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CRISE POLITIQUE - Au lendemain de l’appel de Gaïd Salah à l’application de l’article 102

La classe politique entre adhésion, prudence et rejet

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La déclaration de Gaïd Salah sur l’application de l’article 102 de la Constitution a suscité beaucoup de réactions de la part de la classe politique. Sans constituer l’unanimité, les réactions sont partagées, diverses et surtout prudentes.

Moustapha Bouchachi  : «L’article 102 dépassé par les événements»

«L’article 102 est dépassé par les événements, il fallait plutôt appliquer cet article il y a des années, comme le Président était déjà dans l’incapacité de gouverner… Aujourd’hui, il n’y a aucune logique à cette démarche à quelques jours de la fin du mandat. Le mouvement populaire exige le départ de Bouteflika et ceux qui sont impliqués dans la gestion catastrophique du pays. L’article 102 s’inscrit en porte-à-faux des aspirations et revendications des citoyens qui sont dans la rue depuis le 22 février. Il faut respecter la volonté du peuple qui veut une transition dirigée par des hommes intègres».

Sofiane Djilali : «On est dans une nouvelle situation»

«On est rentrés dans une nouvelle situation dans la crise que nous vivons. Les revendications du peuple sont : non au cinquième mandat, pour le changement du système et pour une Algérie libre et démocratique. Le cinquième mandat est désormais tombé ainsi que le gouvernement Ouyahia. Et la base du pouvoir est entrée en crise. Mettre à l’écart le Président est un autre pas mais ce n’est pas la fin du parcours (…). Aujourd’hui, c’est une autre étape, mais il y a des dangers. L’application de l’article 102 signifie le maintien des institutions actuelles sous le parrainage desquelles auront lieu les élections. Ni l’opposition, ni le peuple n’accepteront cette opération. Il faut mettre fin au régime et le départ de tous ceux qui ont géré et se sont rendus complices de ce régime pour aller à une période de transition avec des figures crédibles…»

Ali Benflis : «On a pris note mais… »

Ali Benflis, président de Talaie El Houriet, dira prendre note «de l’engagement de l’Armée nationale populaire». Il a apporté son soutien «à un règlement qui garantit la satisfaction de toutes les revendications légitimes du peuple algérien et acceptable pour tous». Cela dit, «compte tenu de la situation exceptionnelle que vit notre pays, la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution n’est pas susceptible de constituer à elle seule une base, toute la base, pour le règlement de la crise. De ce point de vue, l’application de l’article 102 devra impérativement être adaptée de manière que soient respectées les conditions de transparence, de régularité et d’intégrité que le peuple réclame afin de pouvoir exprimer son choix librement sans contrainte et sans tutelle (…). Je forme, de toutes mes forces, le vœu que le règlement de la crise actuelle fournira des bases saines et solides à la refondation future de notre système politique que notre peuple demande et dont il attend l’émergence d’un État-Nation puissant, démocratique et moderne où le peuple algérien prend lui-même la maîtrise de son destin», lit-on dans la déclaration.

Mokrane Aït Larbi : «L’article 102 ne va pas régler la crise» 

«L’application de l’Article 102 de la Constitution ne va pas régler la crise. L’application de l’Article 102 avait un sens avant cette révolution populaire pacifique, quand l’opposition le réclamait. Aujourd’hui, la crise n’est plus constitutionnelle pour se lancer dans la recherche de solutions constitutionnelles. Elle est politique et elle a besoin d’une solution politique».

Abderazak Makri (MSP) : «C’est une proposition»

«Le MSP considère les déclarations du chef d’état-major de l’ANP comme une proposition de solution à travers l’application de l’article 102, mais attire l’attention que le fait que l’application de l’article 102 ne garantit pas à elle seule la réalisation de réformes, de la transition démocratique et la tenue d’élections propres et honnêtes (…). L’institution militaire doit se limiter à un rôle d’accompagnateur pour parvenir à une solution politique et à un consensus national, ainsi que pour la préservation du caractère civil de l’État. Le MSP rappelle la nécessité, en cas de l’application de l’article 102, de prendre des mesures qui répondraient aux revendications du peuple algérien en prenant en compte les propositions de la classe politique, dont celles de notre mouvement et ce, avant la confirmation par le Conseil constitutionnel de l’état d’empêchement».

RCD : «C’est une tentative de coup d’état»

Le RCD a qualifié de «tentative de coup d’État» la demande d’Ahmed Gaïd Salah d’appliquer l’article 102 de la Constitution, disposant l’inaptitude du président de la République à assumer ses missions à la tête de l’État : «Gaïd Salah tente. Cet homme est partie prenante de nos malheurs, il ne peut aucunement être la solution (…). Il ne s’agit plus pour eux de sauver le soldat Bouteflika, mais d’organiser le sauvetage du régiment. Ceux qui se sont rendus complices, par leur trahison légendaire, auront à répondre de leurs actes ignobles devant le tribunal de l’Histoire. Ils veulent une passation de consignes à l’intérieur du même système, nous exigeons une transition démocratique qui pose les fondations de l’Algérie nouvelle». Pour Mohcine Belabes, le Président doit démissionner, lui ainsi que le gouvernement, en sus de la dissolution des deux chambres. Il a plaidé lors d’une conférence de presse, hier, pour la constitution d’une instance présidentielle composée de trois personnes qui seront élues, des «magistrats, de l’éducation et des syndicats autonomes». Il a plaidé, dans ce sens, pour une nouvelle Constitution et une instance indépendante de surveillance des élections.

FFS : «Ce n’est pas la solution demandée par le peuple»

«Une grave atteinte à la dignité du citoyen. L’institution militaire ne s’est pas retirée du politique, elle s’ingère encore une fois dans le processus constitutionnel et ne répond pas aux revendications du peuple algérien, qui demande le changement du système et non un changement dans le système. Ce changement radical ne peut se faire en maintenant les instruments et les hommes qui incarnent le système (…). L’option de l’application de l’article 102 de la Constitution n’est pas la solution demandée par le peuple algérien, l’Armée vise à étouffer le mouvement populaire, et permettre au système de se pérenniser. L’article 102 ne répond plus aux revendications du peuple algérien, le peuple veut contrôler son destin, prendre en charge son avenir, un avenir de libertés, de justice sociale, de dignité.
Décevoir le peuple, c’est provoquer des incertitudes très graves, c’est provoquer le chaos programmé pour l’Algérie».

Abdallah Djabellah (FJLD) : «C’est en contradiction avec les revendications du peuple»

«L’application de l’article 102 est en contradiction avec les revendications du peuple algérien et l’application de l’article 102 requiert le transfert des responsabilités au président du sénat, Abdelkader Bensalah, ce que nous refusons. Le peuple est la source de tout pouvoir. Notre initiative est aussi constitutionnelle contrairement à ce que certaines parties essaient de propager pour des raisons que l’on ignore».

Abdelaziz Belaïd (Front El Moustaqbel) : “C’est la meilleure solution”

«L’application de l’article 102 est la meilleure décision qui puisse assurer une transition politique. L’appel du chef de l’état-major concorde avec la vision du Front El Moustaqbel, qui a demandé l’application de cet article il y a quelques jours quand il a exprimé sa position à propos du mouvement populaire».

Ali Ghediri, ex-candidat à la présidentielle : «C’est le chemin le plus court»

«Le chemin le plus court au point où en sont les choses, c’est le passage par l’article 102. Mais à lui seul, il ne peut pas régler le problème. Il a le mérite de placer les choses dans leur contexte constitutionnel mais il est loin de répondre aux demandes de l’opposition, du peuple ou du pouvoir. Il faut donc accompagner l’application de cet article par des mesures. Il faut pousser le président de la République à la démission pour faire l’économie des 45 jours(…). Il faut voir avec les juristes pour essayer, dans la mesure du possible, de trouver un artifice juridique pour considérer le retrait du Président de la course électorale comme une démission. Là, on gagnerait une vingtaine de jours. C’est pour réduire la période séparant entre le départ du Président et la tenue de l’élection présidentielle».

Abdelaziz Rahabi,  : «Je regrette que le Président…»

«Je regrette que le président n’ait pas choisi une autre voie plus honorable pour lui-même et à la hauteur de la grandeur du peuple algérien. Le recours à l’article 102 relève de la confiscation de la souveraineté populaire et ne présente aucune garantie de transition démocratique consensuelle, graduelle et apaisée qui donne le temps au peuple de s’organiser pour devenir acteur de son destin. L’organisation des élections dans les conditions actuelles est une aventure politique porteuse de sérieuses menaces sur la stabilité, qui ne peut être garantie que par un État de droit issu d’élections démocratiques»

Le PT : «C’est une option risquée»

«L’application de l’article 102 est porteuse de tous les risques pour la nation, pour sa souveraineté et son intégrité, ouvrant la voie aux ingérences étrangères tant rejetées par les millions de manifestants», écrit le PT. «Toute période de transition constitue un réel danger pour le pays. Par conséquent, une éventuelle constitutionnalisation de ce qui s’apparente à un coup de force, constituerait une dérive sans précédent qui menacerait les fondements mêmes de l’Etat et la sécurité nationale, une menace contre la paix recouvrée». Pour ce parti , «la seule issue positive, à même de préserver la nation du chaos, réside dans le respect de la volonté de la majorité du peuple d’exercer sa pleine souveraineté, définir elle-même la nature du régime à mettre en place et donc la forme et le contenu des institutions dont elle a besoin pour la satisfaction de toutes ses aspirations démocratiques, économiques, sociales, et culturelles». Selon le communiqué du PT, «c’est là la voie du salut, et c’est pourquoi, il appelle à la convocation de l’assemblée constituante nationale souveraine». Le bureau politique du PT a décidé hier de la démission du groupe parlementaire du parti de l’APN.

Karim Tabbou : «C’est une manœuvre du chef d’état-major»

«L’application de l’article 102 est une manœuvre du chef de l’état-major. L’objectif est de pérenniser le système, organiser des élections et ramener un symbole de la continuité de la mafia (…) Le chef de l’état-major, en respect à la Constitution, n’a pas le droit de s’ingérer dans la politique. L’article 102 est dépassé par les événements et ne convient plus à la situation actuelle. La revendication populaire consiste en le départ du système».

Propos recueillis par Kamela Haddoum.