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SMAÏL RABHI, DTP de Tizi-Ouzou, répond à l’APW sur le drame d’Assif Azaghar

«La DTP n’a rien à voir, c’est un chemin communal»

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Après chaque épisode d’intempéries, le bilan au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou est souvent catastrophique : inondations, glissements, éboulements, fermetures de routes et parfois même mort d’homme. Dans cet entretien accordé hier à nos confrères de Radio Tizi-Ouzou, le directeur des travaux publics, Smaïl Rabhi, s’explique et dresse un état des lieux.

La Dépêche de Kabylie : Le phénomène de fermeture de routes suite aux inondations à chaque intempérie devient récurrent dans la wilaya. Le cas de la RN12 au niveau de Tadmaït est flagrant…
M. Rabhi Smaïl :
Dans le cadre de la préparation de la saison hivernale, il y a des mesures qui sont prises, des opérations qui sont engagées… Il s’agit notamment du curage des fossés et des ouvrages. C’est une opération ordinaire qui se fait chaque année. Prenant l’exemple de ce qui s’est passé l’année dernière au niveau de Tadmaït sur la RN12 justement, où on avait enregistré la fermeture de la route à cause de l’inondation.

À ce niveau, il faut comprendre ce qui s’est passé pour pouvoir situer les responsabilités et comprendre comment a été provoquée l’inondation. Ces inondations, on les a vécues deux fois : en 2012 et l’année dernière. Quand on est partis sur le lieu le soir même, on a trouvé un charriage d’objets divers : pneus, sachets… Ces objets-là ne devaient pas être là. C’est malheureusement l’effet humain qui a provoqué cette inondation. L’ouvrage est réalisé dans les normes suite aux études faites. L’année dernière, on a eu 70mm de pluie en l’espace de 3 heures. Cette année on en a eu 104 mm et on n’a pas enregistré d’inondation parce qu’il y a eu un travail qui a été fait. On a nettoyé l’oued. Il faut faire attention à ce point, il ne faut pas jeter n’importe quoi.

Des constats faits également, il a été relevé la diminution des travailleurs intervenant sur le terrain. Pourquoi ?
Oui, c’est vrai. On est en sous effectif. On souffre énormément de ce manque. Mon souhait est d’avoir suffisamment de travailleurs qui ne se chargeront que de cette tâche (des cantonniers). Ces travailleurs sont devenus aussi des éboueurs. On aimerait bien faire tout le travail dans les délais mais on n’a pas assez d’effectif. Il faut savoir qu’on a besoin, pour chaque trois kilomètres, d’un travailleur qui ne se chargera que de cette mission mais nous, on n’a qu’un ouvrier par kilomètre, un grand manque donc. Le pire, c’est qu’on ne peut pas recruter à cause de la situation financière du pays. Nous n’arrivons pas à subvenir aux besoins de cette tâche.

Les routes, que ce soit nationales, de wilayas, ou communales, sont dans un état de détérioration avancée. Qu’est-il prévu pour améliorer la situation ?
On a des programmes pour la réhabilitation des chemins communaux et des routes nationales. Le problème c’est qu’on accuse un retard considérable dans la réalisation des programmes. Il y a évidemment des raisons pour cela. Des fois, c’est la lenteur des procédures administratives, certes réglementaires et nécessaires et ce, pour cadrer les choses, mais elles sont lentes. C’est une vérité. Nous avons eu un programme sur l’ex FCCL, on a eu l’infructuosité de l’avis de l’appel d’offres, on n’a pas eu de soumissionnaires.

On voulait commencer l’été dernier mais on n’a pas pu le faire. On ne trouve pas d’entreprises pour travailler. Ces dernières vivent aussi une situation difficile, une crise financière. Dans d’autres cas, il y a un chevauchement entre ces programmes, à savoir projets de gaz, eau potable, fibre optique… On est obligés de venir en dernière position. On a eu des cas où les entreprises se déplacent sur place et constatent que les travaux pour divers réseaux ne sont pas achevés, ce qui cause énormément de retard. Ce sont là donc nos contraintes et on est obligés de faire avec.

Parfois aussi il y a la défaillance des entreprises ?
L’entreprise, c’est un partenaire, c’est un outil de travail. On l’utilise comme notre outil dans le cadre du respect du cahier des charges qui nous unit. On a des cas où les entreprises sont défaillantes et on est obligés de prendre des mesures. Mais on n’a pas le choix, c’est ce que nous avons sur le terrain. On doit accompagner ces entreprises.

Mais la situation urge quand même…
J’en conviens qu’il y a beaucoup de manques à combler et on fait de notre mieux. Pour revenir sur l’état des chemins communaux, par exemple ce matin (Ndlr : hier matin), à Makouda, des citoyens ont fermé la route, c’est la route nationale RN12 A. Sur ce cas précis, que les sages sachent qu’il y a une expertise judicaire en cour car il s’agit d’un glissement provoqué par un citoyen. Mais entretemps, on n’est pas restés les bras croisés. On a sollicité un financement qui n’est malheureusement pas venu à temps.

On est en phase de passation de contrat. On avait donné des rendez-vous aux citoyens mais on n’a pas pu les respecter à cause des procédures. Ce chemin sera pris en charge en tout cas. Pour les autres chemins communaux, on a eu des financements. Une bonne partie des marchés sont passés. Les procédures ont pris leur temps et l’infructuosité a retardé le lancement des travaux. La plupart des contrats sont visés ou en cours. Si le bon temps nous le permet, on travaillera, sinon, ce sera malheureusement pour après l’hiver.

Le vrai problème se pose au niveau des chemins de wilaya, on n’a pas eu de financement depuis des années pour ces opérations. On a fait encore des demandes pour les chemins de wilaya, surtout après le passage du gaz et des autres réseaux surtout que la remise en état n’a pas suivi et le citoyen vit le calvaire. Une chose est sûre c’est que les programmes pour lesquels on a des financements, ils seront réalisés. Le seul souci, ce sont les chemins de wilaya. On n’a vraiment pas de financement pour leur réalisation. On a eu sur le budget de wilaya 4 milliards de centimes pour quelques opérations de glissement notamment mais c’est tout.

Mais l’hiver est déjà là. En dehors de ces routes qui sont à refaire, êtes-vous prêts pour éviter d’éventuelles catastrophes ou sinon leur faire face ?
Oui, on s’est préparés comme toujours. La semaine passée, on a vécu des situations. On a eu des éboulements, des glissements de terrain… Il y a eu même un éboulement rocheux à Ait Agaoucha qu’on a nous-mêmes provoqué pour éviter les risques aux usagers. Au quotidien, on est mobilisés pour répondre aux besoins des citoyens. On a nos moyens qu’on utilise et on fait aussi appel à nos partenaires (les entreprises) là où on a besoin.

Je dois juste préciser à propos de la mort du jeune à Assif Azaghar, paix à son âme, que cette liaison est communale. C’est un chemin communal qui relève de la responsabilité de la commune. Je ne veux pas accuser mais que chacun prenne ses responsabilités et les assume. En tant que direction des travaux publics, on a fait ce qui a été décidé l’année dernière. On a exécuté le plan qu’on avait à suivre et on a tenu compte des remarques et orientations qui nous ont été faites. Mais les gens doivent s’imposer une certaine retenue et être sûr de ce qu’on avance. Et je le répète encore une fois loin de moi de nourrir une quelconque polémique, encore moi charger te ou tel.

Propos recueillis par Kamela Haddoum.