Accueil A la une Les priorités de Tebboune

Élu huitième président de la République

Les priorités de Tebboune

3310

Main tendue au Hirak, réforme politique en profondeur, rajeunissement des institutions législatives et exécutives, une économie à défibriller… le nouveau président de la République a étalé ses priorités, avant-hier soir. Abdelmadjid Tebboune, qui devra entamer son mandat de président de la République d’ici à fin décembre, aura affaire à des sujets brûlants, délicats et complexes pour pouvoir exécuter son programme électoral.

Conscient de la grande difficulté qui l’attend désormais à engager les réformes promises, le nouveau Président sait que rien ne se fera s’il ne parvient pas à satisfaire les revendications du mouvement populaire, né en février dernier. De l’opposition au 5e mandat de Bouteflika, le Hirak est passé à d’autres revendications politiques, qui se sont allongées au fil du temps. Pour Abdelmadjid Tebboune, seul «un dialogue sérieux» est à même de désamorcer la crise. «Je m’adresse directement au Hirak, que j’ai à maintes reprises qualifié de béni, pour lui tendre la main, afin d’amorcer un dialogue sérieux au service de l’Algérie et seulement l’Algérie», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, organisée avant-hier soir.

«Le Hirak a remis l’Algérie sur les rails de la légitimité, la préservant ainsi de l’aventurisme et des manœuvres qui ont failli torpiller le peuple algérien», a poursuivi le désormais président de la République, quelques heures après l’annonce des résultats le donnant pour gagnant. Sans détours, Abdelmadjid Tebboune a donné le ton à son discours postélectoral, d’autant plus qu’il n’est pas sans savoir que le temps joue contre lui et risquerait de compliquer davantage sa mission, au palais d’El Mouradia : «Il est temps de concrétiser les engagements pris lors de la campagne électorale, sans aucune exclusion ou marginalisation ni intention de vengeance», a-t-il ajouté, donnant des assurances d’ouvrir une nouvelle page pour ce qu’il appelle «une nouvelle République».

Il s’est de ce fait engagé à œuvrer avec «toutes les parties pour tourner la page du passé et ouvrir celle de la nouvelle République avec un nouvel esprit et une nouvelle approche». Dès lors Tebboune a été interrogé sur sa «vision sur la Kabylie», qui n’a pas voté jeudi. En homme d’État, le nouveau Président, qui a été wali de Tizi Ouzou de 1989 à 1991 avant d’être appelé au gouvernement Ghezali sous Chadli Bendjedid, a répliqué qu’il a «hâte de visiter les deux wilayas de la Kabylie, Tizi Ouzou et Béjaïa».

«Hâte d’aller à Tizi Ouzou et Béjaïa !»

Et d’affirmer qu’il le fera «dès que l’occasion me sera permise» et «je ferai en sorte que cette occasion intervienne dès les prochains jours». Et comme pour balayer les insinuations, Abdelmadjid Tebboune a rappelé qu’il s’est «engagé à ouvrir le dialogue avec tout le monde, qu’ils aient été pour ou contre mon programme électoral, qu’ils aient voté ou pas. Je le ferai y compris avec ceux qui sont contre moi». Une «profonde réforme» de la Constitution est également inscrite dans les priorités du nouveau locataire du palais d’El Mouradia, dont la nouvelle mouture sera issue d’un «large débat» et d’une «large consultation d’universitaires, intellectuels, spécialistes et membres de la communauté nationale établie à l’étranger».

Tebboune a alors opté pour la voie référendaire pour l’adoption de cette nouvelle Constitution, a-t-il assuré, lors de sa première conférence de presse en tant que Président élu. Il faut rappeler qu’il s’était engagé, le 9 novembre dernier, à l’occasion de la présentation de son programme électoral, à effectuer «une large révision de la Constitution, une reformulation du cadre juridique des élections, un renforcement de la bonne gouvernance à travers la séparation du monde des affaires de la politique et une mise en place de mécanismes garantissant la probité des fonctionnaires publics».

«Concrétiser vite les réformes»

Toujours sur le plan politique, le président de la République s’est également engagé à mener «une réforme globale de la Justice, de l’organisation territoriale et de la gestion de l’administration locale» et «le raffermissement de la démocratie participative», lesquels il mettra en exécution dès son investiture, à en croire ses déclarations, avant-hier. «Le peuple algérien doit sentir la sincérité de nos engagements. C’est pour cela qu’il est important d’aller, au plus vite, vers la réforme de la Constitution», a-t-il poursuivi.

Lâché par son parti, le FLN, où il était pourtant membre du Comité central, Abdelmadjid Tebboune, élu en tant que «candidat indépendant», ne compte pas créer un parti politique, a-t-il assuré, avant-hier, dans le sillage de l’évocation de l’une de ses secondes priorités sur le plan politique, qui consiste en la révision de la loi électorale. Édifier «une société civile libre et active en mesure d’assumer sa responsabilité en tant que contre-pouvoir, mettre en application un plan d’action au profit des jeunes régi par un cadre réglementaire incluant des mesures permettant de transmettre le flambeau à la jeunesse» est, en outre, une promesse électorale que le nouveau Président a rappelé, en évoquant, notamment, le prochain gouvernement.

Quoi que la constitution d’un nouveau gouvernement soit pour lui «une tâche très difficile», il a rassuré, néanmoins, que «le peuple algérien sera surpris par la nomination de nouveaux ministres jeunes ne dépassant pas les 26 et 27 ans».

Un gouvernement jeune

S’agissant de la loi relative à la lutte contre la corruption, Tebboune a affirmé que celle-ci sera «maintenue», soulignant que «la grâce présidentielle ne touchera pas les personnes dans les affaires de corruption». «La lutte contre la corruption et les corrompus se poursuivra», a-t-il affirmé. Pour ce qui est des médias, il a juste indiqué qu’il était pour la liberté de la presse «jusqu’au bout», mais qu’il combattra «rigoureusement toutes les formes de diffamation et d’insultes».

Le redressement de l’économie nationale est aussi inscrit dans «mes priorités», a tenu à informer le Président élu. «Il y a des urgences et des priorités, l’urgence est de redresser la barre, convaincre le peuple algérien de nos bonnes intentions puis travailler pour réconcilier dans la confiance et la sérénité l’État et son peuple», a-t-il déclaré, précisant que l’autre priorité est de «rapatrier l’argent volé au peuple algérien».

Lors de la présentation de son programme électoral, Tebboune s’était de même engagé à «appliquer une nouvelle politique de développement hors-hydrocarbures, la substitution des produits importés par d’autres locaux, en vue de préserver les réserves de change, la promotion des start-up et le renforcement du rôle économique des collectivités locales dans le développement et la diversification de l’économie nationale». Aussi, il s’est engagé à «améliorer le climat des affaires, encourager l’investissement, notamment extérieur direct».

Relations avec le Maroc, un dossier «extrêmement sensible»

Le nouveau président de la République a reconnu, avant-hier, que les relations avec nos voisins marocains est un dossier «extrêmement sensible», tout en expliquant que la réouverture des frontières fermées depuis 1994 est parmi les circonstances ayant fait que les relations entre les deux pays soient complexes et sensibles : «Des circonstances ont conduit à cette situation. La résolution du problème dépend de l’élimination de ces causes», a-t-il estimé rappelant, néanmoins, «les bonnes relations liant les deux peuples, algérien et marocain».

Cela a amené Abdelmadjid Tebboune à évoquer sa vision de la politique étrangère qu’il compte mener durant son mandat présidentiel. A ce sujet, le nouveau chef de l’Etat ne déroge pas à la règle et aux traditions de la diplomatie algérienne basées sur «le principe de réciprocité». Il a rappelé, par ailleurs, que «l’Algérie est un pays pivot aux niveaux africain, méditerranéen et arabe». Le Président élu jeudi dernier n’a pas omis de rendre «hommage à l’Armée nationale populaire digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN) et à son Haut Commandement, en particulier le général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, Vice-ministre de la Défense nationale, chef d’État-major de l’ANP, ainsi qu’aux autres corps de sécurité, qui ont géré la situation avec sagesse et clairvoyance et veillé à la protection absolue du Hirak».

M. A. T.