi de développer nos communes et de créer de l’emploi et de la richesse. À présent, le maire est jeté dans la fosse aux lions. La population nous interpelle à chaque fois et nous n’avons rien à donner. C’est malheureux.

L’ex-entreprise COMETAL est occupée par l’Armée et le marché de proximité, bien qu’achevé depuis plusieurs mois, n’est pas encore entré en exploitation. Pourquoi ?
Pour ce qui est du marché de proximité, il manque d’électricité, nous avons formulé une demande auprès de la Sonelgaz mais elle exige la réalisation d’un poste maçonné alors que le marché n’a besoin que d’un disjoncteur de 320 volts. Nous quémandons son branchement, en vain.

Au sujet de COMETAL, elle est occupée par l’armée en toute légalité, l’APC ne peut rien faire. Toutefois, on aimerait bien récupérer ces locaux pour en faire une nouvelle usine.

Les villages des Ouadhias ne sont toujours pas raccordés au gaz naturel…
C’est l’amère réalité. Une opposition du côté de la commune des Ath Douala bloque le projet depuis de nombreuses années et c’est inacceptable. Nous avons essayé de lever cette opposition, le chef de daïra et le wali ont également tenté, mais en vain.

À cause de deux opposants, nos villages sont pris en otage. Il faut appliquer la loi et réquisitionner la force publique. Actuellement, la conduite de transport est bloquée sur un tronçon de 300 mètres linéaires en plein forêt et malheureusement retarde l’achèvement des travaux.

Le ministre de la Santé a visité avant-hier le projet d’hôpital. Qu’en est-il de sa date de livraison ?
En effet, le ministre a visité, avant-hier, le projet d’hôpital et on dit qu’il sera inauguré au mois de mai prochain, mais ce n’est pas tenable. Peut être en novembre, voire la fin de l’année si la cadence des travaux est maintenue à un bon rythme.

Il y a bien sûr du positif dans cette visite puisque le ministre a répondu à nos doléances, à savoir la réalisation d’un service d’hémodialyse et l’extension de l’hôpital qui peut aller jusqu’à 120 lits. Le matériel existe, le personnel aussi, souhaitons que l’hôpital se concrétisera d’ici au moins la fin de l’année en cours.

Qu’en est-il du projet d’ovoïde et l’environnement ?
L’ovoïde, c’est un autre cas, pourtant il est d’une importance capital pour notre commune car à chaque intempérie, la cité limitrophe est inondée par les eaux de pluie et les eaux usées. Le talweg déborde et c’est une catastrophe qui peut engendrer des pertes de vie humaines. Les normes d’urbanisme ne sont pas respectées alors un drame est vite arrivé sans parler du problème de santé publique.

L’entreprise est choisie et l’enveloppe financière est de 11 milliards de centimes. L’entreprise est en attente d’ODS par l’ONA. Mais on ne cesse de repousser le lancement du chantier. Nous demandons au moins la réalisation du tronçon où subsiste le danger, il est à peu près de 700 mètres.

Pour ce qui est de l’environnement, nous assurons une collecte régulière car nous avons cinq camions réquisitionnés pour cette opération mais l’environnement dépend surtout du comportement des citoyens. Le civisme doit prévaloir. La décharge située sur le CW100 est du ressort de la DTP, de la STP et des services de l’environnement. Nous, nous s’occupons des chemins communaux.

Dans les années précédentes, l’insécurité malmenait les habitants. Est-ce toujours le cas ?
Non la sécurité est rétablie. Malgré la multiplication des débits de consommation d’alcool, les tenanciers respectent les horaires d’ouverture et de fermeture, donc ce volet est gérable. Nous ne sommes plus à l’époque où les vieux et les vieilles sont attaqués en sortant de la poste ou de la banque. Il faut dire aussi que nous n’hésiterons pas à appliquer la loi pour les contrevenants. La situation s’est nettement améliorée.

Le logement et l’habitat rural où en sont-ils ?
Le logement, c’est une catastrophe, nous n’avons aucun programme de logement. On nous a demandé des assiettes de terrain, on les a mises à leur disposition mais rien n’est venu. Nous avons le programme de 34 logements mais il est à l’arrêt et l’affaire est en justice.

On est défavorisés totalement, on nous a oubliés. Pour l’habitat rural, c’est du compte-gouttes. Il y a des centaines de dossiers en attente et les quotas qui nous sont attribués sont de la poudre aux yeux. La classification de notre commune reste une énigme, on ne sait pas si on nous considère comme rurale ou zone urbaine.

Nous avons une ville et quatorze villages enclavés et au relief accidenté, mais la commission d’arbitrage nous classe comme zone urbaine alors qu’on nous attribue jamais de projets dans le cadre des PSD. La distribution des budgets et des projets se fait à la tête du client et au «bni aâmiss». La population est en ébullition, pour le moment nous calmons les esprits mais jusqu’à quand ?

L’amélioration urbaine est également un parent pauvre…
Absolument, la SUC et la DUC brillent pas leur absence. Aucun projet ni opération ne nous sont accordés. Ni trottoir, ni éclairage public, ni espace vert, rien de tout ça. La cité dite «Les Halls» est dans un état catastrophique. Les habitants m’interpellent sans cesse, alors que je n’ai absolument rien à leur donner.

Vous venez de lancer deux opérations, à savoir la démolition des bâtisses qui menacent ruine et le concours de la meilleure façade de la ville…
Absolument, cela rentre justement dans le cadre de l’embellissement de la ville, la préservation de l’environnement et la préservation des vies humaine. À Ouadhias, nous comptons plusieurs anciennes bâtisses qui menacent de s’écrouler à tout moment. Nous avons, avec le CTC, décidé de démolir toutes les habitations qui menacent de tomber.

Malheureusement, les procédures sont draconiennes. Nous ne pouvons rien faire. Les gens ne veulent pas démolir et l’APC ne peut rien faire à cause des procédures. C’est du jamais vu ! Le concours de la meilleure façade est lancé et nous avons prolongé pour novembre au lieu de juillet. Le premier prix est de 50 millions, le second de 30 millions et le 3e est de 20 millions.

Cette opération rentre dans la perspective de l’embellissement du chef-lieu et de l’achèvement des bâtisses. Par ailleurs, permettez-moi de signaler que nous avons une population sage et pacifique. Les gens ne viennent jamais fermer l’APC ou la route, ils viennent sagement soulever leurs doléances d’où il nous faut des programmes et des finances pour maintenir la paix.

Chaque semaine je reçois des comités, on les calme, on les fait patienter mais jusqu’à quand. Il nous faut des programmes et des prérogatives pour les satisfaire. Pour ce qui est des autorités, à commencer par le wali, les chefs de daïra, les directeurs de l’exécutif, ils doivent accompagner le maire pour avancer. Le maire doit retrouver son statut de premier magistrat dans sa commune.

Entretien réalisé par Hocine Taib