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SAÏD HAMAMINE, P/APC de Kherrata, explique sa démission

«Je suis menacé car j’ai refusé le chantage»

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Le P/APC de Kherrata, Saïd Hamamine, élu sur une liste indépendante, a remis, la semaine dernière, une lettre de démission au wali de Béjaïa. Un retrait rendu inévitable par des «pressions» mais aussi des «menaces répétitives», explique le concerné.

La Dépêche de Kabylie : Confirmez-vous votre démission de la tête de l’APC de Kherrata ?
Saïd Hamamine
: Oui, je suis démissionnaire et ma décision est irrévocable. Le samedi 30 mars 2019, devant la population locale, les associations et des invités, j’ai présenté le bilan de l’APC pour l’année 2018 que j’avais promis de faire lors de la campagne électorale. Chose faite avec un bilan détaillé et positif, ce qui n’a jamais été fait (le bilan) dans la commune de Kherrata. Après la présentation du bilan, j’ai posté une vidéo et j’ai annoncé officiellement ma démission à la tête de l’APC de Kherata.

Peut-on connaître les raisons de cette démission ?
Je jette l’éponge car je suis menacé et pas du tout en sécurité. Il m’est impossible de continuer à travailler. Le 18 novembre dernier, sur la RN9, on m’a poursuivi et menacé. Cet état de fait a perduré depuis et je me suis retrouvé menacé à plusieurs fois. Dans un conseil de wilaya et devant les maires, les chefs de daïra et l’exécutif, j’en ai fait part au wali et je lui ai remis un rapport, mais en vain. Les choses se sont même aggravées depuis et j’ai souffert de ces menaces à répétition.

Réellement, qui vous a menacé ?
L’affaire est liée à un groupe de personnes qui avait des baraques que l’ancien wali Zitouni a démolies en 2015. Ces personnes voulaient bénéficier de locaux commerciaux gratuitement au niveau du centre commercial en construction. J’ai refusé le chantage exercé sur moi et depuis, environ treize personnes, chaque semaine, débarquent et nous rendent la vie dure et nous empêchent de travailler dans la sérénité. En plus de cela, ces gens ont leurs complices qui les « poussent » au pourrissement. C’est une « affaire » de tables et de baraques rasées par l’ex-wali Zitouni qui remonte à l’année 2015. À mon arrivée à la tête de l’APC de Kherrata en 2017, je n’ai trouvé aucune trace ni dossier de ces baraques démolies ni de PV de locaux commerciaux à distribuer à ces gens-là en guise de compensation. Comment-voulez vous que je cède à cela ? J’aurais transgressé la réglementation. C’est l’ex-P/APC qui devait régler tout cela et laisser des traces, mais il n’y a aucune trace. C’est pour cela que je me retrouve menacé car je suis légaliste et cela dérange des cercles à Kherrata. Il y a des complicités.

Quelle est la position des autres élus dans cette affaire ?
Moi, en tant que président de l’APC de Kherrata, j’ai refusé le chantage et je ne vais pas céder d’un iota. Concernant l’attitude des autres élus dans cette affaire, je suis soutenu par les six élus du FFS, que je salue pour ce geste digne qui les honore. Pour les autres, il y a eu un sentiment d’indifférence. Vous savez, avec ce qui se passe dans le pays, cela relève du détail…

Y a-t-il eu des réactions suite à votre démission ?
Des élus de notre assemblée ont rencontré la semaine dernière le chef de cabinet du wali de Béjaïa qui leur a demandé de me convaincre afin que je retire ma démission, et ce dans l’intérêt de préserver la stabilité de l’assemblée. C’est la seule concertation qui a eu lieu sur cette affaire.

Votre décision est-elle définitive ?
Ma décision est prise, je suis démissionnaire. Avec d’autres élus, j’ai ramené et réalisé beaucoup de choses pour la commune et notre bilan est plus que positif. Seule la population de Kherrata pourra me faire changer d’avis à rester à la tête de la mairie.
Entretien réalisé par Achour Hammouche