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EDUCATION - La grève dans les primaires perdure

Le conflit tutelle – enseignants s’enlise !

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Le bras de fer continue entre les enseignants du primaire et leur tutelle, prenant en otage les écoliers. Un conflit qui dure depuis le début de l’année et qui impacte, notamment, les établissements de Tizi Ouzou. Les enseignants ont différentes doléances exposées, notamment les hisser à la catégorie12, comme c’est le cas de leurs collègues titulaires de la licence. Ils réclament aussi l’allégement des programmes et leur adaptation, en plus de la mise à disposition de moyens didactiques pour pouvoir exercer leur métier.

A ce sujet, une enseignante confie : «Il faut savoir que l’enseignant du primaire ne demande pas uniquement des augmentations de salaire. Au contraire, nos revendications sont avant tout d’ordre pédagogique. Tout le monde doit savoir que l’enseignant du primaire, dès sa sortie de l’école à 16h00 jusque tard dans la nuit, prépare les leçons. Ce sont des horaires de travail supplémentaires. Ce n’est pas facile de préparer 11 fiches quotidiennement. Ajoutez à cela, le fait qu’il dépense beaucoup d’argent pour ses élèves, surtout pour la préparation du matériel didactique et en soutien aux élèves nécessiteux.

Un enseignant qui a un élève orphelin ou pauvre ne peut le laisser sans lui acheter des fournitures scolaires.» Et de poursuivre : «Nous ne faisons pas de politique. Nos revendications sont d’ordres pédagogique et social. Nous demandons à être classés à la catégorie 12, comme prévu par la loi. Il faut savoir aussi qu’au primaire, nous avons des licenciés, des détenteurs de masters et de doctorats. La Fonction publique accorde la catégorie 12 aux licenciés, alors que dans le secteur de l’éducation, notamment au primaire, nous sommes classés à la 11. Lors de la réunion des enseignants du primaire avec le ministère de tutelle, on nous avait affirmé qu’on dépend des APC.

C’est incroyable ! Nous travaillons 30 heures par semaine, en plus des heures de préparation, de correction des cahiers, de la surveillance dans la cour des élèves et dans la cantine. Les parents doivent savoir aussi que si un enfant tombe à l’école et se blesse, c’est l’enseignant qui l’accompagne chez le médecin. En outre, il faut réunir les moyens didactiques pour faciliter la compréhension et aussi acheter des photos, des images et des illustrations pour décorer les classes. Ces moyens doivent être fournis par l’administration ou l’APC, ce n’est pas à l’enseignant de payer de sa poche.»

S’agissant du programme dit «Nouvelle génération», l’enseignante fait savoir : «Il faut aussi revoir les programmes et les adapter au niveau des enfants de six ans et signaler l’iniquité entre les enseignants du primaire et ceux des autres paliers. Leurs volumes horaires sont moins chargés et ils sont payés aux catégories 12 et 13. Il faut réparer ces injustices. Nous demandons ainsi à êtres payés, selon le volume horaire que nous assurons.»

Les parents :«Nos enfants ne doivent pas être pris en otage»

Pour sa part, le représentant de la Fédération des parents d’élèves, M. Chalal, indique : «Nous estimons que les revendications des enseignants sont légitimes et attirons l’attention des autorités concernées pour les prendre en charge. Toutefois, nos enfants doivent poursuivre leur scolarité le plus normalement du monde et passer leurs examens trimestriels pour ne pas les priver de la période des congés.

Si le programme n’est pas achevé, les élèves seront privés de vacances, alors qu’ils en ont besoin pour se reposer et recharger leurs batteries. Nous appelons aussi à éviter les appels sur les réseaux sociaux, car ils ne sont pas toujours crédibles et sont parfois anonymes. Aussi, nous demandons aux syndicats des enseignants, aux enseignants et à leur tutelle de tenir des rencontres, de s’assoir autour d’une table pour discuter officiellement et sereinement.

Nous, en tant que parents d’élèves, nous sommes prêts à accompagner les enseignants afin de les aider et de trouver des solutions à leurs revendications. Il faut savoir que sans les élèves, il n’y a pas d’école et sans les enseignants, il n’y a pas d’école aussi. Nous sommes liés. Donc, nous devons travailler en collégialité pour trouver des solutions à tous les problèmes, tout en évitant de recourir à la grève qui pénalise nos enfants.»

Ahmed Laâlaoui (DE de Tizi Ouzou) : «Les revendications sont légitimes mais…»

Pour sa part, le directeur de l’éducation de la wilaya de Tizi Ouzou, Ahmed Laalaoui, a tenu à faire savoir : «Nous avons déjà rencontré les enseignants du primaire à cinq reprises et les doléances qui relèvent de notre wilaya ont été prises en charge. Des instructions ont aussi été données aux directeurs et aux inspecteurs pour alléger leur travail et jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune plainte de la part de ces enseignants.» S’agissant de la poursuite de la grève, le même responsable a précisé : «La grève se poursuit dans certaines circonscriptions, elle n’est pas généralisé mais partielle.

A titre d’exemple, au niveau de la circonscription d’Aïn El Hammam, les écoles sont ouvertes et les devoirs et les compositions faits.» Et d’ajouter : «Personne ne nie la légitimité de ces revendications qui ont été transmises au ministère, lequel prendra les mesures nécessaires en temps opportun, car cela nécessite des financements importants. En plus, plusieurs secteurs sont concernés dans la prise de décisions. Ce qu’on reproche à nos collègues enseignants, c’est la période choisie pour enclencher la grève et soulever ces revendications.

Nous leur avons dit que la grève est un message lancé depuis le mois d’octobre et qu’il a été transmis. Maintenant, les enfants sont entre leurs mains. Ils vont chaque matin à l’école et rebroussent chemin, car c’est le débrayage. Qu’ont-ils fait pour mériter ce traitement ? Il ne faut pas les sacrifier pour gagner ses droits. La grève est certes un droit, mais il y a plusieurs façons de réclamer. Au Japon, les ouvriers font grève en augmentant la production. Dans d’autres pays, ils mettent juste une écharpe pour signaler qu’ils sont en grève mais n’arrêtent pas de travailler.

En 2014, les augmentations au profit des enseignants, qui n’ont pourtant rien demandé, ont été bien accueillies par tous. Maintenant, il faut patienter un peu et permettre aux apprenants de revenir sur les bancs de l’école.» Ahmed Laalaoui a ajouté : «Cette grève risque de provoquer la chute dans le classement de la wilaya aux examens. Ces enseignants en porteront alors la responsabilité. Tizi Ouzou est une wilaya-pilote qui mène et ne se laisse pas mener.»

S’agissant des mesures à prendre au cas où la grève se poursuivra, notre interlocuteur a été catégorique : «Nous avons des mesures à prendre avec regret certes, mais il le faut. D’ailleurs, elles sont en voie d’être prises, si le problème n’est pas solutionné dès cette semaine. Il s’agit de ponctions sur les salaires et les primes de rendement. D’autres mesures plus sévères pourraient être également prises si la grève se poursuivra.» A signaler que les enseignants grévistes ne sont représentés par aucun syndicat.

Sur ce point, le directeur de l’éducation a apporté la précision suivante : «Nous aimerions bien que ces enseignants se constituent en syndicat pour, au moins, pouvoir discuter avec eux. Présentement, la grève est hors la loi. Les grévistes ne sont pas protégés par la loi parce qu’ils ne sont pas syndiqués.» Et de conclure : «La grève doit s’arrêter tant que nous avons le temps de faire les devoirs et les compositions.»

Hocine Taib